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Vienne, l’utopie réalisée du logement pour tous
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Vienne, l’utopie réalisée du logement pour tous
Pionnière mondiale de l’interventionnisme urbain, la capitale autrichienne a misé dès 1919 sur l’habitat social. Résultat, 62 % des Viennois en bénéficient aujourd’hui.

L’un des premiers ensembles de logements ouvriers construits à l’initiative de la mairie dans l’entre-deux-guerres, dans le quartier Simmering, à Vienne (Autriche). JOE KLAMAR/AFP
Vienne persiste et signe. En ces temps néolibéraux, la capitale autrichienne, dirigée depuis un siècle par les sociaux-démocrates, continue d’intervenir massivement dans le secteur immobilier. Ce qui serait vu ailleurs comme une atteinte aux lois du marché est perçu au bord du Danube comme une évidence à laquelle on s’attache. Pas touche à « mon » HLM ! Pas moins de 62 % du 1,8 million de Viennois vivent dans une habitation à loyer modéré, qu’elle soit destinée aux classes populaires ou aux classes moyennes. Toute personne habitant depuis au moins deux ans dans la ville et ne gagnant pas plus de 3 317,86 euros net par mois peut prétendre intégrer les quatre murs « repeints à neuf » d’une des 440 000 habitations municipales !
Si bien que, désormais, Vienne, capitale universitaire et deuxième ville du monde germanique, est devenue le principal bailleur du continent. Elle ne compte pas céder aux pressions de la Commission européenne, qui l’accuse régulièrement de distorsion de concurrence. Comparés aux Berlinois, aux Munichois ou même aux Praguois, les locataires viennois sont des bienheureux. Ils déboursent entre 300 et 750 euros par mois seulement pour se loger, selon la taille de leur habitation, lorsqu’ils ont la chance de remplir les critères d’attribution. Or, cette profusion d’offre subventionnée profite à tout le monde : en concurrençant férocement les promoteurs, la municipalité régule en effet l’ensemble du marché et empêche toute formation d’une dangereuse bulle immobilière.
L’équipe en place investit toujours plus d’argent public dans l’achat de terrains. « Contrairement à beaucoup de villes européennes, nous n’avons pas vendu nos logements communaux, revendique Kathrin Gaal, l’adjointe chargée du logement. Ce qui est particulièrement important à nos yeux, c’est la mixité sociale dans les quartiers. Ici, ce n’est pas comme à Paris ou à Londres. Il est impossible de deviner les revenus des Viennois en fonction de leur adresse. Les contrats de location ne sont pas limités dans le temps, ce qui procure une sécurité supplémentaire aux habitants. »
Depuis la « révolution » engagée en 1919, le principe de faire payer les plus riches en créant un impôt spécifique pour loger tout le monde n’a jamais réellement été remis en cause, sauf par les régimes fasciste (1934-1938) et nazi (1938-1945). Et Vienne reste l’héritière de sa « période rouge », ces années d’entre-deux-guerres qui permirent de faire sortir de terre à marche forcée, pour les nombreux damnés du conflit, 63 000 logements, aujourd’hui encore sidérants de modernité. Pour la première fois, on offrait en effet aux prolétaires l’accès privatif aux toilettes et à une salle de bains. Les architectes concevaient des unités fonctionnelles laissant entrer la lumière et mettant un terme à une promiscuité qui avait encouragé la mortalité infantile et la tuberculose. Elles étaient installées dans de vastes espaces verts. Transmises de génération en génération, elles n’ont pas perdu leur attrait.




