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Arrestation de Mikhail Lobanov : les méthodes fascistes de Poutine en Russie
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le mathématicien et militant syndical Mikhail Lobanov a été arrêté et torturé à Moscou il y a quelques jours. Je publie ici un texte écrit par deux de ses amis.
Moscou, 29 Décembre 2022, un mathématicien arrêté et torturé
Moscou, 29 décembre, 6 heures du matin. La police force l’entrée de l’appartement du mathématicien et homme politique russe de gauche Mikhail Lobanov. Porte sciée à la disqueuse. Mikhail est passé à tabac par policiers et hommes en civil. Sol jonché de traces de sang. Perquisition de plus de trois heures. Bien sûr interdiction totale d’appeler un médecin ou un témoin pour constater les coups et blessures. La police refuse même que Lobanov appelle un avocat. Par la suite elle interdira à l’avocat d’entrer dans le commissariat où Lobanov a été conduit pour entamer sa procédure.
Le politique est conduit au tribunal uniquement en soirée : l’heure de fermeture du tribunal est déjà passée, bon prétexte pour empêcher les militants et les journalistes d’entrer. Mikhail est jugé pour « résistance aux forces de l’ordre ». Le juge se contente de tamponner un jugement pré écrit : 15 jours d’emprisonnement. Mais aujourd’hui, ce qui risque fort d’arriver, c’est que pendant que le militant purge ses 15 jours, des poursuites pénales soient engagées contre lui, pour « propos mensongers sur l’action de l’armée russe ». Cet article du code pénal, adopté au printemps par une Douma inféodée à Poutine, poursuit les auteurs de toute forme de critique sur la guerre engagée par le régime de Poutine en Ukraine. C’est exactement ce qui s’est passé ces derniers mois avec les arrestations des autres opposants, comme Ilia Yachine ou Alexeï Gorinov. D’une cellule pour arrestation « administrative », ils ont tous été envoyés en prison ferme (SIZO) et se sont pris des condamnation de 8 ans et demi ou 7 ans. Au final peu importe le temps de détention auquel ils sont condamnés, car il y a très peu de chances que ces prisonniers politiques retrouvent la liberté tant que le régime actuel perdurera.
Dans les années 2010, alors que Poutine ne cesse de durcir son régime, tout un nouveau type de mouvements de résistance surgit dans le pays : des écologistes, des syndicalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des groupes de gauche. Organisés en coalitions socialistes, ils parviennent parfois à faire reculer la machine Poutine. Mikhail Lobanov, chercheur en mathématiques à l’Université d’Etat de Moscou, est l’exemple type de cette nouvelle génération de militants qui s’est formée en dehors du système Poutine, et dont le pouvoir a longtemps sous-estimé la force de frappe.
Ainsi, en 2013, Lobanov co-fonde le syndicat « Solidarité universitaire » qui enchaîne des batailles inédites : contre la répression d’universitaires ; pour la défense de l’enseignement disciplinaire à l’université, contre l’introduction de l’idéologie poutinienne et eurasienne dont le chantre, Alexandre Douguine, a été un temps placé par le Kremlin directeur d’un département de l’université où travaille Lobanov ; contre l’introduction de fan zones pour la coupe du monde de foot dans le parc de l’Université d’Etat de Moscou.
Alors que le système Poutine ne voit aucune menace arriver de ces « petits groupes d’agités », sans moyen et sans couverture médiatique, c’est en réalité tout un réseau de militants qui s’agrège et se structure progressivement autour de ces mouvements, prenant part à la politique locale puis nationale.
En septembre 2021, des élections législatives ont lieu en Russie. L’opposition de gauche et l’opposition libérale n’ont a priori aucun moyen d’accéder à ces élections. Mais le rôle joué par ces mouvements informels émanant de la base est en fait devenu si puissant, que le parti communiste voit une opportunité à conclure localement des alliances électorales avec certains d’entre eux, comme avec Lobanov. Ce dernier mène alors une campagne citoyenne inédite, dans l’une des circonscriptions de Moscou, déployant une énergie titanesque en meetings, tractages, collages ; il propose également à la population de discuter des vraies questions qui la concernent : absence de liberté civique, inégalités etc… Le pouvoir place en face de Lobanov, Evgenii Popov, présentateur télé extrêmement connu, omniprésent sur tous les plateaux télé. Outre son budget de campagne cent fois supérieur à celui de Lobanov, Popov a tout ce qu’il veut à sa disposition pour faire campagne, jusqu’aux éboueurs municipaux qui reçoivent l’ordre d’arracher les affiches de Lobanov et jusqu’aux salariés des compagnies d’Etat qui reçoivent l’ordre de voter pour Popov. Résultats du vote : Lobanov arrive 10 000 voix devant Popov.
Pour bloquer Lobanov, le pouvoir annule ce résultat et attribue à Popov des voix issues d’un soi-disant « vote électronique » qui n’ont jamais été reconnues par les observateurs indépendants.
En février 2022, à l’unanimité, le Parlement soutient l’invasion militaire de l’Ukraine par Poutine.
Avant la guerre, le gouvernement utilisait des moyens traditionnels pour étouffer l’opposition : impossibilité pour l’opposition de mener campagne, introduction de candidats spoilers avec un « programme de gauche », pour faire perdre des voix au candidat de l’opposition, falsification des résultats, infiltration dans les meetings des candidats de l’opposition, d’individus chargés de faire le sale travail. Comme par exemple un certain Sobolev qui s’est rendu à différents meetings de Mikhail Lobanov afin d’y faire des scandales et d’y provoquer des bastons, donnant ainsi au pouvoir un prétexte pour discréditer le candidat.
Mais avec la guerre, Poutine n’arrive plus à contrôler l’opposition par ses propres moyens. C’est pour cela qu’il fait appel à des formations nationalistes militaires et paramilitaires privées, comme celle de Sobolev qui, quelques heures après l’arrestation de Mikhail Lobanov, poste sur son blog la photo du mathématicien étendu au sol dans une flaque de sang avec le commentaire : « Quel plaisir. C’est moi qui lui ai fait ça. Et ça voulait travailler dans notre dos pour l’ennemi et ça voulait jouer au troublion. Mort aux traîtres. Tant que je n’aurai pas bu son sang, je ne m’arrêterai pas. »
Le recours de l’Etat à ces individus nationalistes et violents, crée une porosité entre le régime Poutine et l’extrême droite. Aujourd’hui deux Russies s’affrontent : la Russie de Poutine-Sobolev et la Russie de Lobanov.
Alexei Sakhnin et Elizaveta Smirnova.




