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    Comme un parfum de "stagflation", par Michael Roberts

    Lien publiée le 22 février 2025

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    Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Comme un parfum de « stagflation », par Michael Roberts

    Les grandes économies montrent des symptômes de stagflation. En clair, cela signifie que les taux d’intérêts pourraient rester élevés, tandis que la croissance s’amenuise. Une situation parfaite pour provoquer un éventuel krach des marchés financiers.

    Comme un parfum de « stagflation », par Michael Roberts

    Cet article a été publié le 17 janvier sur le le blog Michael Roberts.

    L’inflation des biens de consommation courants aux États-Unis a atteint 3% en janvier 2025. Les prix de l’énergie ont augmenté pour la première fois en 5 mois et les prix des denrées alimentaires sont au plus haut. Le prix des œufs s’est envolé de 15,2 %, soit sa plus forte augmentation depuis 2015, en raison d’une épidémie de grippe aviaire qui provoque des pénuries. Les prix du cacao et du café se sont eux aussi envolés suite à de mauvaises récoltes dans les pays du sud où ces denrées sont cultivées, causées par des phénomènes climatiques violents, conséquences directes du dérèglement climatique.

    L’inflation dite « sous-jacente » (excluant les prix des denrées alimentaires et de l’énergie) a de son côté augmenté de 3,3 %, comprenant les prix des assurances, les loyers et les frais médicaux. Le prix des voitures d’occasions a aussi augmenté, en conséquence du fait que les américains se tournent de plus en plus vers le marché d’occasion plutôt que vers des véhicules neufs plus coûteux.

    Le « Sticky Price Consumer Price Index », SPCPI, (l’indice de variation concernant les prix de denrées ou de services dont les prix connaissent peu de variations) est utilisé pour anticiper l’inflation, car jugé plus pertinent que de se baser sur des prix plus fluctuants. Cet indice est encore plus élevé que pour les biens aux prix plus variables.

    Titre : Inflation des biens de consommation aux États-Unis en base annuelle | Légende : SCPPI ; inflation globale ; inflation sous-jacente

    Ce qui est certain, c’est que l’inflation américaine n’est pas prête de repasser sous la barre des 2%, l’objectif fixé par la Réserve Fédérale pour « vaincre l’inflation ». C’est la raison pour laquelle la Réserve Fédérale maintient son taux d’intérêt directeur au niveau actuel, qui dicte les taux d’intérêt de tout le pays.

    La croissance économique des États-Unis est de son côté en train de ralentir : elle était de 3,1% au troisième trimestre de 2024, contre 2,3% au quatrième trimestre. En conséquence, l’indice d’activité économique est au plus bas depuis avril dernier, entraînant une baisse de l’investissement fixe, notamment dans l’infrastructure et les équipements. L’investissement fixe a reculé pour la première fois depuis le premier trimestre 2023 (-0,6 % contre +2,1 %), en raison des baisses dans les équipements (-7,8 % contre +10,8 %) et l’infrastructure (-1,1 % contre -5 %).

    La situation est bien pire au Royaume-Uni, où, après être redescendue à 2,5% en décembre, l’inflation reprend et pourrait atteindre 2,8% en janvier. La Banque d’Angleterre prévoit qu’elle remonte à un taux de 3,7 % d’ici la fin de l’année. En conséquence, la Banque d’Angleterre sera sûrement contrainte de réduire ses taux de base afin de maintenir à flot l’économie du pays et éviter la stagnation. Alors qu’elle était envisagée il y a trois mois à 1,5% pour 2025, la croissance de l’économie britannique ne stagnera probablement qu’à 0,75%.

    Titre : Croissance en pourcentage du PIB du Royaume-Uni

    En ce qui concerne la zone euro, son inflation annuelle a grimpé jusqu’à 2,5 % en janvier, soit son plus haut taux depuis juillet 2024, principalement dû aux prix de l’énergie. L’inflation sous-jacente s’est maintenue à 2,7%. Ces deux taux sont de toute façon au-dessus de l’objectif fixé par la Banque Centrale Européenne (BCE), qui continue cependant d’espérer que l’inflation retombera sous les 2 % « d’ici la fin de l’année ».

    Légende : Inflation globale de la zone euro | Banque Centrale Européenne

    En parallèle, la croissance du PIB réel de la zone euro stagne.

    Légende : Croissance en pourcentage du PIB de la zone euro

    Au Japon, l’inflation annuelle est passée de 2,9 % en décembre 2024 à 3,6 % en janvier 2025, soit son plus haut taux depuis janvier 2023. Le rythme d’augmentation des prix des denrées alimentaires est au plus haut depuis un an. L’inflation sous-jacente a atteint son record d’août 2023 de 3%. Le Japon était pourtant connu jusqu’ici pour son absence d’inflation.

    Titre : Croissance en pourcentage du PIB du Japon

    Les institutions monétaires japonaises se reposaient jusqu’ici sur une théorie pour le moins étrange selon laquelle l’inflation stimule la croissance économique. Pourtant, la croissance du PIB réel du Japon n’a augmenté que de 0,1 % en 2024, bien qu’elle se soit légèrement accélérée au dernier trimestre, essentiellement grâce à l’exportation.

    Ainsi, les économies mondiales les plus importantes se dirigent de plus en plus vers un scénario de « stagflation », c’est-à-dire une croissance stagnante accompagnée d’inflation des prix. Cette tendance déjà présente risque de s’accélérer sous le mandat de Trump, ce dernier ayant promis d’implémenter des taxes douanières sur les importations et des coupes budgétaires courant 2025.

