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Les innommés d’Odessa
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014-05-05/Les-innommes-d-Odessa-id6746
Une quarantaine de morts à Odessa, en Ukraine, dans l'incendie dramatique de la "Maison des syndicats". Qui étaient-ils ? "Des personnes" soupirent tout le week-end la presse en ligne et les titres de TF1. Mais quelles personnes ? On se précipite sur les récits, encore fragmentaires. Il semble qu'à la suite de heurts entre pro-Russes et pro-Ukrainiens, les premiers se sont réfugiés à l'intérieur du bâtiment, qui a pris feu dans des circonstances peu claires. Ah ! Les victimes de l'incendie sont donc les pro-Russes ? Comme vous y allez ! Du calme ! On ne sait pas. Les rédacteurs des dépêches ou des commentaires de JT ne vont pas jusque là, on connait leur légendaire prudence. Les victimes sont donc "des personnes". Vous croyez que j'exagère ? Sur son site Les crises,l'économiste Olivier Berruyer, qui s'est lancé dans la dénonciation des propagandes anti-Russes et pro-ukrainiennes,cite un certain nombre d'exemples éloquents.
Attention : nommer les victimes de cet incendie ne signifie pas que les pro-Ukraine, à l'extérieur du bâtiment, en soient les responsables. De l'avis des témoins, les cocktails Molotov qui ont mis le feu à la Maison des syndicats partaient aussi bien du bâtiment, que du parvis. Mais une chose est sûre : ceux qui ont grillé se trouvaient à l'intérieur du bâtiment. Pourquoi les rédacteurs des premières dépêches ne le disent-ils pas clairement ? Mystère. Quand dans le même texte, on nous dit que ceux qui occupaient la maison des syndicats étaient des "pro-Russes", mais qu'en revanche ceux qui y sont morts carbonisés ne sont que des "personnes", d'où vient que la connexion ne se fait pas ? Sans doute celà tient-il pour une part à la confusion sur place, au faible nombre de journalistes occidentaux, occupés ailleurs en Ukraine au moment de l'incendie fatal. Mais aussi à l'incapacité de nommer victimes les "pro-Russes". Qu'on se le dise, les pro-Russes, par essence, sont les méchants de l'histoire. Celà vaut d'ailleurs pour toutes les autres étapes de la journée funeste. A propos des incidents initiaux ayant mené à l'incendie, les récits expliquent que les "pro-Russes", lourdement armés, ont attaqué des "supporters de football" de deux équipes ukrainiennes. Quels supporters ? Etaient-ils eux-même équipés ? On aimerait voir des photos. Mais (à l'heure où j'écris) pas de photos. Et après l'incendie, quelques heures plus tard, quand les pro-Russes assiègent le commissariat d'Odessa pour faire libérer leurs camarades, cette fois, pour les medias occidentaux, ils ont retrouvé leur étiquette. Ils sont redevenus des "pro-Russes".
Ce que montre le récit médiatique français sur l'Ukraine, c'est, une fois de plus, son alignement plus ou moins inconscient sur les positions du Quai d'Orsay. Recevant ce matin Laurent Fabius, Patrick Cohen se garde bien de lui poser une question sur le scoop tout frais de Bild qui, citant des sources du renseignement allemand, assure que"des dizaines"de conseillers de la CIA se trouveraient à Kiev, pour conseiller le gouvernement ukrainien. Scoop d'ailleurs très peu repris dans les medias français.
Dans l'embrasement ukrainien, les medias locaux ont joué leur rôle (et notre dossier est éloquent). Un rôle traditionnel de medias belligérants, qu'il faudra mesurer un jour, mais dont on sait qu'il sera considérable, pour pousser les uns contre les autres des gens qui, comme dans la ville balnéaire d'Odessa, coexistaient jusqu'alors paisiblement. Mais qui sont nos propres medias, pour leur faire la leçon ? Nos propres medias, qui n'ont même pas l'excuse de la belligérance et, par ignorance, par paresse, épousent inconsciemment une cause, quand leur premier devoir devrait être de déjouer toutes les propagandes.
Màj 18 heures : remplacement de "les télés" par "les titres de TF1" dans la deuxième ligne. Dans ses titres, France 2 a bien mentionné les "pro-Russes".

Par Daniel Schneidermann le 05/05/2014




