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Un an de guerre impérialiste en Ukraine
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Le 20 février, près d’un an après l’invasion de l’Ukraine par les forces russes, Joe Biden s’est rendu en visite surprise à Kiev. Cette opération de propagande soigneusement orchestrée s’est déroulée alors que le soutien des opinions publiques occidentales à l’envoi d’armes en Ukraine a significativement baissé, ces derniers mois, et que l’armée ukrainienne a dû céder du terrain depuis le mois de décembre.
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« Bourrage de crâne »
Dès ses premiers jours, cette guerre a été marquée, en France et ailleurs, par un véritable « bourrage de crâne », pour reprendre une expression datant de la Première Guerre mondiale. Tous les faits qui ne cadrent pas avec le discours de la presse bourgeoise occidentale – comme par exemple la présence importante de néo-nazis dans l’armée ukrainienne – sont qualifiés de « propagande russe ». Cette même presse « démocratique » a claironné continuellement l’inéluctabilité d’une défaite imminente de la Russie, en exagérant chaque succès ukrainien, aussi petit soit-il, et en répétant une bonne partie des mensonges du gouvernement de Kiev.
A ce jour, la situation sur le front est très différente de ce qu’en dit la propagande occidentale. Après les offensives ukrainiennes de septembre, la mobilisation de centaines de milliers de réservistes et l’abandon de Kherson ont permis aux Russes de rétablir l’équilibre sur le plan numérique et de reprendre l’initiative des opérations. Depuis, l’armée russe a repris quelques portions de territoires qu’elle avait perdues en septembre et, surtout, a concentré ses efforts sur le Donbass. Les Russes ont conquis la ville de Soledar à la mi-janvier, avant d’entamer l’encerclement de Bakhmout en février.
Ces reculs ont poussé Zelensky à réclamer toujours plus d’armes, mais l’OTAN et les puissances occidentales ne semblent pas très pressées de satisfaire ces demandes. Lors de sa visite éclair à Kiev, Biden a promis de nouveaux envois d’armes, mais sans donner d’échéances claires sur leur livraison. De même, les pays de l’OTAN ne fournissent du matériel moderne qu’au compte-goutte et, surtout, se débarrassent de leurs vieux armements. Au passage, les entreprises qui remettent ces derniers en état empochent de juteux bénéfices. Comme le disait Lénine : « la guerre est une chose horrible, oui, horriblement profitable ».
Une guerre impérialiste
Cette limitation de l’aide occidentale est due au fait que, contrairement au discours officiel, l’objectif des impérialistes occidentaux n’est pas d’aider Kiev à « gagner la guerre » pour défendre la « souveraineté » de l’Ukraine ou la « démocratie ». Les « valeurs » humanistes et démocratiques brandies à tout bout de champ, depuis février dernier, n’ont jamais empêché les puissances occidentales d’assister au massacre des Palestiniens ou à la guerre menée au Yémen par l’Arabie Saoudite sans lever le petit doigt pour y mettre un terme.
En réalité, nombre de stratèges occidentaux sont très sceptiques quant aux chances d’une victoire ukrainienne. Dès le mois de novembre, Mark A. Milley, le plus haut commandant des forces armées américaines, déclarait : « En termes de probabilité, la perspective d’une victoire ukrainienne consistant en l’expulsion des Russes de toute l’Ukraine comme ils la définissent, c’est-à-dire y compris la Crimée… la probabilité que cela se produise bientôt n’est pas très importante, d’un point de vue militaire ».
Les impérialistes occidentaux se servent en fait de l’Ukraine comme d’une arme contre Moscou. Cela leur permet de porter des coups à l’armée et à l’économie russes sans avoir à intervenir directement. Loin de soutenir Kiev « tant qu’il le faudra », comme l’affirme Biden, les Occidentaux – Washington en tête – ne le feront qu’aussi longtemps que cela servira leurs intérêts. D’ailleurs, en « privé », plusieurs politiciens et diplomates occidentaux ont critiqué l’intransigeance de Zelensky et son refus de toute négociation avec la Russie.
Ces dirigeants s’inquiètent notamment des conséquences politiques de la guerre et de la crise énergétique, laquelle a été aggravée par les sanctions contre la Russie. Par exemple, un sondage Euroskopia conduit récemment dans neuf pays européens (Portugal, Autriche, Pays-Bas, Pologne, Espagne, France, Italie, Allemagne et Grèce) montre que 48 % des sondés sont désormais favorable à « une paix rapide, même si cela doit signifier la perte de territoires pour l’Ukraine », et que seuls 32 % s’opposent à une telle issue. La même évolution est à l’œuvre aux Etats-Unis. Cela explique les efforts de propagande de Biden : il s’agit avant tout de justifier les énormes dépenses qu’implique l’aide militaire à l’Ukraine, alors que les Etats-Unis sont au seuil d’une nouvelle récession.
Aucun des deux camps impérialistes en lutte ne pourra améliorer d’une quelconque façon le sort des travailleurs d’Ukraine, de Russie ou d’ailleurs. La victoire de Kiev ne signifierait pas la « souveraineté » de l’Ukraine, mais sa soumission – économique et politique – aux impérialistes d’Europe et d’Amérique. Inversement, la victoire de la Russie signifierait le renforcement du régime de Poutine et l’aggravation de l’exploitation des travailleurs d’Ukraine et de Russie. Quant au rôle du mouvement ouvrier français, dans ce contexte, c’est de démasquer l’hypocrisie de la bourgeoisie française – qui condamne en Ukraine ce qu’elle approuve ailleurs – et de dénoncer ses véritables objectifs dans cette guerre.