    Les investisseurs financiers de la bourse américaine ne semblent pas s’en soucier - pour l’instant. La déstabilisation des cotations en bourse des géants de la tech américains causée par le récent lancement de l’IA chinoise DeepSeek a été résorbée. Après une dégringolade rapide, les taux de la bourse américaine se sont redressés. Le secteur financier américain reste persuadé que Trump ne mettra pas en place la totalité de son programme sur les taxes douanières et l’acharnement d’Elon Musk contre différents départements d’États n’est pas pour leur déplaire. Ce dont sont certains les capitalistes financiers américains, c’est que Trump baissera les taxes sur les profits des grandes entreprises et les impôts sur les grandes fortunes.

    Les revenus des grandes entreprises, eux, n’ont pas cessé d’augmenter. L’indice S&P 500 (indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis) pour le dernier trimestre de 2024 a augmenté d’environ 15,1% par rapport à l’année précédente, selon des données du London Stock Exchange Group. FactSet, une société d’analyse des données financières, a estimé que cette augmentation se situe en réalité autour de 16,9 %, chiffre qu’elle n’avait pas atteint depuis le quatrième trimestre de 2021. Ce trimestre marque également le sixième trimestre consécutif de croissance des bénéfices des entreprises en glissement annuel.

    Titre : profits des entreprises du S&P 500 en base annuelle : quatrième trimestre 2024

    Cette explosion des profits est principalement dûe au secteur bancaire, qui tire ses bénéfices de taux d’intérêts élevés et d’emprunts aux entreprises. Représentant 75 % de l’augmentation des profits des S&P 500, l’autre secteur en tête est celui des médias et de la communication. Les sept géants de la tech américaine (Microsoft, Nvidia, Tesla, Meta, Apple, Alphabet et Amazon) déterminent les prix de la bourse américaine, qui à son tour détermine ceux des marchés mondiaux.

    Titre : actions des États-Unis vs actions mondiales (performance relative des prix en USD) | Légende : Actions américaines vs actions mondiales

    Les profits de ces géants vont pourtant probablement chuter cette année, compte tenu de leurs dépenses immodérées dans le développement des intelligences artificielles. De plus, en dehors des secteurs bancaires, de la tech et des réseaux sociaux, la situation n’est pas toute rose. Le flux de trésorerie disponible par action des entreprises du S&P 500 n’a pas augmenté ces trois dernières années. Près de 43% des 2000 entreprises de l’indice Russell sont déficitaires. En parallèle, les charges d’intérêt en pourcentage de la dette totale de ces entreprises ont atteint 7,1 %, soit leur plus haut taux depuis 2003. Les faillites d’entreprises américaines ont atteint leur plus haut niveau depuis le contrecoup de la crise financière de 2008, les taux d’intérêt élevés pénalisant les sociétés les plus en difficulté. Au moins 686 entreprises américaines se sont déclarées en faillite en 2024, ce qui représente non seulement 8 % de plus qu’en 2023, mais également le plus grand nombre de faillite depuis 2010, selon les données fournies par la société S&P Market Intelligence.

    Les entreprises américaines en sont réduites à contracter des « junk loans », des obligations à haut rendement très risquées, pour compenser les conséquences des emprunts à très bas taux d’intérêts contractés suite à la crise du Covid. Comme les taux d’intérêt des prêts à effet de levier (des emprunts réalisés pour renflouer la capacité d’investissement) sont variables, de nombreuses entreprises qui y ont fait recours au début de la pandémie, lorsque les taux étaient au plus bas, sont depuis enlisées dans les coûts d’emprunts plus élevées des dernières années.

    Titre : Les défauts de paiement sur les prêts à effet de levier atteignent un sommet en quatre ans | Pourcentage des émetteurs de prêts en défaut (moyenne mobile sur 12 mois)

    Lorsque l’on exclut l’inflation des cours de la bourse et des profits des entreprises américaines, le décalage entre la bourse américaine et les profits réels réalisés par les secteurs productifs de l’économie (ne comprenant pas les profits financiers) saute aux yeux. L’économiste marxiste Lefteris Tsoulfidis a compilé cette tendance dans le graphique suivant.

    De gauche à droite : bulle internet ; immobilier ; profit réel des S&P 500 ; profits nets réels des entreprises

    Des résultats similaires sont obtenus en comparant les valeurs des actions en bourses aux profits des entreprises. Le Q de Tobin est le ratio de la valeur boursière divisée par la valeur comptable (c’est-à-dire la valeur des actifs tels qu’ils sont enregistrés dans les comptes des entreprises cotées en bourse). En mesurant les profits des entreprises par rapport à la valeur nette des actifs de ces entreprises, le Q de Tobin atteint un niveau record, ce qui signifie que la valeur boursière est très éloignée de la valeur des actifs des entreprises. Par ailleurs, les profits des entreprises par rapport à leurs actifs sont relativement faibles.

    Titre : Q de Tobin et profits des entreprises par rapport à leur valeur nette (en pourcentage) | Légende : Profits par rapport à la valeur nette ; Q de Tobin

    Pour reprendre les récents propos de Ruchir Sharma, président de Rockefeller International, le boom du marché boursier américain est la « mère de toutes les bulles ». Ce dernier a ajouté : « Les discussions sur les bulles dans la tech ou l’IA, ou sur les stratégies d’investissement axées sur la croissance et le momentum, cachent la mère de toutes les bulles des marchés américains. Dominant totalement l’esprit des investisseurs mondiaux, les États-Unis sont surdétenus, surévalués et survendus à un niveau jamais vu auparavant. Comme pour toutes les bulles, il est difficile de savoir quand celle-ci explosera, ou ce qui déclenchera son déclin. »

    Les grandes économies montrent des symptômes de stagflation. Cela signifie que les taux d’intérêts pourraient rester élevés, tandis que la croissance s’amenuise. Cette situation est la formule parfaite pour provoquer un éventuel krach des marchés financiers.