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Comment le gouvernement va enfumer les syndicats avec l’âge pivot, qui sera retiré pour faire passer la réforme
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Par Thomas Guénolé
Edouard Philippe a annoncé l'instauration d'un âge d'équilibre à 64 ans, en-dessous duquel les futurs retraités subiront un malus sur leur pension. Thomas Guénolé estime qu'il s'agit d'une annonce provocatrice destinée à faire passer le reste de la réforme des retraites.
La technique du "faux pivot" est un stratagème très courant en négociation. Cela consiste à faire semblant de vouloir absolument quelque chose, pour finalement y renoncer, en échange de la chose que vous vouliez vraiment depuis le début. Vraisemblablement, c’est ce stratagème qu’Emmanuel Macron est en train d’utiliser pour tenter d’enfumer les syndicats et de vaincre la grève. Et, ironie du sort, le faux pivot qu’il utilise s’appelle d’ailleurs explicitement… "l’âge pivot" !
NÉGOCIATION EN PLUSIEURS ÉTAPES
Une fois cela compris, certaines choses qui étaient incompréhensibles deviennent immédiatement plus claires. En particulier, l’annonce du contenu de la réforme des retraites avant-hier par le Premier ministre Édouard Philippe, le 11 décembre, pouvait sembler de prime abord un incompréhensible ratage. Pourquoi avoir inclus "l’âge pivot" (devoir attendre ses 64 ans pour toucher sa pension de retraite sans malus), alors que la CFDT, seul grand syndicat à soutenir la réforme, avait dit et répété que c’était une ligne rouge ? La réponse la plus vraisemblable est ce "faux pivot" :
Cette manœuvre est déjà en cours d’exécution
- Étape 1, Emmanuel Macron utilise ce point précis comme chiffon rouge pour pousser la CFDT à rejoindre la grève.
- Étape 2, les grévistes sont galvanisés par l’émergence d’un grand front syndical uni qui inclut la CFDT.
- Étape 3, Emmanuel Macron abandonne l’âge pivot de 64 ans, qu’en fait il était déjà prêt à sacrifier pour faire passer tout le reste.
- Étape 4, la CFDT répond en arrêtant la grève, ce qui brise l’unité du front syndical et casse la dynamique de la grève ;
- Étape 5, après ce qui passe pour une énorme concession d’Emmanuel Macron (mais qui est en réalité un « faux pivot »), et à quelques jours de Noël, les syndicats qui continuent d’appeler à la grève, en particulier la CGT, sont présentés en boucle comme des extrémistes.
PLUSIEURS INDICES
Il suffit d’être attentif aux mots prononcés par divers lieutenants d’Emmanuel Macron, pour constater qu’à l’évidence cette manœuvre est déjà en cours d’exécution.
- Edouard Philippe, Premier ministre : "Si j’ai dit que j’étais ferme sur le principe d’un système universel, (…) il y avait tout une série de point sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme, nous ne sommes pas fermés, ma porte est ouverte."
- Bruno Le Maire, ministre de l’économie : "Nous proposons l’âge pivot à 64 ans, avec un système de bonus et de malus (…). Est-ce qu’il y a de meilleures solutions ? Peut-être, venons en discuter. (…) Ce serait dommage que sur un point, qui est un pur point financier, un pur point d’équilibre, qu’il y ait un blocage, alors même que nous sommes ouverts à la négociation."
- Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale, flattant ouvertement Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT : "C’est un homme qui incarne un peu la démocratie sociale à la française, qui sait prendre ses responsabilités."
- Gilles Legendre, président du groupe parlementaire macroniste à l’Assemblée : "Tout le monde, depuis hier, fait comme si la question de l’âge d’équilibre à 64 ans avait été décidée et fixée, c’est faux. La question de l’âge pivot je le dis solennellement, de l’âge d’équilibre, n’est pas décidée, en aucun cas."
C’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève
Il n’est toutefois pas certain que ce stratagème du "faux pivot", au demeurant assez grossier, parvienne à casser la dynamique de la grève. En effet, contrairement à une croyance très répandue, c’est généralement la base qui décide qu’il faut lancer une grande grève, et c’est généralement la base qui décide d’arrêter. Ou pas.




