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La prise de l'Est parisien
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Le "bobo", fameux bourgeois bohème, a provoqué une telle avalanche de discours, du plus flatteur au plus moqueur, qu'on sait gré à la géographe Anne Clerval de renvoyer l'expression à une note de bas de page. Dans son Paris sans le peuple. La gentrification de la capitale, il ne sera question que du "gentrifieur"parisien : cet individu de la "bonne société" (gentry, en anglais), qui s'installe dans un quartier populaire, au nord ou à l'est de la capitale (Belleville, Ménilmontant, la Goutte-d'Or...), et en change, par là même, sa morphologie. Pas question de s'attabler à la table d'un bistrot branché avec le "gentrifieur" : l'ouvrage, issu d'une thèse, adopte une approche globale et quantitative qui assure à l'analyse une rigueur bienvenue. De quoi déjouer les jugements à l'emporte-pièce dans un sens ("Le bobo a d'ores et déjà gagné") comme dans l'autre ("Paris reste une ville populaire").*
L'embourgeoisement de la capitale est une vieille histoire, qui commence avec les travaux d'Haussmann, se poursuit avec la désindustrialisation progressive de la capitale puis avec la grande vague de rénovation des années 1960 dénoncée déjà par le Groupe de Nanterre sous l'expression "rénovation-déportation", poursouligner le processus à l'oeuvre d'éviction des familles populaires. Du tableau très complet que, à l'aide de cartes et de statistiques, Anne Clerval brosse de la situation actuelle, aucun fait ne se détache qui viendrait contredire ce mouvement de gentrification de la capitale. Tout au contraire. Mais la manière qu'a la géographe de soigner les détails produit quelques effets de révélation sur l'ampleur du phénomène et ses mécanismes précis.
C'est surtout son analyse politique, celle qu'elle développe en fin d'ouvrage, qui retient l'attention. Car tout ce travail pour collecter les données, dessiner le profil le plus net possible du nouveau Paris, lui permet une critique sévère de la politique menée par la municipalité de gauche. Certes, la construction des logements sociaux est en hausse, mais une philosophie, contestable aux yeux de la géographe, préside à cette politique.
LUTTE DES CLASSES
C'est en effet à l'échelle du quartier que raisonne la municipalité et qu'elle entendmaintenir ou créer de la "mixité sociale" : elle construit donc des logements sociaux à loyer intermédiaire dans les quartiers populaires pour y encouragerl'installation des classes moyennes et, de manière symétrique, elle édifie des habitats HLM dans les beaux quartiers – l'important étant pour elle que toutes les classes sociales se mélangent. Or, défend Anne Clerval, dans un cas comme dans l'autre, cette politique, qui serait héritée d'un "catholicisme social du XIXesiècle", tend précisément à isoler les plus fragiles, à casser les ressources du collectif, déniant finalement "aux quartiers populaires et immigrés leur fonction de solidarité et leur capacité mobilisatrice pour les dominés".
Ce choix du logement social, bien qu'expliquant que Paris ait connu un embourgeoisement moins brutal que Londres, aurait donc "accompagné" la gentrification. Cette lecture, qui permet la mise en lumière d'une véritable lutte des classes, est déroulée de manière un peu systématique. Ainsi, en termes de dynamique spatiale, "la lente progression de la gentrification en rive droite, écrit l'auteur, n'est pas sans rappeler la reconquête du Paris communard par l'arméeversaillaise". Bigre.
On trouve dans Paris bourgeoise, Paris bohème. La ruée vers l'Est, de l'ethnologue Sophie Corbillé, quelques faits vrais et remarques nuancées sur la façon dont la petite bourgeoisie intellectuelle envisage sa "vie de quartier". Menant une "observation participante" (elle réside rue Oberkampf, l'un des lieux symboliques du "Boboland"), elle plonge au coeur des contradictions des nouveaux habitants. Notamment leur façon d'imposer un mode de vie bien à eux, fait d'entre-soi, tout en feignant de rencontrer "l'Autre". A cet égard, son analyse d'un vide-grenier dans le 10e arrondissement est éclairante : l'événement "ne reflète pas la "réalité" de ce quartier qui est soumis à des pressions ségrégatives (...), mais il rend réels l'imaginaire et l'idéal de la mixité sociale et culturelle auxquels les interlocuteurs appartenant aux classes moyennes supérieures sont attachés".
Les pages qu'elle consacre, par ailleurs, à la quête, partout, de "l'authentique", lui permettent de souligner que le passé occupe une grande place dans le rapport que ces nouveaux bourgeois tissent au lieu. Faut-il y voir un lien avec la surreprésentation, parmi eux, des professions culturelles, véritables pionnières de la gentrification selon Anne Clerval ? Ceux dont les métiers requièrent appétit pour le symbolique et transmission se révèlent particulièrement sensibles à l'évocation d'un Paris industrieux, voire séditieux, dont ces quartiers portent la trace. Ils sont, après tout, des électeurs de gauche. La prochaine municipalité aura fort à faire de ces contradictions-là.
Paris sans le peuple. La gentrification de la capitale, d'Anne Clerval, La Découverte, 256p., 24 €.
Paris bourgeoise, Paris bohème. La ruée vers l'Est, de Sophie Corbillé, PUF, 286p., 21 €.




