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    Ah, la belle réforme que voilà

    retraite

    Brève publiée le 14 décembre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ah-la-belle-reforme-que-voila-219943

    Solidarité ! Justice ! « Tout le monde sait que l’on devra travailler plus longtemps » « Tous les Français le savent » et le fameux « Mes concitoyens me le disent dans ma circonscription : il faut faire cette réforme ». Bref de l’autosuggestion à l’unanimisme fantasmé, les communicants gouvernementaux se seront dépassés pour nous vendre la réforme des retraites : c’était quasiment Noël avant l’heure, sauf qu’une fois le paquet déballé, il nous vient une furieuse envie de le renvoyer à la figure du Père Noël de Matignon.

    Où sont la solidarité et la justice ?

    On a beau creuser, on a du mal à les percevoir sauf s’il s’agit de solidarité et de justice entre des pauvres et des moins pauvres chargés de se partager un gâteau de moins en moins grand avec davantage de convives.

    Les riches qui ne sont pas, ou si peu, concernés par cette réforme pourraient-ils avoir un jour à souffrir d’un tel système ? La réponse est non car si le nombre de Millionnaires et de milliardaires augmente, tout est fait pour leur assurer des fins de mois confortables. Notre gouvernement y veille, qui ne ménage pas ses efforts, entre cerises sur les dividendes (qui augmentent en volume) moins taxés, et crème sur le gâteau avec la suppression de l’ISF.

    Tout cela permettra à ces nécessiteux de ruisseler de bonheur « sous des cieux imbéciles où jamais il ne pleut » (Brassens) en surveillant d’un œil inquiet le coffre-fort qui leur fait office de cerveau.

    Même chose pour les entreprises qui bénéficient régulièrement de milliards de ristournes sur leurs cotisations sociales (pardon, leurs « charges ») à coup d’heures supp. et de primes défiscalisées et désocialisées au détriment des régimes de protection sociale, et de CICE, sans qu’on en voit les effets sur le chômage.

    Parlons enfin des actionnaires qui ne se sont jamais autant gavés de dividendes et qui votent comme un seul homme pour les dirigeants d’entreprises des augmentations indécentes de salaires et des retraites chapeau, bien sûr non concernées par la réforme « universelle »…

    C’est toujours la même histoire

    La « réforme » depuis quelques temps n’est plus synonyme de progrès social, et le premier Ministre qui ne recule devant aucune outrance, dans son discours, s’est cru autorisé à se référer aux acquis du Conseil National de la Résistance en citant ses fondateurs, qui d’un beau mouvement collectif, ont dû se retourner dans leurs tombes.

    Ils osent tout…

    Prenez la sécurité sociale, qui de réformes en déremboursements n’en finit pas de se recroqueviller pour le plus grands bénéfice des mutuelles et assurances privées qui n’en finissent pas d’augmenter leurs cotisations. Et comme la descente aux enfers est trop lente, le gouvernement, dans sa grande magnanimité, décrète à grand coups de trompettes le reste à charge zéro sur les prothèses auditives et les lunettes sachant que cette mesure sera en fait payée par les mutualistes eux-mêmes qui voient s’envoler leurs cotisations. Du grand art !

    Bientôt, compte tenu de la « réforme » de l’indemnisation du chômage, il deviendra utile de souscrire une assurance complémentaire couvrant ce risque.

    Enfin, pour la retraite, avec la réforme annoncée, il faudra également souscrire à un plan retraite ou un fonds de pension afin de profiter un peu de ses vieux jours.

    Faites le total de toutes ces réformes passées et à venir et dites-moi si, à terme, votre pouvoir d’achat va augmenter.

    Au final, il ne s’agit pas d’une succession de « réformes », mais bien d’un plan concerté destiné à abaisser drastiquement les ressources des retraités et faire le bonheur des assurances privées et autres fonds de pension avec des « cotisations volontaires » pour les actifs. Le néolibéralisme est à l’œuvre, sous couvert de solidarité et de justice, bien sûr.

    Un peu de « techno » ne peut pas faire de mal pour faire passer la pilule

    Alors, voilà, c’est le Conseil d’Orientation des Retraites qui s’y colle fort opportunément. Et pour se faire, il mesure le pourcentage que représentent les retraites (340 Milliards) dans le PIB en commentant : « Cet indicateur est donc déterminant pour évaluer la soutenabilitéfinancière du système, dans la mesure où il exprime, de manière globale et synthétique, le niveau de prélèvements qu’il faut opérer sur la richesse produite par les actifs pour assurer l’équilibre du système de retraite ».

    La soutenabilité, pour qui ? Le COR ne le dit pas. Il parle par ailleurs du « niveau de prélèvement » sur le PIB pour des retraites qui jusqu’à présent étaient la contrepartie de cotisations sociales, et donc étaient des salaires différés, pas un prélèvement sur les riches au profit de fainéants qui ne bossent plus.

    Ce « niveau de prélèvement » à ne pas dépasser, a été fixé à 14 % (encore une règle d’or) (il était de 13,8% en 2018). Donc, en toute logique, puisque le nombre de retraités augmente actuellement plus vite que le nombre d’actifs, la nouvelle réforme des retraites ne peut que constituer une régression.

    Il est par ailleurs intéressant de constater que la solidarité dans les restrictions ne concerne que les futurs retraités. Les ressources financières générées par l’économie, les dividendes et autres bénéfices qui croissent compte tenu des cadeaux faits aux entreprises, ne sont concernés par aucun « prélèvement », alors même que les retraités et les salariés d’aujourd’hui ont grandement contribué à leur augmentation en étant « flexibles ».

