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La colère sociale et étudiante espagnole dégénère en violences
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde) Des barricades, des conteneurs qui brûlent, quelques dizaines d'étudiants face à un cordon policier : telle était l'image renvoyée par l'université Complutense de Madrid, jeudi 27 mars, au deuxième jour de la grève des étudiants organisée dans toute l'Espagne pour protester contre une réforme du système éducatif, la hausse des taxes universitaires et la baisse des bourses.

Vendredi matin, le bilan de ces deux jours de grève s'élevait à 54 arrestations à Madrid pour l'occupation d'un édifice universitaire et une dizaine d'autres à Pampelune, après des affrontements avec la police et l'installation de quelques barricades.
L'Espagne est-elle victime d'une escalade de violence » de la part de « groupes minoritaires » dont l'objectif serait de « déstabiliser l'Etat de droit » ? Telle est en tout cas la théorie du directeur général de la police espagnole, Ignacio Cosido, qui s'est exprimé sur le sujet jeudi. Selon lui, les « marches de la dignité », manifestations géantes contre l'austérité, le chômage et la dégradation desservices publics, qui ont eu lieu dans les rues de la capitale, samedi 22 mars, sont symptomatiques d'une concentration inédite de « groupes radicaux ».
« LA FLORIDE DE L'EUROPE »
Suivies d'affrontements violents entre des groupes de manifestants et les forces de l'ordre, ces « marches » se sont soldées par une centaine de blessés, dont 69 agents de police, et 24 arrestations, ainsi que 166 000 euros de dommages matériels, selon la municipalité de Madrid. « Le gouvernement veut criminaliser les jeunes pour discréditer nos revendications, affirme Tohil Delgado, porte-parole du Syndicat des étudiants, à l'origine de la grève dans les universités. Les violents sont ultraminoritaires. Nous ne sommes ni des radicaux ni des terroristes. Regardez-nous ! »
Dans l'une des manifestations organisées jeudi par les étudiants, les parents, les professeurs et les « indignés », on apercevait des slogans revendicatifs mais pacifiques. Cependant, il suffisait de s'approcher pour comprendre l'ampleur du malaise et ses possibles conséquences sur la paix sociale. « La violence, le gouvernement l'a bien cherchée : les gens perdent leur maison, leur travail, et ne peuvent plus payer leurs études », affirmait ainsi Francisco, 19 ans, étudiant en lettres classiques, qui a vu ses frais d'inscription passer en un an de 1 200 euros à 1 600 euros.
Signe de son inquiétude face à la grogne sociale, le ministère de l'intérieur a présenté un avant-projet de loi pour limiter les manifestations (45 000 organisées en 2012, contre 18 000 en 2008). Mais le texte est si restrictif et menaçant pour les libertés civiles qu'il a été jugé inconstitutionnel, jeudi, par le Conseil général dupouvoir judiciaire, et devra être modifié.
Maria Ruiz, 21 ans, étudiante en journalisme originaire de Cordoue, s'est enfermée toute la nuit dans sa faculté en signe de protestation. Elle a obtenu unebourse de 1 500 euros pour l'année, contre 3 300 euros en 2013. « C'est juste assez pour vivre mal pendant trois mois », résume-t-elle. Ses deux parents sont sans emploi. « Sans l'aide de mes grands-parents, j'aurais dû arrêter mes études. »
David, 19 ans, étudiant en biologie, l'air angélique et un physique d'adolescent maigrelet, reconnaît avoir brûlé des poubelles et monté des barricades lors de manifestations. « On est en colère, explique-t-il. On nous a fait croire que l'on aurait des opportunités si on travaillait bien. La vérité, c'est que l'Espagne va êtrela Floride de l'Europe, le pays de la plage, du soleil et de la bière bien fraîche. Avec en prime, pour servir les touristes étrangers, des diplômés en physique ! »
« Il est temps que la peur change de camp », conclut le jeune homme.




