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"Les présences imparfaites", premier roman de Youness Bousenna : anatomie d’un vide existentiel
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Dans « Les présences imparfaites » (Rivages), Youness Bousenna rapporte avec brio la confession implacable d'un journaliste à l'existence terne, teintée de solitude, ayant perdu sa vie à vouloir la réussir. Un premier roman ambitieux où pointe le vertige de la lucidité.

C’est l’histoire d’un homme qui n’a ni raté, ni réussit sa vie, mais qui l’a perdue. Âgé de 58 ans, en 2019, Marc Pépin fait le bilan. De son adolescence à Thiais, dans le Val-de-Marne, à son poste de chef au service international du Figaro, le narrateur, qui s’exprime à la première personne, dépeint une existence pourtant riche, mais sans réel éclat.
Après une adolescence marquée par l’ennui, au sein d’une famille ordinaire de la classe moyenne, le héros devient reporter au sein du quotidien qui appartient alors à Robert Hersant. Il entame au mitan des années 1980 une carrière qui le mène en Irak, où il couvre brillamment la guerre entre Bagdad et Téhéran. Marc s’essaie aussi à la littérature et publie plusieurs romans. L’un d’entre eux, Nos Défêtes, s’invite même dans les sélections du prix Renaudot.
S’il n’est pas récompensé, ce fait d’armes lui apporte une petite renommée. Marc ne devient pour autant jamais vraiment un écrivain. La vie sentimentale du narrateur s’avère plus chaotique. Pas réellement beau, mais pas laid pour autant, Marc n’a que peu de succès avec la gent féminine. Il épouse certes Claire, normalienne et agrégée en lettres, dont il est amoureux. Mais le couple ne connaît jamais le bonheur et se sépare rapidement, sans avoir d’enfant.
Vide
Avec ce premier roman, Youness Bousenna, journaliste et collaborateur à Marianne, nous plonge tour à tour dans les années 1970, 1980, 1990, 2000 et 2010. À travers la vie de son antihéros, l’auteur nous décrit une situation géopolitique qui se révèle compliquée, alors que la fin de la Guerre froide laissait espérer l’avènement d’un monde en paix. Il nous raconte aussi le quotidien d’une rédaction, durant des décennies de turbulences. Aux années fastes de la presse succède une crise, dont elle n’a su sortir. Tout au long de l’ouvrage, Marc nous détaille les désordres causés par un changement de direction, lorsque le groupe Dassault rachète Le Figaro, en 2004, les conséquences de la baisse des recettes publicitaires ou les effets de l’arrivée dans l’ère internet. Mais le principal n’est pas là.
Bien écrit et parfaitement construit, Les présences imparfaites narre avant tout la solitude, dans une vie en apparence riche : « Je m’efforçai de sortir pour tromper la torpeur. Vivre avec ses amis : utopie de métropolitains. Mais ces récréations, mêmes brèves me lassaient. La vie sociale n’est pas bien adaptée au mal-être des solitaires comme moi. Je veux dire des solitaires qui n’ont rien fait pour vraiment réussir leur vie personnelle tout en jouant d’un peu de malchance. »
Marc ne manque pas de proches, s’entend bien avec ses parents et sa grande sœur, Anne, et a des amis. Mais égoïste, il n’a vécu que pour lui-même et ne prend conscience du vide qui l’entoure que quand l’essentiel de sa vie est derrière lui. Ce livre pose alors la question de ce qu’est une existence réussie. « L’essentiel des malheurs m’avaient été épargné, sur la longue liste des calamités tapies dans le champ des possibles », souligne celui qui n’a connu ni la maladie, ni la misère, qui n’a subi aucune violence, ni aucune injustice.
Pourtant, une existence sans peine n’est pas une existence heureuse. « L’existence, pour beaucoup, dure trop longtemps. On s’y attache par manque de choix », ne peut s’empêcher de penser le narrateur. Et dans ce premier roman réussi, Youness Bousenna nous narre, avec élégance, comment une vie, même quand elle semble remplie, peut être vide.
***
Les vies imparfaites, de Youness Bousenna, Rivages, 208 p., 19,50 €.




