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Le mirage de l’apaisement
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://www.monde-diplomatique.fr/2024/08/BREVILLE/67284
Depuis que M. Emmanuel Macron a décrété la dissolution de l’Assemblée nationale, les esprits s’échauffent. Des élus sont agressés, des permanences saccagées, des militants tabassés. Les menaces pullulent sur les réseaux sociaux, les dirigeants politiques s’invectivent. Dans les médias, journalistes et commentateurs s’inquiètent d’une flambée de violence politique qui embraserait tout l’Occident, à commencer par les États-Unis où M. Donald Trump vient d’échapper à une tentative d’assassinat — comme avant lui le premier ministre slovaque Robert Fico et l’ancien président brésilien Jair Bolsonaro.
Face à ce climat, une solution transpartisane semble se dégager : « l’apaisement ». Il reviendrait aux dirigeants politiques de calmer les débats, d’atténuer les clivages, de refroidir les passions. Car comment imaginer une société de la quiétude dès lors qu’au sommet du pouvoir on multiplie les outrances ? Le président Emmanuel Macron appelle donc les parlementaires à retrouver « le sens de la concorde et de l’apaisement », afin de « bâtir [des] compromis avec sérénité et respect de chacun ». Le socialiste Boris Vallaud « plaide pour l’apaisement plus que pour la radicalité ». Même le Rassemblement national se proclame « parti de l’apaisement ». Tout récalcitrant se voit immédiatement tancé. Quand l’Insoumise Sophia Chikirou compare le « hollandisme » à des punaises de lit, sa partenaire écologiste Marine Tondelier la reprend : « On doit montrer l’exemple. Parce qu’il y a une violence qui monte dans la société et que nous, on doit être là pour protéger, réparer, et pour apaiser. » Et lorsque les Verts refusent de serrer la main d’un député d’extrême droite, la remontrance vient plutôt de la droite : « En démocratie, il faut respecter son adversaire. Le pays a besoin d’apaisement », chapitre M. Philippe Juvin (Les Républicains). Les frontières de la bienséance dépendent de qui les fixe…
Un peu de recul historique fait apparaître fort chimérique le projet d’un Parlement assagi, réglant courtoisement ses divergences pour donner l’exemple au reste du pays. Les noms d’oiseaux ont toujours volé au Palais Bourbon, de toutes parts, et à toutes les époques. Analphabète, servile, idiot, salaud, chien couchant, bandit, menteur, Judas, traître, assassin, filou, faussaire, dégonflard, Tino Rossi, valet, vendu, sous-Badinguet, abruti, gâteux, gland de potence… La période contemporaine se distingue d’abord par sa moindre inventivité. Comme l’a montré l’historien Thomas Bouchet (1), les moments de crise favorisent les affrontements verbaux et le chahut dans l’Hémicycle — la « bordélisation » du Parlement, comme on dit aujourd’hui —, avec des députés qui font claquer leurs pupitres, hurlent leurs désaccords et parfois même chantent à tue-tête. La crise boulangiste, l’affaire Dreyfus, les lendemains de la première guerre mondiale, l’arrivée au pouvoir du Front populaire, les grèves de 1947, la loi sur l’avortement… Les tensions et les clivages qui traversent le pays rejaillissent sur la vie démocratique, non l’inverse, et l’« apaisement » n’est pas un point de départ, mais le résultat potentiel des politiques qui s’attaqueraient à ces fractures. « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent. Mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent », écrivait Bertolt Brecht.
Or, ces derniers temps, les motifs de mécontentement ne manquent pas. La situation sociale n’en finit pas de se détériorer, les réformes impopulaires s’enchaînent, les manifestations sont ignorées, quand elles ne sont pas réprimées. Et les élections, qui se résument pour beaucoup à un choix par défaut, ne paraissent plus permettre de rien changer, avec un camp présidentiel discrédité, défait dans les urnes, mais qui s’accroche au pouvoir à coups de manœuvres politiciennes et de stratagèmes institutionnels. Faut-il dès lors s’étonner du durcissement des antagonismes, et d’une conflictualité toujours plus aiguë ?
Benoît Bréville




