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La crise des dettes publiques s'amplifie encore
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le Trésor espagnol a émis pour 3,6 milliards d'euros d'obligations à 10 ans, ce jeudi, à un taux historiquement élevé.
L'Espagne a émis jeudi 17 novembre pour 3,563 milliards d'euros d'obligations à 10 ans, à un taux d'intérêt moyen record depuis la création de la zone euro, de 6,975%. Jusqu'à présent, le rendement le plus élevé atteint cette année avait été de 5,986%, le 21 juillet.
Le montant est dans le milieu de la fourchette de ce que voulait emprunter Madrid, entre 3 et 4 milliards d'euros. Le taux de couverture, indicateur de la demande des investisseurs, s'est établi à 1,5.
L'opération a été réalisée dans un climat de tension extrême sur les marchés. En réaction, le rendement des titres espagnols à 10 ans s‘est tendu davantage. Il atteint 6,66 % peu avant 11h.
La France va lever entre 6 et 7 milliards d'euros de bons du Trésor à intérêts annuels (BTAN), l'adjudication étant prévue autour de 11h.
Pour les marchés, la France a quitté le club des pays européens notés AAA
Jour J pour la France, qui doit émettre de la dette dans les pires conditions depuis 1990. L'écart de taux avec l'Allemagne est à des niveaux record et les inquiétudes sont vives sur le maintien du AAA. Les autres Etats membres bien notés sont aussi sous pression, à l'exception de l'Allemagne.
D'ordinaire considéré comme une simple formalité, le placement d'emprunts d'Etat français (pour 8,2 milliards d'euros au maximum) sera aujourd'hui suivi de près. Etant donné les tensions actuelles, l'émission sera un test. Les spécialistes en valeur du Trésor (SVT), qui représentent 20 banques et servent d'intermédiaires entre l'Etat émetteur et les investisseurs, se sont réunis il y a quelques jours pour préparer l'opération dans un climat pesant. « Je n'ai jamais effectué une adjudication dans des conditions pareilles, avec une prime de risque aussi élevée par rapport à l'Allemagne, avoue l'un d'eux. Tout le monde est stressé, mais on va faire notre métier. » Ce qui veut dire que les SVT vont essayer d'éviter que le résultat de l'enchère ne soit alarmant. Il leur faudra peut-être prendre quelques risques car le marché, lui, craint que la France perde bientôt son AAA. « D'après nos données, la France a une notation implicite de simple A dans le marché », indique Markit, le fournisseur de cotations de CDS (« credit default swaps »).
Le CDS français bat des records, il a franchi 230 points ces jours-ci. L'écart de taux avec l'Allemagne est lui sur des niveaux jamais vus depuis 1990, à 190 points de base. « Parmi les pays AAA, la France est celui qui présente les fondamentaux économiques et les perspectives de finances publiques les moins bons », souligne UniCredit. La tourmente des dernières semaines tient pour beaucoup à la crise italienne et aux incertitudes sur la croissance. Par ailleurs, certains institutionnels préfèrent peut-être céder des titres français, plus liquides que d'autres, pour compenser des pertes dans leurs portefeuilles. « Le prix moyen pondéré des obligations françaises est encore supérieur à leur valeur nominale - il vaut actuellement 103 % du pair, note BNP Paribas. Cela incite à vendre des titres afin d'enregistrer une plus-value en capital. » Le seul vrai soulagement pour la France est qu'après l'émission de jeudi, elle pourra annuler sa dernière adjudication de l'année, le programme de financement de 2011 étant bouclé.
L'Autriche est un peu dans la même situation. En raison de son exposition à l'Italie et à l'Europe de l'Est, le pays vient de voir sa prime de risque s'envoler à 184 points de base. Les rumeurs de dégradation de sa note ont poussé le gouvernement à faire des annonces. Hier, Fitch a salué l'idée d'inscrire dans la Constitution une limite à la dette. « Cela démontre l'engagement du pays à garder sa note AAA », dit l'agence, en ajoutant qu'un « plan de consolidation plus ambitieux donnerait des marges supplémentaires » au pays.
Le FESF touché à son tour
La contagion gagne tous les Etats bien notés, comme le montrent les tensions sur les Pays-Bas et la Finlande cette semaine. L'Allemagne est la seule valeur refuge de la zone euro. Ses taux flirtent avec leurs plus bas niveaux et certains titres de court terme ont même des rendements négatifs (l'investisseur perd de l'argent pour les détenir). « Mais on peut se demander si l'Allemagne ne sera pas à son tour rattrapée si jamais l'Italie et l'Espagne n'avaient plus accès aux marchés et que la France restait sous pression, avertit Evolution Securities. Dans le pire scénario, les banques allemandes auront des besoins de recapitalisation élevés, tandis que l'Allemagne devra potentiellement garantir les dettes de ses partenaires européens. » Ce qui pénaliserait forcément les finances du meilleur élève de la zone euro. A ce stade, l'Allemagne est encore à l'abri, même si le président de l'Eurogroupe a fait des déclarations étonnantes hier, alléguant que « son endettement était plus élevé que celui de l'Espagne ». Dernière victime parmi les AAA, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) voit son taux à 10 ans culminer à 3,65 %. Les marchés voient mal comment cet organisme peut contenir ou même résister à la tourmente.




