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Le peuple constituant contre le pouvoir factieux
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Le peuple constituant contre le pouvoir factieux. – Arguments pour la lutte sociale (aplutsoc.org)
La journée du 23 mars 2023 fut historique, pour une raison politique : au discours présidentiel de la veille, les larges masses ont répondu : le peuple, c’est nous, l’irresponsable, c’est vous, la démocratie, c’est nous, l’arbitraire, c’est vous.
Cette fois-ci, les chiffres de la CGT, parisiens (800.000) et nationaux (3,5 millions) sont tout à fait probants. Et la jeunesse a fait irruption : la jeunesse des lycées de province, comme à Aubenas, des lycées professionnels et agricoles, est sortie en masse, dynamisant les manifestations, et elle veut continuer, pour gagner sur les retraites, pour gagner le monde.
Des dizaines de manifestations déclarées ou non s’en sont pris aux lieux du pouvoir, préfecture, certaines mairies, commissariats : soyons clairs, c’est justifié, c’est la direction à prendre, comme sont légitimes et nécessaires les affrontements contre les réquisitions de Darmanin.
Quand les agriculteurs et des agents de l’Équipement, à Rennes, sortent les tracteurs et les tracto-pelles contre les canons à eau de la police, ils ont raison. Le peuple se constituant en corps collectif ayant volonté et organisation est là. Le Maïdan à la française se profile pour imposer la démocratie contre l’État.
La répression, violente, surpassant infiniment la « violence » de la « foule », s’est souvent abattue. Une AESH (Accompagnatrice d’Élèves en Situation de Handicap) a eu le pouce arraché à Rouen, des lycéens de Tulle se retrouvent aux urgences hospitalières, et Darmanin raconte n’importe quoi sur l’illégalité de tout rassemblement « non déclaré ». Et il ordonne des réquisitions contre les raffineurs, qui ont commencé, et contre les éboueurs, qui ont avorté pour l’instant. Le lien est direct entre ces affrontements et l’enjeu politique que les plus larges masses ont saisi : ce sont les retraites, et c’est le droit, ce sont les conquêtes sociales, et c’est la démocratie, ce sont les conditions de vie et de travail, et c’est le pouvoir.
La question d’une manifestation centrale à Paris (qui n’empêchera pas un déferlement vers les préfectures bien au contraire !) se pose de plus en plus ouvertement. Dès qu’hors de Paris les prises de parole se démocratisent dans les manifestations, soit que tous les syndicats présents interviennent, soit que les interventions s’élargissent à des grévistes ou à des jeunes, l’idée de « monter le chercher », comme l’avait tenté les Gilets jaunes en réponse, déjà, à ses provocations, est acclamée.
Selon le député LFI François Ruffin, « … il va falloir que la France des sous-préfectures monte à la capitale pour une manifestation nationale. ». Le NPA (NPA Poutou-Besancenot) déclare depuis le 16 mars : « Il faut une manifestation nationale à Paris pour contester politiquement et massivement la réforme et le pouvoir ». Selon le député LFI Thomas Porte, approuvant le dirigeant CGT des Bouches-du-Rhône Olivier Mateu, « Les Français vont venir vous chercher et vous dégager. » C’est, à vrai dire, une libre interprétation des propos d’Olivier Mateu qui n’appelle pas, lui, à monter à Paris et s’en tient à des rodomontades (« Vous allez la manger votre réforme », « Si certains se sentent fatigués c’est leur problème » …). Mais c’est quand même une excellente idée !
Dans les organisations syndicales, c’est … la CFDT, qui a abordé l’éventualité d’une manifestation nationale dans l’intersyndicale. Mais pas tout de suite, d’où la crainte que ce soit un « enterrement ». Sauf que ce sont bel et bien des militants CFDT, heureux depuis des semaines de se retrouver dans l’unité avec leur classe, qui posent aussi la question. La direction de Solidaires, répondant à la Fédération SUD-Commerce, a fait cette remarquable découverte : cela « remettrait en question la grève reconductible du rail » ! Des sections académiques du SNES-FSU soulèvent aussi la question d’une telle manifestation. Etc.
Et la question de la répression, alors que Macron, sous l’effet du mouvement, a déjà décidé de saucissonner en plusieurs morceaux son projet de loi contre les travailleurs et les familles migrants, cette question elle aussi renforce le poids de la nécessité de l’affrontement central. Car le sens obligé d’une manifestation centrale est l’affrontement avec Macron. Tel est le contenu politique des grèves : c’est pour cela qu’il ne suffit pas, si l’on veut vraiment la grève générale, de dire « grève générale », il faut exprimer cette direction qui permet et libère la grève politique. Citons encore Rosa Luxembourg sur les grèves de masse : « Ce n’est pas la grève de masse qui nourrit la révolution, c’est la révolution qui nourrit la grève de masse. » On ne fait pas grève pour faire grève même si la vraie grève est festive et libératoire, on la fait pour gagner, s’unir et se battre, et quand elle devient la grève au compte de tous, ce que font les éboueurs et les raffineurs, puis la grève de tous, c’est pour battre le pouvoir d’État.
Le congrès de la CGT s’ouvre à Clermont-Ferrand ce lundi. Le CCN de FO va également avoir lieu. Si ces instances représentent les besoins des travailleurs et des militants syndicalistes, alors elles doivent s’unir sur la garantie de la victoire : aller affronter Macron et ainsi généraliser la grève !
Alors, l’intersyndicale nous appelle mardi prochain. Bien sûr, les manifestants seront au rendez-vous, puisque la lame de fond monte toujours. Et ils poseront de plus en plus la question : affrontons Macron, pour gagner et pour ouvrir la voie à la démocratie !
Le 24-03-2023.




