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Avec la Nupes, c’est l’histoire qui frappe à la porte de la gauche
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Avec la Nupes, c’est l’histoire qui frappe à la porte de la gauche – Libération (liberation.fr)
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Parfois, l’histoire semble s’absenter. On dirait que le temps devient linéaire, un long fil horizontal, triste et pauvre. Lorsque le temps avance ainsi, sans vague, sans heurt, c’est le signe que l’ordre domine, la hiérarchie s’impose par une sorte de pesanteur. De jour en jour, cette violence sourde nous accable, l’autorité de quelques-uns désole, opprime.
Mais une secousse peut briser cette tranquille continuité, il existe alors un espoir. Dans nos systèmes représentatifs, où le suffrage universel est en réalité massivement affecté, contrarié, faussé, par d’innombrables filtres, où la simple distribution des revenus et des biens aboutit à ce que le suffrage confirme la hiérarchie, et, au fond, justifie le contraire de ce qui est démocratique, à savoir un partage inégal de tout : la santé, l’éducation, les transports, le logement, dans un système où l’inégalité existante, réelle, dénature le vote, ne nous offrant qu’une liberté de pure forme, dans un tel système, il existe, malgré tout, des instants où quelque chose peut se produire, où l’impossible devient possible, et où il n’est soudain plus irréaliste d’espérer.
1924, le Cartel des gauches, coalition pourtant fragile et incomplète, l’emporte aux élections législatives. Ses mots d’ordre sont : anticléricalisme, éducation pour tous, dénonciation de la pratique trop personnelle du pouvoir par le président de la République. Dès la victoire aux législatives, un gouvernement est formé, on amnistie les grévistes, on crée le Conseil économique et social, on autorise les fonctionnaires à se syndiquer, on établit le principe de la gratuité du lycée.
1936, le Front populaire, cette fois-ci la base est élargie, ce sont les trois principaux partis de gauche : la SFIO, le Parti radical et le Parti communiste. Le gouvernement de coalition adopte plusieurs réformes majeures : les congés payés (quinze jours), la semaine de 40 heures, l’établissement de conventions collectives.
1945, sur la base du programme du Conseil national de la résistance (CNR), la sécurité sociale universelle est instituée, ainsi qu’un système de retraite par répartition où il faut avoir cotisé trente années pour une retraite à 60 ans, mais d’un montant encore faible. On institue les comités d’entreprise. On nationalise Air France, l’électricité, le gaz, les grandes compagnies d’assurances. On institue le minimum vieillesse. On interdit les concentrations dans la presse. Pourtant, de nos jours, la totalité des moyens d’information se trouve entre les mains des premières fortunes du pays. Et si l’on regarde du côté des compagnies d’assurances, elles sont toutes privées.
1981, sur la base du programme commun, François Mitterrand est élu, l’essentiel du programme est accompli au cours de la première année : nationalisations des grandes banques, des entreprises lourdes (Thomson, Saint-Gobain, Rhône-Poulenc, Usinor…), augmentation du smic, des allocations, la retraite à 60 ans pour 37,5 années au taux plein, une cinquième semaine de congés payés, la semaine des 39 heures, l’abolition de la peine de mort, et celle des tribunaux militaires. Mais le tournant de la rigueur provoquera dans l’opinion une déception soudaine, irréversible.
1997, la Gauche plurielle se montre un peu moins ambitieuse, elle négocie avec le monde économique : baisse de la TVA, allègement des cotisations, réforme sur l’annualisation du temps de travail en contrepartie des 35 heures, instauration du pacs. Mais le gouvernement privatise à son tour, il ouvre aux capitaux privés : France Telecom, Thomson Multimédia, le CIC, les AGF, Air France, le Crédit lyonnais, Aérospatiale-Matra, etc. Il déçoit de nouveau, la chute sera rude.
C’est ici que nous en sommes. Et voici qu’à présent, toutes les forces politiques de gauche sont de nouveau réunies, et, à certains égards, plus largement qu’elles ne l’ont jamais été : le Parti communiste, le Parti socialiste, les verts, les insoumis. La victoire est à portée de la main. C’est donc un moment historique. Une hausse du smic à 1 500 euros net, un retour de la retraite à 60 ans, le blocage des prix sur les produits de première nécessité, la planification écologique, l’instauration de la VIe République, c’est bien l’histoire qui vient frapper à la porte, c’est bien la même force qui depuis le Cartel des gauches et le Front populaire tente à nouveau de repousser ce qui nous opprime, de tenir tête à la hiérarchie qui broie, c’est bien le moment de faire reculer la vieille machine inégalitaire.
Ne l’oublions pas, c’est seulement la sixième fois en un siècle, la sixième fois depuis le Cartel des gauches, la sixième fois que la gauche entière est unie. Ce n’est donc pas une simple péripétie électorale. Pour que l’histoire se réveille, pour que le temps devienne soudain plus vif, surprenant, pour que les luttes reprennent avec davantage d’espoir, pour que l’ambiance change, s’aère, il faut aller voter pour les candidats de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes).




