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A Donetsk, le nouveau « gouverneur du Donbass » rejette la tutelle de Kiev

international ukraine

Lien publiée le 5 mars 2014

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

(Le Monde) Pavel Gubarev se dit « citoyen ukrainien mais de nationalité russe ». Dans cette formule ambiguë, le chef des militants qui ont pris, lundi 3 mars, le contrôle du palais du gouvernement à Donetsk résume le dilemme des habitants de cette région de l'est de l'Ukraine. En revanche, les références qu'il voudrait donner à sonUkraine idéale sont sans équivoque : la Biélorussie et le Kazakhstan, deux vassaux de la Russie. Quant au Donbass, ce territoire est à l'évidence « une terre russe, même si le pouvoir de Kiev a toujours fait mine de l'oublier ». Et son avenir, plutôt que dans l'Union européenne, est dans l'Eurasie, nouvelle terminologie de l'ancien empire soviétique.

Ce jeune entrepreneur de 30 ans, qui possède une agence de communication, était et est toujours largement inconnu des habitants de Donetsk. Ce radical est apparu depuis trois jours à la tête des manifestations contre le nouveau pouvoirinstallé à Kiev, encadré par une « milice du peuple du Donbass », qui a également surgi de nulle part. Ses partisans l'ont proclamé nouveau gouverneur du Donbass. Il n'en a pas fallu beaucoup plus pour que des médias de la capitale voient dans ce personnage un nouveau jouet de Vladimir Poutine.

DÉCONCERTANTE FACILITÉ

« Derrière moi, il n'y a personne… » : Pavel Gubarev se défend d'être une marionnette. L'air martial, il réclame qu'un référendum soit organisé dans la région pour que la population décide de son statut : soit elle devient un Etat autonome au sein de l'Ukraine, soit elle rejoint la Fédération de Russie. Il assure vouloirorganiser lui-même ce vote, ne reconnaissant plus la légitimité ni du gouvernement de Kiev ni du parlement local.

Pour l'heure, ce mouvement n'est le fait que de quelques centaines de personnes. Mais la prise du palais s'est faite, lundi en début d'après-midi, avec une déconcertante facilité. Les berkouts, ces forces antiémeute ukrainiennes qui s'étaient massivement déployées autour du bâtiment le matin, ont laissé faire. Ils sont ensuite restés dans les couloirs, assis à côté de leur casque et de leur bouclier.

Ces événements sont à tout le moins le signe que le pouvoir central ne contrôle plus la situation dans cette partie du pays. Le gouverneur nommé par la capitale, Sergueï Tarouta, un oligarque de Donetsk, s'est éclipsé en attendant des moments meilleurs. L'ancien gouverneur destitué, Andrei Chichatsky, un proche du président déchu Viktor Ianoukovitch, a été reconduit par l'assemblée locale, lundi. Mais il est rejeté par les hommes de Pavel Gubarev, qui lui reprochent son attentisme. Il y a donc trois « gouverneurs » du Donbass. C'est dire si la situation vire aujourd'hui à l'imbroglio.

Dans les locaux du palais du gouvernement de Donetsk, le 3 mars.

Dans le palais du gouverneur, désormais surmonté du drapeau russe, les manifestants occupaient encore mardi la chambre des députés régionaux. Le public, formé de gens de tous âges et de toutes conditions, s'était installé sur les sièges capitonnés de rouge et applaudissait les orateurs qui se succédaient en scandant « Russie ! Russie ! ». Les tribuns dénonçaient pêle-mêle les agissements des « fascistes » de Kiev, l'omnipotence des oligarques, leur attachement à Vladimir Poutine, leur souhait de conserver la langue russe qu'ils jugent menacée. Au journaliste français, jeunes et babouchkas brandissaient leur passeport ukrainien, accusant les médias locaux de désinformer en les faisantpasser pour des Russes.

RUMEUR

Oleg Bokov, 36 ans, un ancien légionnaire qui a passé cinq ans dans l'arméefrançaise et a participé à des opérations en ex-Yougoslavie ou à Djibouti, organisait le service d'ordre. Il avait revêtu son ancien treillis de l'armée française, par-dessus lequel il avait enfilé une doudoune de l'armée ukrainienne. A la tête d'une équipe de costauds, il filtrait les entrées et les sorties dans d'interminables palabres. « Ça fait vingt ans que notre région travaille et que Kiev et Lviv en profitent, assure-t-il. Ça suffit ! Nous voulons désormais être avec les Russes. »

A Donetsk, le 3 mars.

Il reprend là une des complaintes de cette région sidérurgique et minière, la plus développée du pays : elle assure une notable partie du PNB, mais estime ne pasêtre payée en retour. D'ailleurs, la rumeur un peu folle que de nouveaux impôtsallaient être levés pour réparer les dégâts causés sur la place Maïdan, à Kiev, a achevé d'échauffer les esprits.

Ivan Kvaskov, 33 ans, exprime sa révolte. « Notre peuple en a marre de ce pouvoird'oligarques, marre de la bureaucratie et de la corruption, marre que les autorités ne prennent pas en considération nos aspirations, marre de ce qui se passe dans notre pays. Nous resterons jusqu'à ce que soit remis de l'ordre dans tout ça. » Pour l'heure, la situation à Donetsk ne fait qu'ajouter à l'anarchie en Ukraine.