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Les syndicats et le défi de la rigueur Les syndicats et le défi de la rigueur
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Comment les syndicats peuvent-ils se positionner, à moins de six mois de l'élection présidentielle, face à la rigueur, celle imposée par les deux plans de François Fillon et celle qui risque, avec une crise bien partie pour perdurer, de pointer de nouveau son nez en 2012, même dans l'hypothèse d'une élection de François Hollande ? Depuis les annonces du premier ministre, le 7 novembre, tous les syndicats ont haussé le ton. Bernard Thibault, le secrétaire général de la CGT, a dénoncé une "injustice sociale". Et son homologue de la CFDT, François Chérèque, a fustigé "un saupoudrage en dessous des enjeux et des mesures injustes".
Les syndicats sont confrontés à un vrai dilemme : s'ils ne réagissent pas, leurs militants vont leur reprocher leur mollesse et leur inertie. S'ils organisent une journée de mobilisation, qui se traduit, comme celle du 11 octobre, poussée par la CGT, par un échec, ils vont afficher leur faiblesse et leur impuissance. En période préélectorale, où le temps est d'abord politique, les salariés comptent plus sur le verdict des urnes que sur la répétition de manifestations de rue.
L'intersyndicale CGT-CFDT-UNSA-FSU-Solidaires va se réunir, vendredi 18 novembre, au siège de la CGT, pour tenter de mettre au point ce que M. Thibault appelle "une riposte unitaire". Le plan Fillon a eu déjà un effet inattendu - "miraculeux", ironise-t-on à la CGT - qui est de faire revenir Force ouvrière, absente depuis le printemps 2010, au moment de la contestation de la réforme des retraites, dans l'intersyndicale. Si la CFE-CGC a décliné l'invitation, la CFTC, qui sera en train de clôturer son congrès à Poitiers, a décidé d'y participer pour "écouter".
Le "G5" syndical ne nourrit guère d'illusions sur le retour de FO. "Elle va faire un aller-retour", assure-t-on à la CFDT. Le 9 novembre, la commission exécutive de FO, condamnant une austérité qui "sape les principes républicains et les droits sociaux", a d'ores et déjà appelé à "vingt-quatre heures de grève interprofessionnelle". Le 24 juin 2010, la confédération de Jean-Claude Mailly avait organisé une grève d'une journée qui était alors passée inaperçue.
"La bonne nouvelle, a commenté M. Thibault, lundi 14 novembre devant la presse, c'est que FO revienne à l'intersyndicale. La mauvaise nouvelle, c'est qu'ils le font en l'assortissant d'une déclaration qui laisse entendre qu'ils feront de nouveau tout pour que rien n'en sorte." "Personne ne sera dupe, a ajouté M. Thibault. Si l'unique objectif est de faire capoter ce qu'il est envisageable de faire à plusieurs, ce serait dommage." Un front syndical à sept reste illusoire.
L'intersyndicale pourrait publier une déclaration commune qui mettrait en avant des solutions alternatives au plan Fillon, notamment sur le volet de la protection sociale. Elle pourrait demander de nouveau l'abandon de la défiscalisation des heures supplémentaires dont le coût, répète M. Chérèque, est équivalent - 4 milliards d'euros - à l'accélération de la réforme des retraites qui, dit-il, "ne sert qu'à envoyer un signal aux agences de notation".
Les syndicats cherchent surtout une forme d'action innovante qui ne consiste pas à organiser une énième journée d'action, vouée à l'échec. "Une journée de grève, c'est hors de portée, souligne Marcel Grignard, numéro deux de la CFDT. L'enjeu majeur c'est d'être avec les salariés et non pas que les syndicalistes se causent entre eux." M. Thibault a évoqué "une journée de mobilisation interprofessionnelle", sans parler de grève, "dans la première quinzaine de décembre". L'idée chemine, comme le suggère la CFDT, de s'adresser aux élus. M. Thibault a proposé de "prendre comme cible le Parlement", au moment où il débat des budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale, avec "une initiative de masse en direction de l'Assemblée nationale".
La CGT est soucieuse de se porter en première ligne du combat contre l'"austérité". C'est ainsi que M. Thibault s'est démarqué de la déclaration commune des syndicats (L20) et des patronats (B20), à l'occasion du sommet du G20 à Cannes, lui reprochant, dans une lettre à Sharan Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI), de "laisser entendre qu'il y aurait une vision partagée entre syndicats de salariés et patronaux sur les principaux facteurs qui permettraient une sortie de crise durable". En ce temps politique, M. Thibault adresse aussi ce message à la gauche qui pourrait revenir au pouvoir en 2012.
Dans le même mouvement, le secrétaire général de la CGT refuse toute instrumentalisation de son syndicat par un parti. Il a décliné une proposition du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) pour une action commune. Interrogé sur la proposition de Didier Le Reste, ancien leader des cheminots cégétistes, qui anime, avec Marie-George Buffet, un "Front de gauche des luttes", formulée dans L'Humanité Dimanche du 9 novembre, de "recréer des ponts" avec les syndicats pour voir "ce que nous pouvons faireensemble", M. Thibault a répliqué : "On n'a pas besoin de se voir donner des leçons de stratégie syndicale ."
Sur la rigueur, M. Mailly juge que "l'austérité, d'où qu'elle vienne, de droite ou de gauche, est inacceptable". Plus prudent, M. Chérèque a affirmé, dans Le Progrès du 9 novembre, que "la dette est devenue excessive. Il est inévitable de la réduire pour éviter de la transmettre aux générations futures". Mais, a-t-il prévenu, "sans soutien à l'activité, nous allons aggraver la récession". Pour les syndicats, la rigueur reste bel et bien un dilemme.




