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Grignon : l’État brade un magnifique domaine de recherche publique à un promoteur immobilier
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

Le vaste et beau domaine de Grignon, dans les Yvelines, naguère voué à la recherche agronomique, a été attribué par l’État à un promoteur immobilier. De nombreux acteurs locaux appellent à manifester ce samedi contre cette décision. Ils dénoncent une opération de spéculation immobilière sur un patrimoine naturel, historique et pédagogique.
« Un projet respectueux de l’environnement naturel du site, de son patrimoine bâti, de sa vocation historique » : les mots du promoteur Altarea-Cogedim se veulent à tout prix rassurants. Nouveau maître du Domaine de Grignon, celui qui se présente comme le « premier développeur immobilier de France » a été désigné vainqueur de l’appel d’offre de l’État au cœur du mois d’août.
Une grosse déception pour tous les opposants à la vente de ce site historique et naturel appartenant au ministère de l’Agriculture. Ils dénoncent une « privatisation » et appellent à manifester ce samedi 11 septembre à 14 heures, à Grignon. La candidate à la primaire écologiste Delphine Batho a annoncé sa participation à la mobilisation, ainsi que Yannick Jadot.
Parmi les organisateurs, des associations environnementales locales et nationales, et des syndicats des personnels de l’école AgroParisTech et de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). Ces deux institutions de formation et de recherche agricole vont devoir quitter le domaine pour laisser place au projet immobilier. Les étudiants avaient d’ailleurs occupé leur école afin de protester contre la vente. « C’est un désaveu des acteurs locaux qui n’ont pas été entendus, en particulier la maire de Thiverval-Grignon opposée à la construction de nouveaux logements, ainsi que de l’action citoyenne qui n’est pas associée au projet », a déploré l’Association patrimoniale de la plaine de Versailles (APPVPA) dans un communiqué.

Le domaine de Grignon comprend un château du XVIIᵉ siècle et ses dépendances. © Emmanuel Clévenot/Reporterre
Le domaine de Grignon comprend, en plus d’un château du XVIIᵉ siècle et de ses dépendances, 140 hectares de forêt, un arboretum, un jardin anglais, un jardin botanique et 120 hectares de terres agricoles dédiées à la ferme expérimentale d’AgroParisTech.
Selon Médiapart, le lieu serait vendu 18 millions d’euros à Altarea-Cogedim. Le projet du géant immobilier ne paraît pas encore très clair, mais il annonce que le château deviendra « un campus de séminaires exploité par un partenaire de renom », il prévoit un restaurant étoilé et un hôtel pour une « programmation touristique responsable », l’arrivée de commerces de bouche, ainsi qu’« une programmation résidentielle adaptée prônant la mixité générationnelle ». Comprenez une résidence pour seniors, un Ehpad et une centaine de logements (toujours selon Médiapart) — une partie construite, une partie dans des bâtiments réhabilités.
Les projets antérieurs prévoyaient jusqu’à 500 logements, un chiffre qui a peu à peu été diminué. « Ils sont volontairement flous pour adapter le projet au fur et à mesure, et face aux protestations, ils l’ont verdi », dit à Reporterre Marie Martinez, animatrice de l’APPVPA.
Altarea promet d’étudier une offre pédagogique en partenariat avec AgroParisTech, et propose un « pôle de développement économique tourné vers l’agriculture et l’alimentation durable ».
Un projet « basé sur la spéculation et la plus-value immobilière »
Ce joli discours masque une banale opération immobilière, estime le collectif opposé à la privatisation de Grignon : l’achat de terrains pour y construire des habitations est rentabilisé par leur revente. Le collectif y voit un projet « basé sur la spéculation et la plus-value immobilière. » La revente des différentes parties du domaine et des logements « à la découpe […] ouvrirait la porte au démembrement de ce site unique ».

L’entrée d’AgroParisTech lors de l’occupation du campus par les étudiants en mars 2021. © Emmanuel Clévenot / Reporterre
Les acteurs du territoire avaient pourtant postulé, à la publication de l’appel d’offre de l’État, avec un projet alternatif. Intitulé Grignon 2026 et porté notamment par la communauté de communes, il prévoyait de préserver les terres agricoles dédiées à l’expérimentation pour les étudiants en agronomie, de dédier le campus à l’enseignement d’une agriculture durable, ou encore de proposer des formations agricoles aux personnes en insertion. Mais il n’a pas été retenu. « L’appel d’offres était taillé pour un projet immobilier. Nous, on proposait un projet non mercantile », déplore Mathieu Baron, délégué général de l’association Grignon 2000, qui portait le dossier. « L’État n’a donné aucune justification à son choix d’Altarea ».
Les associations ne déclarent pas pour autant forfait. Elles continuent de demander à l’État de renoncer à la vente et de conserver la vocation de formation agricole du domaine. « Cela fait 200 ans que l’État forme des agronomes à Grignon, c’est très reconnu. C’est trop bête de détruire cette marque et ce domaine », déplore Mathieu Baron. Une action en justice est également envisagée.




