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Henri Garric, Jean Vigreux (dir.), Pif le chien. Esthétique, politique et société
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://dissidences.hypotheses.org/15910
Henri Garric, Jean Vigreux (dir.), Pif le chien. Esthétique, politique et société, Dijon, Editions universitaires de Dijon, collection « Sociétés », 2022, 128 pages, 12 €.
Un compte rendu de Christian Beuvain
Ce livre sur Pif le chien, personnage animalier devenu fétiche, né dans la presse communiste en mars 1948 sous le crayon de José Cabrero Arnal (1909-1982), est l’aboutissement d’un travail soutenu par les MSH (Maison des Sciences de l’Homme) de Dijon et Besançon. Ce projet PIFERAI, (Pif dans tous ses états : recherches, archives, interdisciplinarité) a donné naissance à un corpus numérisé de « l’ensemble des strips quotidiens parus dans l’Humanité de 1948 à 1969 » (p. 9) auxquels il faut en ajouter d’autres parus ailleurs – dans L’Almanach ouvrier et paysan par exemple – soit pas moins de 7 000 clichés qui ont servi de base de données aux différents chercheurs, sous la direction de Henri Garric et Jean Vigreux.
Sous leur direction, l’objectif de ce livre est de sortir Pif de la « relégation mémorielle » (contribution de Sylvain Lesage, p. 14) au sein des études sur la bande dessinée – champ culturel encore relativement peu fréquenté par les historiens – en explorant ses « dimensions éditoriales, sociales et politiques, sans oublier les enjeux littéraires et artistiques. » (conclusion, p. 126). Il est divisé en deux parties, « Pif le chien : éditions et politique » et « Poétique, origines et enfance de Pif », avec onze auteurs – que nous ne pouvons citer tous, néanmoins Henri Garric, Maël Rannou, Jean Vigreux, Vincent Chambarlhac, Bertrand Tillier – s’attaquant avec érudition aux multiples facettes (dessins, strips, mots, thèmes) de cet « objet parcouru de tensions multiples » (p. 126).
Le premier strip de Pif le chien apparait dans L’Humanité du 28 mars 1948. Nous sommes au cœur des « années chaudes » de la guerre froide. Toutes les professions artistiques voient surgir en leur sein des regroupements, pilotés par des militants communistes, pour la défense de la culture française – comme ce Comité de défense du Music-Hall pour « sauver la chanson française » lancé le 24 mars, soit quatre jours avant l’apparition de Pif le chien. Communistes et « compagnons de route » sont vent debout contre « le gangstérisme, stade suprême de l’impérialisme américain », suivant la forte et jdanovienne expression de Pierre Courtade dans L’Humanité du 9 mars 1948. Dans ces conditions, impossible pour le quotidien de continuer à publier Félix le chat, d’origine étasunienne, dont les strips sont distribué par l’agence Harmonia Mundi …[1] Félix le chat, « l’avers graphique de la souris capitaliste, du chat américain » (Vincent Chambarlhac, p. 97) disparait donc du quotidien communiste le 29 février 1948. Pour autant, il faut attendre le 14 juin 1951 pour que le chien communiste de Cabrero Arnal peigne sur les murs de la ville Les Américains en Amérique !
Pif le chien, bien que communiste, est-il néanmoins le défenseur « d’une certaine culture républicaine de la propriété », suivant le questionnement iconoclaste de Arnaud-Dominique Houte ? Une assertion osée qui mériterait sans doute de plus amples développements … Les gags, étudiés par Henri Garric, sont-ils désactivés de leur charge sociale par un « glissement vers un monde de fantaisie » (p. 123) puisqu’après tout ces vignettes sont pour des enfants ? Là aussi, à notre sens, c’est oublier que très tôt[2] le PCF a voulu politiser à sa manière le monde de l’enfance populaire. Ce que remarque d’ailleurs Jean Vigreux, pour qui « Pif permet de saisir au mieux l’histoire d’une République sociale et émancipatrice » (p. 79).
Pif chien domestique ou chien anthropomorphe ? Si l’on suit la logique de Bertrand Tillier, en officiant comme peintre ou bûcheron, « il s’extirpe ainsi de sa condition animale » et parvient alors à « conquérir sans relâche sa part d’humanité » (p. 111). Pif le chien peintre, justement. Selon Vincent Chambarlhac, il apparaît ainsi « comme la mise en abyme de la condition du dessinateur de presse » (p. 99) dans un corpus dont le pic se situe autour de 1955-56, pic correspondant pour cet auteur à « la querelle ouverte dans les Lettres françaises sur le portrait de Staline par Picasso » (p. 98).
Dans cette courte recension qui ne saurait rendre compte de toute la richesse (et des questionnements) de cet ouvrage, un regret, pourtant. L’absence d’une contribution consacrée au dessinateur, José Cabrero Arnal lui-même (ci-dessous photographié avec sa création de papier pour le magazine communiste illustré Regards, du 5 novembre 1948, page 14).
Bien qu’il existe ici ou là des biographies de cet illustrateur[3], une recherche approfondie sur celui qui croqua, entre autres, des caricatures anticléricales (ci-dessous, le 22 mai 1931, en Une) dans Solidaridad Obrera, le journal de la CNT (Confédération nationale du travail), la grande centrale libertaire espagnole, aurait permis, entre autres, de corriger le portrait d’un militant espagnol trop souvent présenté comme seulement républicain dans ces années trente.
In fine, un excellent travail de recherches sur un personnage emblématique des bandes dessinées de la presse des années cinquante.
[1] Félix le chat est une vieille connaissance des lecteurs de L’Humanité puisqu’il parait du 19 décembre 1937 au 27 novembre 1938. Après la Libération, il y figure du 10 mars 1946 et jusqu’au 29 février 1948.
[2] Lire Rachel Mazuy, Mon Camarade – Une revue communiste pour enfants (1933-1939). Circulations et transferts avec l’URSS. | Circulations, transferts et engagements politiques (hypotheses.org)
[3] Par exemple celle de Philippe Guillen, José Cabrero Arnal, de la république espagnole aux pages de Vaillant, la vie du créateur de Pif le Chien, Toulouse, Nouvelles Éditions Loubatières, 2011, ou celle du site comiclopedia, José Cabrero Arnal – Lambiek Comiclopedia









