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"Dr Mabuse et ses doubles" : on a lu le dernier livre de Dany-Robert Dufour
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
« Dr Mabuse et ses doubles » : on a lu le dernier livre de Dany-Robert Dufour (marianne.net)
Avec sa forme originale – une « fiction philosophique » écrite à la première personne, celle du docteur Mabuse, personnage d'un roman et de plusieurs films –, le dernier livre de Dany-Robert Dufour, « Dr Mabuse et ses doubles » (Actes Sud), explore les mécanismes de domination et de manipulation qui divisent les sociétés en maîtres et en esclaves.

En 2019, dans Baise ton prochain, une histoire souterraine du capitalisme (Actes Sud), Dany-Robert Dufour analysait l'œuvre de Bernard de Mandeville, écrivain du début du XVIIIe siècle. Très lue en son siècle puis oubliée, sa « Fable des abeilles », avançait-il, serait un texte fondamental du (néo)libéralisme. Avec pour axiome « les vices privés font la vertu publique », Mandeville affirmait que l'expression des égoïsmes permettait la richesse des nations, donc le bien collectif grâce au « ruissellement ».
Comme le résume Dufour, il faisait de « la relation pervers/névrosé [le] moteur de l'Histoire humaine » : « Miser tout sur le pervers était […] la seule façon de sortir le monde de la pénurie et de la conduire vers l'abondance […]. C'est donc du génie de Mandeville, repérant l'attelage qui s'est noué à un moment donné de l'Histoire (lors de la naissance du capitalisme moderne) entre le pervers et le névrosé, que je suis parti pour en arriver à cette question : cet attelage ne serait-il pas une constante de l'Histoire humaine ayant pris, à chaque moment important, des formes spécifiques ? »
MAÎTRES ET ESCLAVES
Dans Dr Mabuse et ses doubles (Actes Sud), Dany-Robert Dufour explore la relation entre « maîtres » et « esclaves », selon les termes de Hegel ou, dans ceux de Freud, entre pervers et névrosés, rappelant que « [l]e névrosé reste fondamentalement timoré dans la pensée parce qu'il est sujet à la culpabilité […] alors que le pervers sait d'emblée tout retourner à son profit (personnes et idées) ». « Par cette fiction philosophique, j'ai tenté de révéler quelque chose des très retors et néanmoins très ingénieux miroirs aux alouettes que les Maîtres (Mabuse et ses doubles) n'ont cessé de construire au long de l'Histoire pour capter les esprits et prendre barre sur la multitude afin de la réduire en esclavage et de la mettre au service de leurs fins », résume l'auteur en postface.
« Fiction philosophique » ? Oui : Dufour fait s'exprimer, à la première personne, le docteur Mabuse, « génie du mal », né en 1921 dans un roman de Norbert Jacques, puis porté au cinéma, en particulier par Fritz Lang (en 1922, 1933 et 1960). Plus qu'un personnage, Mabuse est « une fonction sociale (ou asociale) assumable par divers individus. Une fonction disséminée et non localisable [...]. [S]a visée : tout voir sans être vu, donner à voir comme vrai ce qui est faux, et comme faux de qui est vrai, donner à l'autre le sentiment d'être constamment regardé sans qu'il sache vraiment par qui… »
MANIPULATIONS
Des religions polythéistes et monothéistes à celle du marché et jusqu'au coup d'État juridico-médiatique brésilien contre Lula, en passant par l'invention de la propagande publicitaire et politique par Edward Bernays, Mabuse détaille les « grands récits » et techniques de manipulation qui, à travers l'histoire, ont permis de soumettre et enrôler la majorité dans l'intérêt d'une minorité.
C'est surtout sa conclusion qui retient l'attention. Abandonnant le personnage de Mabuse, Dany-Robert Dufour termine son livre sur l'essor du transhumanisme (révolutions de la génétique, des nanotechnologies et de la robotique) en imaginant ses funestes conséquences. Bientôt, les « maîtres » n'auront plus besoin d'« esclaves » travailleurs, prophétise-t-il, la machinisation rendant la main-d’œuvre – et sa manipulation – largement superflue : « Avant, dans l'humanité, il y avait le Maître et l'esclave. Dans la posthumanité, le Maître deviendra le Surhomme et il laissera l'esclave aller à son destin, qui est de n'en avoir aucun […]. Aujourd'hui, nous avons les moyens de réussir là où les nazis ont échoué. »
* Dany-Robert Dufour, Dr. Mabuse et ses doubles, ou l'art d'abuser d'autrui, Actes Sud, 2021, 336 pages, 21,50 €




