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La crise népalaise
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La crise népalaise | L’Anticapitaliste

Il a suffi de quelques jours pour que la situation bascule brutalement au Népal, débouchant sur de violentes émeutes. La démission du gouvernement Oli, la juriste Sushila Karki devenant Première ministre par intérim, a permis un retour au calme, même si le pouvoir réel est passé aux mains de l’armée.
Tout s’est joué très vite. La jeunesse, dite « Génération Z », s’est d’abord mobilisée via les réseaux sociaux pour dénoncer la corruption et les privilèges du personnel politique, les parlementaires s’accordant une généreuse subvention « logement » sans se soucier de la crise sociale qui frappe la majorité de la population. La circulation de vidéos montrant le train de vie de l’élite est devenue virale. Les manifestations ont alors commencé. La spirale répression-radicalisation s’est enclenchée quand le pouvoir a interdit l’usage des réseaux sociaux — sans lesquels les NépalaisEs perdent le contact avec leurs nombreux proches à l’étranger —, puis a utilisé les armes, faisant au moins 19 mortEs (dont des écolierEs en uniforme se rendant en classe).
La jeunesse contre des régimes dictatoriaux et corrompus
Le Népal était déjà une poudrière, alors que les capacités d’organisation des figures de la « Gen Z » restaient très faibles. En deux jours d’émeutes, les 8 et 9 septembre, nombre d’immeubles ont été incendiés, dont des hôtels. L’épouse d’un ministre est morte, brûlée vive. Le palais présidentiel, les résidences de personnalités, le Parlement, le Singha Durbar (où siégeaient de nombreuses administrations et ministères), la Haute Cour de Katmandou et la Cour suprême sont partis en flammes, emportant leurs archives — non numérisées. L’armée a imposé le couvre-feu et pris le contrôle.
De l’Indonésie au Bangladesh, la jeunesse se mobilise aujourd’hui contre des régimes dictatoriaux et corrompus, sans toutefois provoquer de telles émeutes. Dans le cas du Népal, bien des questions restent sans réponse, si ce n’est qu’une telle crise découle d’une conjonction de facteurs, à commencer par l’usure du pouvoir. En 2008, un soulèvement populaire avait mis fin à la monarchie absolue. Depuis, divers partis communistes se sont succédé au gouvernement, nouant des coalitions changeantes. K.P. Oli, Premier ministre au moment des émeutes, était ainsi étiqueté « communiste ». Mais ces partis se sont intégrés à l’oligarchie dominante, renonçant à des réformes radicales au nom d’alliances avec la « bourgeoisie nationale ».
Le Népal au cœur de la géopolitique sud-asiatique
Les partis communistes s’appuient sur la Chine, au grand déplaisir de l’Inde. Or, si le Népal (quelque 30 millions d’habitantEs) est connu comme un État himalayen, une partie de sa population vit dans la vallée du Gange, négligée par le pouvoir central. Le mouvement nationaliste hindouiste d’extrême droite indien a attisé la crise au nom de la défense de ces dernierEs, de même que des forces monarchistes népalaises revanchardes. Le pays devient ainsi un facteur clé de la géopolitique sud-asiatique.
Les organisations sœurs du NPA dans la région (et au-delà) se sont, dès le début, mobilisées en solidarité avec la Gen Z népalaise, tout en refusant de couvrir les émeutes et leur extrême violence. Cette solidarité internationale va devoir s’inscrire dans la durée, mais dans un contexte particulièrement difficile.
Pierre Rousset




