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À Gaza, cultiver la résistance
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Lorsque Israël bombarde Gaza, ce sont surtout les zones urbaines qui sont pilonnées. Les terres agricoles, elles, demeurent en permanence à portée de fusil et de tank. Essentiellement localisées à l’est de la bande de Gaza, elles y sont longées par la barrière de séparation, qui s’est imposée jusqu’au milieu des champs. L’occupant a nommé ce poumon vert « zone tampon » et décrété le secteur no man’s land. Vent debout contre l’accaparement de leurs terres, les paysans gazaouis maintiennent coûte que coûte les champs en culture. Une lutte de longue haleine que nous raconte Sarah Katz, membre d’une ONG palestinienne et convaincue que la solidarité internationale a un rôle à jouer.

« La crue inonde complètement les terres et détruit toutes les cultures. » L’inondation dont parle Imad Sweilam, cultivateur à Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, n’a rien de naturel. C’est un acte de guerre : « L’eau vient des territoires de l’occupant. Elle s’écoule ensuite, à partir de la région orientale de Shuja’iyya, jusqu’ici. » Lui aussi paysan, Musab Habib confirme : « Quand l’occupant ouvre les vannes des réservoirs, on entend d’abord le bruit puis les terres sont complètement inondées. » Lorsque, enfin, la terre commence à sécher, Musab et ses collègues reprennent les labours, préparent les semailles : « Mais l’occupation israélienne rouvre les portes des réservoirs pour nous ramener au stade zéro. »
Il y a l’eau qui inonde, et il y a l’eau qui manque : celle confisquée par l’occupant, qui pompe de façon aussi intensive qu’illégale les nappes phréatiques environnant la bande de Gaza. Résultat : le niveau des eaux souterraines baissant, l’eau de mer s’infiltre. Sur l’essentiel de l’enclave, le précieux liquide est donc devenu impropre à la consommation et même, par endroits, à l’irrigation [1].
Dans le village de Khuza’a, dans le sud-est du territoire, la nappe phréatique est encore épargnée mais, pour irriguer les champs, il faut remonter l’eau de quelque 200 mètres. À l’été 2016, faute d’électricité pour actionner les pompes, la récolte a séché sur pied... Pour éviter ce désastre, il aurait fallu pouvoir stocker l’eau en hauteur en remplissant un château d’eau pendant les brefs moments où l’électricité le permet. Furieux de ce gâchis, le mokhtar [2] de Khuza’a lança un appel à la solidarité. Il fut entendu : fruit d’une lutte menée de concert par les paysans, la municipalité, le mouvement de solidarité français et de jeunes Gazaouis volontaires, un château d’eau de 17 mètres de haut se dresse depuis décembre 2016 à deux kilomètres de la barrière de séparation. Pied de nez aux trafiquants de haine, il arbore le sigle de l’UJFP (Union juive française pour la paix) [3].
Cultures VS bulldozer
La question de l’eau n’est pas le seul problème auquel font face les paysans de Gaza. « Le premier problème auquel sont confrontés les agriculteurs dans les zones jouxtant la barrière de séparation, c’est l’armée, témoigne Abu Saleh, un autre paysan de Khuza’a. Les machines sortent pour détruire les terres et les récoltes disparaissent en quelques instants.Vous ne savez jamais quand et où le bulldozer viendra détruire les champs. Mais je ne peux rien faire, si ce n’est continuer et résister au destin. »
En décembre dernier, l’armée israélienne a placardé des tracts sommant, en hébreu et en arabe, les paysans de reculer leurs cultures à 300 mètres de la barrière de sécurité, faute de quoi elles seraient saccagées par les bulldozers. « On ne bougera pas », rétorquait alors un jeune cultivateur du coin.
Comme si tous ces soucis ne suffisaient pas, les paysans doivent aussi se battre pour faire reconnaître l’importance de leur travail à leurs propres autorités. « Il n’y a rien pour aider les agriculteurs, ni pour l’électricité ni pour l’eau, déplore Abu Saleh. De plus, les prix de vente ne correspondent pas aux coûts des cultures. D’ailleurs, lorsque les prix sont [trop] bas, la plupart des agriculteurs laissent les récoltes en terre, parce que l’embauche de travailleurs coûte plus cher que ce qu’ils obtiendraient en vendant les récoltes. » Une impression domine : celle de n’être qu’une variable d’ajustement dans des rapports de force dont la population est exclue. « Le ministère de l’Agriculture, poursuit Abu Saleh, exhorte les paysans à continuer, à ne pas cesser de semer. Mais comment le peuvent-ils ? Est-ce que ce ne sont que des slogans que le ministère répète pour maquiller son échec à s’acquitter de ses responsabilités ? »
C’est aussi parce qu’ils ne peuvent pas compter sur les autorités que les agriculteurs de Khuza’a ont fondé un lieu à eux, une Maison des paysans, outil nécessaire de leur autonomie face à tous les pouvoirs. Mettant en avant leur besoin de formation, ils y ont accueilli, en juin 2020, une première intervention d’agronomes, et cherchent à s’assurer la participation régulière d’un ingénieur.
Une pépinière solidaire
Autre lutte : celle des semences. Desserrer l’emprise des importateurs, celle des lobbys semenciers, négocier des graines de qualité, ne plus supporter seuls les mauvais taux de croissance des plants... autant d’enjeux capitaux pour les paysans de Gaza. C’est de ces volontés qu’est né un projet de pépinière solidaire. Et c’est notamment grâce au partenariat entre deux associations françaises, Humani’Terre et l’UJFP, qu’il est devenu matériellement possible.
Inaugurée en juillet 2020, cette pépinière est unique en son genre dans la bande de Gaza : elle négocie les graines et assure la croissance des plants, ce qui dégage les paysans du face-à-face individuel, forcément inégal, avec les importateurs. En outre, les utilisateurs assument collectivement les problèmes rencontrés lors de la croissance en pleine terre, en exemptant du paiement des plants les exploitations subissant des pertes. Un réel succès, dont les échos dans toute la « zone tampon » laissent augurer que ce projet ne restera pas le seul.
Les agriculteurs gazaouis se battent pour exister dans des conditions uniques : un blocus intolérable, l’eau de la nappe phréatique détournée, leurs équipements mitraillés ou brûlés, leurs mouvements entravés, leurs produits interdits d’exportation, leur marché intérieur sombrant dans la grande pauvreté. Sans compter qu’ils sont aussi soumis aux difficultés partagées autour du globe et inhérentes à l’agriculture familiale : être la proie des lobbys semenciers, acculé par les prix des intrants. Malgré tout, le village de Khuza’a prouve qu’appuyée par la solidarité internationale, la résistance est possible.




