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Les digues de l’indignation
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par Pierre Rimbert
Le 6 juin dernier, alors que Moscou et Kiev se renvoient la responsabilité de la destruction du barrage de Kakhovka, en Ukraine, Bernard-Henri Lévy contre-attaque : « Comme Hitler en 1945, #Putin a une fois de plus utilisé la tactique de la terre brûlée » (Twitter 6 juin). Le Monde se rabat alors sur la seule autre référence historique du journalisme français : « La catastrophe est un écho de celle provoquée le 28 août 1941 par le dictateur soviétique Joseph Staline sur le même fleuve (…) pour freiner l’avancée rapide des troupes nazies » (Le Monde, 8 juin).
Nazie ou antinazie, quelle importance au fond ? Attribuée à M. Poutine, l’attaque atteste forcément une infamie exceptionnelle. « La destruction du barrage de Kakhovka marque un tournant dans les guerres du XXIe siècle », titre une tribune de Franck Galland publiée sur le site du quotidien vespéral (7 juin). Le consultant est catégorique : « Un acte aussi ciblé et délibéré, et d’une telle ampleur, ne s’était plus produit depuis la seconde guerre mondiale, où les bombardements de masse ont visé les ouvrages hydrauliques avec pour but de noyer le potentiel économique de l’adversaire en provoquant le maximum de dommages matériels et humains. »
Il n’aurait pas fallu plus de deux minutes aux éditeurs du Monde pour vérifier — et pulvériser — cette assertion. Car un autre pays a commis des « violations caractérisées des conventions de Genève » sans que quiconque invoque Hitler, Staline ou Belzébuth. Le 26 mars 2017, rappelle le New York Times (20 janvier 2022), « au plus fort de la guerre contre l’Organisation de l’État islamique [OEI] en Syrie, une explosion soudaine secoue le plus grand barrage du pays, une structure imposante de dix-huit étages sur l’Euphrate au-dessus d’une vallée où vivent des centaines de milliers de personnes ». Situé dans une zone contrôlée par l’OEI, l’ouvrage figurait sur la liste des sites protégés établie par l’armée américaine. Mais la retenue humanitaire prend des formes singulières dans les pays hostiles à l’Alliance atlantique : des membres des forces spéciales « frappent le barrage en utilisant les plus puissantes bombes de l’arsenal conventionnel américain, dont au moins une BLU-109 anti-abris ». Le projectile pénètre en profondeur dans la tour de contrôle du barrage et, par miracle, n’explose pas.
Intermittente en Syrie, la passion des États-Unis pour les conventions de Genève fut carrément contrariée pendant la guerre du Vietnam. À l’été 1972, une délégation de la commission internationale d’enquête sur les crimes de guerre américains visite le nord du pays. Le Monde (16 août 1972) relate : « M. Ramsey Clark, ancien ministre de la justice du président [Lyndon] Johnson, a déclaré qu’une énorme digue maritime protégeant de l’inondation une zone où vivent six cent mille personnes “a été touchée à de nombreuses reprises” » par les obus américains. Également présent, le géographe français Yves Lacoste témoigne alors « du caractère systématique et global de l’action menée contre le système hydraulique du Vietnam du Nord » : « la concentration des bombardements sur les digues dans la partie orientale du delta [du fleuve Rouge], qui est aussi la région la plus peuplée et la plus importante au point de vue agricole, traduit le caractère délibéré de ces attaques, puisque celles-ci se localisent là où leurs effets peuvent être les plus graves ».
Détruire des barrages en temps de guerre est hélas si courant que le général ukrainien Andriy Kovaltchouk l’avait lui-même envisagé. « Les Ukrainiens, expliquait le Washington Post du 29 décembre 2022, ont procédé à un essai de frappe avec un lanceur Himars sur l’une des vannes du barrage de Nova Kakhovka, en faisant trois trous dans le métal pour voir si l’eau du Dniepr s’élèverait suffisamment pour empêcher les Russes de traverser, sans pour autant inonder les villages voisins. Le test a été un succès, a déclaré M. Kovaltchouk, mais cette mesure d’ultime recours ne fut pas mise en œuvre. » Dans le cas contraire, BHL aurait-il associé le geste à Hitler ? Et Frank Galland aurait-il réécrit dans Le Monde l’histoire militaire du dernier demi-siècle ?




