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Négociations sur la guerre en Ukraine : la "coalition des volontaires" souhaite-t-elle réellement la paix ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Des plans relatifs au maintien des troupes après la guerre amènent à se demander si la « coalition des volontaires » souhaite réellement la paix.
Source : Responsible Statecraft, Zachary Paikin
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises
Après la réunion de la « coalition des volontaires » qui s’est tenue la semaine dernière à Paris, 26 pays sont censés s’être mis d’accord pour contribuer, d’une manière ou d’une autre, à une force militaire qui serait déployée sur le sol ukrainien après la fin des hostilités.
Trois semaines auparavant, lors de la conférence de presse du sommet des dirigeants à Anchorage, le président russe Vladimir Poutine avait souligné que tout règlement négocié devait garantir la sécurité de l’Ukraine. Mais les responsables russes n’ont cessé de répéter que cela ne pouvait se traduire par le stationnement de forces armées occidentales en Ukraine. À la suite de la réunion de la semaine dernière, Poutine est monté d’un cran en déclarant que de telles troupes seraient des cibles légitimes pour l’armée russe.
La question reste posée de savoir pourquoi les dirigeants européens persistent dans des projets qui, s’ils sont mis en œuvre, risquent de les faire entrer en guerre directe avec la plus grande puissance nucléaire au monde. La réponse ne peut qu’être préoccupante.
Il est possible que les déclarations russes soient crédibles. Plus tôt dans ce conflit, Poutine a lancé des avertissements nucléaires, notamment lorsque l’invasion à grande échelle a été lancée, puis à nouveau après avoir essuyé des revers militaires à l’automne 2022. Même si ces signaux ont peut-être réussi à dissuader l’Occident d’intervenir directement dans la guerre, le sentiment que les pays occidentaux pouvaient transgresser les supposées lignes rouges russes sans encourir de riposte nucléaire pourrait avoir réduit le pouvoir de dissuasion de menaces ultérieures.
Il faut également tenir compte de l’approche normative adoptée par l’Occident en matière de sécurité en Europe depuis la fin de la Guerre froide. Ce point de vue, exprimé il y a quelques jours par le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte, stipule que Moscou ne peut avoir aucun droit de veto sur le droit souverain de Kiev d’accepter des troupes étrangères sur son sol. Le droit des États à choisir librement leurs propres accords de sécurité, principe énoncé dans la Charte de Paris qui a marqué la fin de facto de la Guerre froide, est souvent cité à l’appui de cette vision du monde.
Bien entendu, le fait de citer des principes et de les opposer les uns aux autres n’a guère empêché la Russie de prendre les choses en main en février 2022. Les précédentes tentatives destinées à priver la Russie de son droit de veto, comme lors du sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008, où l’Ukraine et la Géorgie ont été invitées à rejoindre l’alliance, ont précédé l’invasion de la Géorgie par la Russie quelques mois plus tard. Les fervents défenseurs du « droit de choisir » font par ailleurs aisément abstraction du principe de sécurité indivisible, également inscrit dans la Charte de Paris et qui stipule qu’aucun État ne doit prendre de mesures pour renforcer sa propre sécurité au détriment de celle d’un autre État. Ils minimisent également le fait que l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’OTAN est avant tout une question qui relève de la compétence des membres actuels de l’OTAN, et non de celle de Kiev.
Au-delà de ces considérations, quelle est la logique stratégique qui sous-tend l’approche européenne ?
Malgré les propositions contraires de certains, toute force de réassurance ne serait déployée en Ukraine qu’après la fin de la guerre. Ainsi, à moins que les plans actuellement à l’étude ne soient conçus comme une simple salve d’ouverture dans les négociations avec Moscou, le fait d’insister sur le fait qu’une présence militaire occidentale sur le sol ukrainien verra le jour dès l’instauration d’un cessez-le-feu incite la Russie à poursuivre le combat pour empêcher qu’une telle issue ne se concrétise. Par conséquent, le fait de continuer à insister sur la mise en place d’une telle force malgré les objections répétées de la Russie laissent penser que les appels européens en faveur d’un cessez-le-feu ne sont pas tout à fait sincères.
