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Un scandale ébranle la police judiciaire parisienne
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) L'affaire, depuis fin novembre, suscite le plus vif embarras dans les hautes sphères, selon des sources judiciaires et politiques. Le directeur de la police judiciaire parisienne, Christian Flaesch, 56 ans, nommé à ce poste en 2007 par lepouvoir sarkozyste, a averti, par un coup de fil, l'ancien ministre de l'intérieur Brice Hortefeux qu'il allait être convoqué dans l'une des enquêtes liées au financement de la campagne de M. Sarkozy en 2007. Or, M. Hortefeux était placé sur écoute par la police judiciaire, dans un dossier distinct. La conversation a été enregistrée et transmise à un juge d'instruction parisien. Le parquet général de Paris est saisi du dossier.
Le poste est très sensible. Le patron de la PJ parisienne règne sur 2 200 policiers. C'est l'homme le mieux informé de France, toutes les enquêtes importantes passent par ses services. Christian Flaesch, commissaire de police depuis 1979, est un professionnel exigeant, réputé grand flic. En 2007, il est placé à la tête de la PJ de Paris par Frédéric Péchenard, son prédécesseur, devenu patron de la police nationale à l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, dont il est proche.
En six ans, M. Flaesch compte de belles réussites policières, comme récemment l'arrestation rapide du tireur de Libération, et a su, depuis 2012, convaincre le nouveau pouvoir socialiste de sa loyauté. A peine installé Place Beauvau, Manuel Valls avait d'ailleurs prolongé le bail du patron de la PJ. M. Flaesch pouvait mêmeambitionner de prendre la tête de la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). Christian Lothion, l'actuel DCPJ, est sur le départ – son remplaçant sera connu cette semaine.
DEUX ENQUÊTES ACTUELLEMENT INSTRUITES À PARIS
C'est dans ce contexte qu'en novembre, le juge René Cros informe Christian Flaesch de son souhait de convoquer comme témoin son ancien ministre de tutelle (2009-2011), Brice Hortefeux. Deux enquêtes sont actuellement instruites à Paris. L'une, instruite par Serge Tournaire, porte sur le financement éventuel par Mouammar Kadhafi de la campagne présidentielle de M. Sarkozy en 2007. L'autre vise un document produit en 2012 par Mediapart, censé prouver ce financement, mais dont l'authenticité est contestée. M. Sarkozy a déposé plainte pour « faux »contre le site Internet, et le juge René Cros a été désigné pour instruire ce dossier.
C'est dans ce second volet que M. Hortefeux devait être interrogé par la PJ. Fin novembre, M. Flaesch – qui procède ainsi quand une personnalité est convoquée –, décroche son téléphone pour avertir M. Hortefeux. Il prévient de son initiative le préfet de police de Paris, Bernard Boucault. Il ignore que dans l'autre volet judiciaire, M. Hortefeux a été placé sur écoute par la DCPJ. Trois appels sont recensés entre les deux hommes. Le troisième est le plus embarrassant pour le policier. Dans ce dernier coup de fil, il explique à M. Hortefeux qu'il sera finalement entendu par le juge Cros, et plus par les policiers.
Mais cet échange traduit surtout une réelle proximité entre les deux hommes. Il est notamment question d'un ami commun, le sénateur UMP Pierre Charon, un autre intime de M. Sarkozy, et des agendas que va devoir apporter M. Hortefeux pourjustifier sa présence en France, le 6 octobre 2006. Et donc son impossibilité matérielle de se trouver ce jour-là à Tripoli pour obtenir des subsides du clan Kadhafi, contrairement à ce qu'avançait le document publié par Mediapart.
GUERRE DE SUCCESSION À LA DCPJ
La DCPJ s'empresse de transmettre les écoutes au juge Tournaire. Fureur du magistrat, qui a le sentiment d'une collusion entre le policier et son ancien ministre. Il rédige un soi-transmis au parquet de Paris, et joint les retranscriptions des interceptions téléphoniques.
Au parquet de Paris, on examine soigneusement les termes de la conversation. Aucune faute pénale n'est décelée. Mais le ton de la discussion choque. Le dossier est transmis au parquet général de Paris. En effet, selon l'article 13 du code de procédure pénale, « la police judiciaire est placée (…) sous la surveillance du procureur général », donc François Faletti, qui hérite de l'affaire. M. Flaesch a été convoqué au palais de justice et a fait l'objet d'une mise en garde, lundi en début d'après-midi.
Mais au ministère de l'intérieur, on s'interroge. Notamment sur la guerre de succession qui fait rage à la DCPJ. Au moins deux policiers de haut rang y guignent la place de M. Lothion. Il n'est donc pas anodin que la conversation téléphonique entre M. Hortefeux et M. Flaesch, un sérieux rival extérieur pour la place de DCPJ, ait été transmise avec autant de zèle au juge Tournaire. Les prémices d'une guerre des polices que redoute M. Valls. Du coup, les deux prétendants au sein de la DCPJ ainsi que M. Flaesch devraient quitter la « short-list » établie par la Place Beauvau. L'affaire pourrait précipiter le départ de M. Flaesch de la tête de la PJ parisienne. Ce dernier n'a pas souhaité s'exprimer. Ses jours à ce poste étaient de toute façon déjà comptés. Reste à lui trouver un poste convenable. Et un successeur.