    Le déficit calculé par le C.O.R. pour 2027

    Entre 8 et 17 Millions (admirez la précision), il a servi de prétexte au gouvernement pour glisser la mesure de l’âge pivot à 64 ans (qui devient ainsi de fait l’âge de départ officiel à la retraite compte tenu de la décote définitive si on veut partir à l’âge légal de 62 ans) qui permettra de renflouer les caisses sans tarder.

    Mais de quoi est constitué ce déficit ? Essentiellement (9 milliards) du manque de cotisations sociales due à la modération (pour ne pas dire le blocage) des salaires des fonctionnaires et de la suppression de 80 000 postes annoncée par le Gouvernement, malgré les demandes récurrentes de maintien de services publics en milieu rural, par exemple. On notera qu’au titre de la suppression des postes, 5000 agents sont concernés au Ministère de l’Ecologie, ce qui en dit long sur la volonté réelle du gouvernement en ce domaine. Le gouvernement c’est le pompier pyromane.

    On ne savait pas le gouvernement aussi réactif sur la question du déficit des retraites au point de le faire payer sans délai aux cotisants, et de se fâcher avec la CFDT, alors que le budget de l’Etat affiche chaque année un déficit de 100 Milliards, alimenté par la dette, sans que personne ne s’en émeuve.

    Mais alors, si le déficit du régime des retraites résulte de suppressions d’emplois publics, ce doit être le même processus qui est à l’œuvre pour l’emploi privé, malgré tous les financements octroyé par l’Etat et qui participent à son déficit, non ?

    Or, c’est peu de dire que ni la suppression de l’ISF, ni le CICE, transformé récemment en baisse de charges définitives pour les entreprises, n’ont eu pour effet de baisser le chômage en France et il conviendrait donc de demander des comptes à ces entreprises plus enclines à créer de l’emploi à l’étranger, plutôt qu’en France. Il faudrait aussi s’interroger sur la pertinence de l’assiette des cotisations sociales et s’interroger sur son élargissement à la valeur ajoutée.

    Enfin, il est de notoriété publique que la fraude fiscale et sociale en France, ne font pas l’objet d’une lutte acharnée de la part de Bercy. Cela a récemment été dénoncé par la Cour des Comptes.

    Mises bout à bout, ces propositions seraient de nature, non seulement à combler les déficits, mais certainement à créer des excédents… mais vous n’entendrez que très rarement des débats sur ce sujet dans les médias qui préfèrent se focaliser sur le détail de la réforme proposée plutôt que de creuser les autres solutions possibles.

    Petites remarques pour la route sur la « réforme » des retraites

    • La gouvernance future du système sera confiée aux partenaires sociaux qui ne pourront pas agir sur la valeur du point à la baisse, puisqu’il sera bloqué (règle d’or). Ils n’auront d’autres solutions que d’augmenter la durée de cotisation. On ne saurait que leur conseiller de refuser cette patate chaude et laisser le gouvernement prendre les mesures impopulaires.
    • Contenu dans les 14 % (règle d’or !), le nouveau régime se devait d’emblée de diminuer ce pourcentage de « prélèvement » sur le PIB. C’est chose faite par les nouvelles règles de calcul des pensions (totalité de la carrière pour le privé au lieu des 25 meilleures années et les 25 meilleures années, avec les primes, pour les fonctionnaires au lieu des 6 derniers mois) : baisse assurée des pensions pour tout le monde à la clé.
    • On créé un régime universel, mais on reconstitue des régimes particuliers (pour la police, les militaires, les gendarmes, les pompiers) et il y a fort à parier que des corporations influentes arriveront à préserver leurs acquis. Par ailleurs, promesse a été faite de ne pas ponctionner les fonds, parfois conséquents des régimes spéciaux ou complémentaires (AGIRC ARRCO). Question : A quoi serontils utilisés ?
    • Rien de prévu sur les inégalités salariales hommes/femmes qui ont des effets négatifs sur les pensions de retraite de ces dernières.
    • Pas grandchose non plus sur la pénibilité du travail (totem pour le Médef), ni sur l’emploi des seniors qui seront au chômage deux ans de plus, car personne ne les recrutera.
    • ….

    Quelques enseignements pour finir

    Les retraites, ça coûte un « pognon de dingue » et donc ça doit être raboté dans le montant et dans la durée. « La meilleure retraite est celle qu’on ne verse pas » disait quelqu’un. Ce serait bien que vous mourriez rapidement après l’âge pivot…

    Second théorème macronien « le Travail doit payer », ce qui n’est plus vrai si on tient compte qu’il faudra souscrire des plans épargne retraite, payer plus cher sa mutuelle et se couvrir pour le risque chômage. Les assurances privées sont dans les starting blocks…

    Les riches ne sont pas partageux et ils s’empressent de s’accaparer tout ce qu’on leur donne et en faisant de l’optimisation fiscale pour éviter de payer des impôts. Parfois, ils s’achètent leur salut en versant quelques centaines de millions pour reconstruire une cathédrale qui a brûlé, et on leur dit merci.

    A ceux qui se posent encore la question de savoir si Macron est de gauche ou de droite, on répondra désormais qu’il est surtout néolibéral, à savoir que pour lui le travail est un coût et une charge, les retraités des inutiles, les allocataires des parasites, les chômeurs des fainéants et le fonds de pension Black Rock, un bienfaiteur de l’humanité.