En effet, les dirigeants européens n’ont exprimé aucun soutien en faveur de la fin de la guerre avant l’entrée en fonction de Donald Trump, ils n’ont commencé à le faire qu’une fois que ce dernier a persuadé le président ukrainien Volodymyr Zelensky d’appeler à un cessez-le-feu inconditionnel de 30 jours, ne leur laissant guère d’autre choix que de se rallier à cette position, étant donné la forte dépendance de l’Europe vis à vis des États-Unis en matière de sécurité. (Étant donné que la Russie n’acceptera jamais un cessez-le-feu inconditionnel avant que ses objectifs politiques ne soient atteints, le demander sert également l’objectif tactique de présenter Moscou, ce qui n’est pas tout à fait injustifié, bien sûr, comme le principal obstacle à la paix.)
Compte tenu de ces faits, les appels européens en faveur d’un cessez-le-feu semblent être ancrés non dans une conviction mais plutôt dans des considérations pratiques. Le véritable objectif des plans actuels de la coalition visant à déployer, après la guerre, des troupes en Ukraine pourrait être de saboter la possibilité de négocier avec succès la fin de la guerre. Cela cadrerait avec d’autres aspects de l’approche européenne actuelle, qui consiste par exemple à menacer la Russie de nouvelles sanctions, sans pour autant proposer en contre partie de mesure réaliste d’allègement des sanctions à titre incitatif.
Cette conclusion ne devrait pas surprendre. Bien que l’Ukraine soit progressivement en train de perdre sur le champ de bataille, l’élite européenne actuelle est largement convaincue qu’un « mauvais accord » pour mettre fin à la guerre serait pire que la poursuite de la guerre.
Peut-être les Européens pensent-ils que l’Ukraine sera en mesure de tenir le coup suffisamment longtemps pour que les pertes russes s’accumulent et que l’économie russe s’effondre. Ou peut-être craignent-ils la perte de statut qui pourrait résulter d’un recul et d’un compromis de paix avec la Russie. Plus cyniquement, même si la Russie franchit les lignes ukrainiennes, l’unité européenne pourrait s’en trouver renforcée et les opinions publiques européennes pourraient enfin se rallier à l’idée d’une augmentation des dépenses de défense, de toute façon Moscou ne sera pas en mesure de contrôler une Ukraine rétive.
Les dirigeants européens devraient y réfléchir à deux fois avant de s’engager dans cette voie. Le protocole d’accord récemment annoncé sur le gazoduc Power of Siberia 2, s’il est mis en œuvre, pourrait consolider le pivot de la Russie vers la Chine à long terme en acheminant du gaz depuis la Sibérie occidentale qui aurait sans cela été destiné aux marchés européens. Outre les risques d’escalade militaire, une guerre prolongée et la rupture qui en résulterait des relations économiques entre la Russie et le reste de l’Europe pourraient avoir des conséquences stratégiques qui ne sont pas encore gravées dans le marbre – et qu’il vaudrait mieux éviter.
La Russie sera un adversaire de l’Occident dans un futur proche. Mais pour pouvoir fonctionner dans un monde multipolaire, il faut créer un espace stratégique permettant de collaborer avec tous les pôles de pouvoir, au moins dans une certaine mesure. Un monde constitué de blocs rigides peut ne pas être forcément une prophétie auto-réalisatrice, et il compromettrait la survie d’un « ordre international fondé sur des règles » bien davantage que le fait de temporiser sur les désaccords concernant l’intégrité territoriale de l’Ukraine et d’entreprendre la tâche ardue de reconstruire un sentiment partagé de sécurité en Europe.
*
Zachary Paikin est directeur adjoint du projet Better Order et chercheur au sein du programme Grand Strategy du Quincy Institute pour Responsible Statecraft. Il est également chercheur principal à l’Institute for Peace & Diplomacy (IPD).
Les opinions exprimées par les auteurs sur Responsible Statecraft ne reflètent pas nécessairement celles du Quincy Institute ou de ses associés.
Source : Responsible Statecraft, Zachary Paikin, 10-09-2025
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises




