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USA-Iran: sur la guerre qui était censée venir
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Voici maintenant une semaine que Trump a fait tuer le n°2 du régime iranien et 8 autres dignitaires de l’appareil chiite iranien, provoquant une crainte mondiale, celle de la guerre. Où en est-on ?
Comme l’écrivait le 8 janvier notre camarade John Reimann, animateur du blog Oaklandsocialist (Californie) :
« Je ne pense pas que ni Trump ni Khamenei / Rouhani ne veut une guerre totale. Mais ces derniers devaient répondre à l’assassinat terroriste commis par Trump. Cela aussi bien pour des raisons de politique intérieure que pour des raisons liées à l’influence iranienne dans toute la région. Un scénario possible, sur la vraisemblance duquel je m’interrogeais, serait qu’il y ait une entente, arrangée par des intermédiaires, où l’Iran répondrait par une sorte de représailles, et Trump de même, mais le tout de manière limitée et progressivement désamorcée.
Cela pourrait être complètement faux à 100%. Il se pourrait que le fou Trump, avec les timbrés Pompeo, Pence, & co., y aillent à fond. Cela sera alors dévastateur pour le peuple iranien ainsi que pour les peuples de toute la région. Nous verrons ça dans les prochaines 24-48 heures. »
Ce qui s’est passé ressemble à ce « scenario », pour l’instant.
Premièrement, le régime iranien a mis en scène l’unité nationale : de soi-disant « manifestations de masse » groupant nervis du régime, fonctionnaires et employés des grandes entreprises encadrés et acheminés par cars, de manière obligatoire, et pauvres bénéficiant de distribution de repas pour cause d’ « obsèques ». 50 morts à Kerman, chez Suleimani, par piétinement.
Deuxièmement, l’Iran a « riposté » contre une base US en Irak. Les informations de provenance US sont contradictoires : ils auraient mal visé et pourtant les tirs étaient précis et ajustés, touchant des équipements. Le plus probable est qu’ils ont bien visé et évité de faire trop de dégâts – tuant par contre des civils irakiens … et plus encore : selon CNN, l’Iran avait prévenu le gouvernement irakien qui a prévenu les troupes US. « Cela ressemble aux frappes US contre Assad en Syrie » quand le Pentagone prévenait la Russie qui prévenait Assad, commente John Reimann. Personne n’a cru aux « 80 morts » américains proclamés à Téhéran.
Troisièmement, mais ça, ce n’était semble-t-il prévu ni d’un côté ni de l’autre, un avion ukrainien – transportant surtout des iraniens ayant de la famille au Canada – s’est écrasé à Téhéran après son départ, 176 morts ; tout semble indiquer qu’il a reçu un missile. Trois possibilités : une attaque délibérée visant une compagnie d’un pays supposé pro-US et anti-Poutine ; la présence dans l’avion d’une cible que les mollahs voulaient éliminer à tout prix ; ou une erreur de la DCA iranienne sur le pied de guerre, cette dernière hypothèse semblant la plus vraisemblable.
Pour l’heure donc, la « riposte » iranienne n’a pas fait de morts américains et a tué des dizaines d’iraniens, d’irakiens, de canado-iraniens, et des ukrainiens. Le vœu du parlement irakien pour le retrait des troupes américaines, voté par les députés chiites mais pas par les kurdes ni les sunnites, est un vœu, pas une décision exigeant application.
Trump, après avoir tweeté qu’en cas de morts américains, « 52 sites » iraniens seraient rayés de la carte, dont des « sites culturels », et avoir ainsi provoqué les protestations anticipées de l’UNESCO et un communiqué du Pentagone le démentant de facto, a pu constater que les sondages aux États-Unis ont vu augmenter, frisant les 50%, la proportion officielle de citoyens des États-Unis souhaitant son empeachment. Sanders a proposé au Congrès une loi interdisant au président d’ordonner une intervention en Iran sans avoir demandé son autorisation, laquelle a été votée par la Chambre des représentants. Trump a tweeté jeudi que tout allait pour le mieux et qu’on va vers l’apaisement.
En résumé, s’il est clair qu’avec ces gouvernements de tarés capitalistes, un incendie peut se déclencher, force est de constater que pour l’heure la III° guerre mondiale se fait attendre. On ne va pas s’en plaindre, mais il ne faut pas oublier que la plus grande partie de la gauche et de l’extrême-gauche dans le monde s’était immédiatement auto-alimentée sur ce thème et que les communiqués et déclarations du type « bas les pattes devant l’Iran, troupes US dehors », ne soufflant mot des masses iraniennes et irakiennes, mais aussi syriennes, libanaises … en pleine insurrection ou confrontées à la barbarie et tachant de lui résister, se sont multipliées.
En titrant pour notre part « Contre la guerre : révolution ! » nous n’étions ni dans le suivisme envers tel ou tel camp capitaliste, ni dans l’utopie. Pourquoi ? Parce que c’est bien avant tout contre la révolution que cette escalade guerrière a eu lieu. Et que là réside son effet principal. En assassinant cet assassin, les forces US ont fourni au régime iranien un prétexte à l’union nationale, et à ce régime et toutes les forces en place dans les secteurs du pouvoir en Irak, des moyens renforcés pour réprimer et pour noyer la vague de manifestations. C’était là la cible, la vraie cible. Comprendre cela ne signifie pas croire directement que Trump et Khamenei s’entendent consciemment contre ce qui est réellement le plus gros risque pour eux, mais que de fait leur action concourt avant tout à ce résultat : étouffer les foules en Irak, en Iran et dans toute la région.
Par conséquent, toute analyse ne partant pas du fait que la menace de guerre est avant tout dirigée contre la révolution et contre les mobilisations réelles en cours, et plaçant en première ligne la menace du plus puissant impérialisme du monde contre une puissance régionale, et du coup se voulant « anti-impérialiste », était une analyse ignorant la réalité, la lutte des classes. Comprendre cela n’occulte en rien la contradiction entre les États-Unis, puissance dominante en crise, et les bourgeoisies nationales de la région, mais permet de mettre à la place n°1 ce qui s’y trouve réellement. Répéter comme des perroquets le schéma des guerres du golfe de 1991 et de 2003 et la représentation selon laquelle « l’impérialisme » affronte ici des « pays dominés » comme cela fut le cas à un autre stade, justement, de l’histoire de l’impérialisme, c’est s’interdire tout combat anti-impérialiste réel, car celui-ci ne peut que se fonder sur le mouvement réel des exploités et des opprimés. Et cela conduit bien entendu à soutenir des forces contre-révolutionnaires contre eux, comme en Syrie.
Le 10-01-2020.




