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Leçons d’Italie (suite), par Jacques Chastaing
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Leçons d’Italie (suite), par Jacques Chastaing. – Arguments pour la lutte sociale (aplutsoc.org)

Rome, le 30 octobre 2021 : manifestation nationale contre le G20 et appel à la création d’un front unique de toutes les luttes
Pour le premier jour du G 20 à Rome, les 30 et 31 octobre, trois grandes manifestations ont eu lieu – parfois ensemble, parfois pas – dans la capitale italienne avec les manifestants pour le climat, ceux contre le pass sanitaire et les suspensions et enfin ceux contre la politique anti-sociale du gouvernement Draghi.
La pandémie a été utilisée par un grand nombre de patrons pour augmenter leurs bénéfices et mettre en œuvre une réorganisation capitaliste.
En un peu plus d’un an, plus d’un million de travailleurs précaires et intermittents se sont retrouvés à la rue, tandis que la levée des freins légaux aux licenciements a entraîné non seulement la fermeture immédiate ou la délocalisation de sites de production entiers, mais aussi une atteinte généralisée aux salaires et aux droits ouvriers et sociaux par la prolifération incontrôlée du travail temporaire et non protégé. En conséquence, un travailleur en Italie en 2021 gagnait moins qu’en 1990.
Par ailleurs, un nouveau resserrement des retraites et des allocations sociales érode davantage les salaires indirects (services sociaux) et différés (retraites), et permet de mettre sur le marché en vue de la reprise après-covid une nouvelle masse de main-d’œuvre précaire et surexploitée, avec des salaires de misère, afin de déclencher une nouvelle concurrence à la baisse entre pauvres tant du côté du coût du travail que du côté des droits.
Dans ce contexte, il y a une multiplication illimitée des accidents et des morts au travail : une véritable tuerie quotidienne au milieu d’une orgie de profits et avec le silence-assentiment des dirigeants des grandes confédérations syndicales CGIL-CISL-UIL.
En même temps, des millions de prolétaires avec des salaires faméliques doivent faire face à la hausse des tarifs (électricité + 29,8 % ; gaz + 14,4 %), du carburant (essence + 23,4% ; gasoil + 24,3%) et des produits de première nécessité (farines, huiles, beurre, pain, pâtes, lait, avec des augmentations moyennes des prix de détail de l’ordre de 20%).
Parallèlement, ces derniers mois, on a assisté à un nouveau renforcement de la répression contre les manifestations anti-pass mais aussi contre les luttes ouvrières avec des charges policières devant les grilles des entreprises, des arrestations d’ouvriers en lutte et de militants, poussant à la nécessité urgente de relancer une bataille commune contre toutes ces mesures sécuritaires qui réduisent les libertés et étouffent la possibilité des luttes sociales et syndicales.
Enfin, l’obligation du pass sanitaire pour tous à partir du 15 octobre a été la cerise sur le gâteau et a fait que près de 100.000 travailleurs ont été suspendus sans revenus, poussés vers la misère et le travail au noir.
Heureusement, face à cela, malgré l’inertie des directions syndicales, les mobilisations de ces dernières semaines ont été importantes dans l’ensemble des villes italiennes de la part des citoyens contre le pass mais aussi par la grève dans les ports, dans la logistique, dans certaines usines métallurgiques, dans le secteur de la santé et de l’entretien routier. Dans de nombreux cas, ces luttes ont obligé les patrons à reculer face aux suspensions ou à prendre à leur charge le coût des tests et ont surtout amené à amoindrir les divisions que le gouvernement avait créées dans les classes populaires sur la question de la vaccination, faisant passer comme en France, les manifestants anti-pass pour des fascistes..
En même temps que ce mouvement anti-pass, des luttes importantes contre les licenciements ont eu lieu depuis quelques mois notamment celles du GKN de Campi Bisenzio, du Fedex de Piacenza, d’Alitalia, de l’Unes, de Logista et de Texprint permettant de tisser des liens entre les militants de ces entreprises.
Au même moment, le grand succès de la grève générale du 11 octobre appelée par les syndicats de base, a représenté une première réponse de masse centralisée à l’attaque lancée par les patrons et le gouvernement contre l’ensemble des classes opprimées. De la même manière, des tentatives de faire naître des initiatives unitaires entre anti-pass et des syndicats de base ont eu lieu comme dans le cas de la manifestation du 30 octobre contre le G20 à Rome et celle promue par les chômeurs le 13 novembre à Naples.
Il s’agit maintenant d’aller plus loin et de définir un agenda de lutte commune qui mette au centre les enjeux et les besoins immédiats de tous les travailleurs et chômeurs, de tous les exploités et opprimés en construisant un solide réseau de connexions avec l’objectif d’une mobilisation unifiée et coordonnée à l’échelle nationale, capable de surmonter toute barrière territoriale, de sigle et de catégorie syndicale, et qui pourrait conduire à la convocation d’une manifestation à Rome qui revendique l’augmentation des salaires, l’interdiction des licenciements, l’annulation des augmentations des prix et loyers, la suppression du pass sanitaire obligatoire, la défense de la santé et d’un revenu décent pour les chômeurs.
Ainsi, après déjà plusieurs rencontres, les ouvriers en lutte contre les licenciements et syndicats de base, des entreprises Fedex-TNT Piacenza, UNES Trucazzano, Logista Bologne, Texprint Prato, Grafica Venata Padoue, Nexive Bologne, XP Bologne, Turi Transport port de Naples, UPS Bologne, Raspini Pinerolo, Ferme agricole Manfini Vérone et le mouvement Dicoccupati du 7 novembre de Naples, appellent à une assemblée nationale les 7-10 novembre.
Pourquoi ne pas prendre exemple en France sur cette initiative unitaire italienne ?
Jacques Chastaing, le 30-10-2021.




