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La guerre d’agression impérialiste conte l’Iran a franchi le seuil des 12 jours. De fait, l’Iran résiste aux impérialismes étasunien et israélien coalisés qui espéraient son effondrement rapide

Par Louison Beaubet (21 mars 2026)
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L’affrontement de deux doctrines militaires

Il est désormais établi que la guerre d’agression des USA et Israël contre l’Iran est co-dirigée par les États-majors de ces pays et les outils d’intelligence artificielle [1]. C’est la première guerre entièrement de ce type de l’histoire. La traque d’Oussama Ben Laden, la guerre d’agression en Ukraine et le génocide à Gaza en ont été les laboratoires.

L’intelligence artificielle est un vecteur de puissance : sa maîtrise garantit le statut de puissance mondiale. C’est la raison pour laquelle les États-Unis et la Chine ont entamé une concurrence agressive pour son développement. Avec les bombardements contre l’Iran et le kidnaping de Maduro précédemment, les États-Unis modélisent une nouvelle forme de la guerre, en rupture, jusqu’alors, avec les guerres « conventionnelles » et terrestres. Avec la collecte de données en masse, les États-Unis accélèrent le développement de l’IA, ce dont ces technologies ont fondamentalement besoin. Avec cette guerre, les États-Unis acquièrent un avantage comparatif considérable vis-à-vis de la Chine mais font aussi la démonstration des limites d’une guerre sans troupes déployées au sol.  Le spatial, l’aérien et les renseignements sont les acteurs essentiels de cette nouvelle guerre technologique. La centralisation des prises de décisions en est le marqueur.

La défense iranienne se fonde sur un autre registre : celui de la guerre asymétrique. Cette forme de la guerre, « du faible au fort », repose sur la gestion de capacités limitées et inégalement réparties. Si l’Iran est l’un des grands pays exportateur mondial de pétrole, son industrie est défaillante. Les sanctions américaines et européennes ainsi que la corruption massive à toutes les échelles du régime iranien sont les facteurs d’une crise financière systémique du pays. Ces éléments structurels ont contraint l’armée iranienne et les Gardiens de la Révolution à développer une industrie militaire indigène, technologiquement moins performante que celle des États-Unis. A cela s’est ajouté l’Axe de la Résistance, réseau hybride fonctionnant à la fois comme force de projection et profondeur stratégique au-delà des frontières de l’Iran. La décentralisation des prises de décisions en est ici le marqueur.

L’Iran a une longue expérience de l’asymétrie : par exemple, c’est durant la guerre de défense contre l’Irak que les bataillons de Basij ont mis en pratique les opérations martyres, désigné en Occident sous le nom d’attentats suicides. Le développement des milices de l’Axe de la résistance, le programme balistique et de drones, l’armée terrestre de dissuasion des Gardiens de la Révolution, le stockage et l’enrichissement d’uranium, le contrôle du détroit d’Ormuz, le contrôle du réseau internet national, le contrôle sur la population sont autant d’éléments qui constituent l’hybridité iranienne. La résistance face à la guerre d’agression actuelle est sa mise en pratique, d’abord à l’échelle régionale, et à l’échelle mondiale aujourd’hui.

L’impact de la doctrine asymétrique iranienne

Au début de la guerre, la direction de la République islamique a été décapitée. Celle des Gardiens de la Révolution et de l’État-major iranien a été très sévèrement affaiblie. Les bombardements ont été massifs, d’abord sur Téhéran, puis s’est étendu à l’ensemble des provinces iraniennes. Elles ont visé des sites militaires, des infrastructures industrielles, la marine iranienne, ainsi que des sites civils. A l’heure actuelle, plus de 14000 bombardements ont ciblé le pays. La défense iranienne a d’abord concentré ses frappes contre les bases militaires américaines dans les pays de la région et Israël avant de rapidement cibler des infrastructures civiles dans les pays du Golfe : d’abord des industries pétrochimiques (raffineries, dépôts de pétrole) puis l’industrie du tourisme (hôtels de luxe, aéroports) et enfin les infrastructures gazières. Les armes utilisées sont des missiles balistiques de qualité volontairement variables, qui avaient déjà été expérimentés en se défendant face à l’agression israélienne de juin 2025, et des drones Shahed, expérimentés eux sur le front ukrainien par la Russie. L’intérêt majeur de ces armes, au-delà de leur capacité de dégât, est leur faible coût. La logique de saturation et de ciblage différencié contraint l’agresseur à puiser dans ses stocks de précisions pour se défendre. Le coût de chacun de ces missiles intercepteurs est de plusieurs centaines milliers de dollars, voir plusieurs millions pour certains, alors que les drones iraniens coûtent en moyenne quelques dizaines de milliers de dollars l’unité. Au-delà des dégâts immédiats que ces armes infligent dont certains très importants contre les stations de radars étasuniens, essentiels pour le ciblage, c’est bien à l’épuisement des moyens de défense étasuniens et israéliens qu’elles servent. L’incapacité pour les États-Unis et Israël de les intercepter les rendraient particulièrement vulnérables dans la région. Cette première phase militaire a été marquée par une régionalisation du conflit, contraignant l’ensemble des acteurs de la région à se positionner dans la guerre en cours.

L’impossible franchissement du Détroit d’Ormuz et l’activation de certaines milices de l’Axe de la Résistance ont marqué une nouvelle étape dans la guerre, en réponse à l’intensification des bombardements étasuniens et israéliens sur des cibles civiles, politiques et militaires iraniennes. Du fait des tirs de missiles incessants dans la zone, il est devenu impossible pour les tankers d’y circuler. Environ 6000 bateaux sont bloquées à l’intérieur du Golfe Persique, et aucun ne peut y rentrer. Cette situation a eu un impact immédiat sur les cours mondiaux du pétrole, puis du gaz, faisant émerger le spectre d’une crisé énergétique majeure. Les dégâts successifs causés par l’Iran sur les industries pétrochimiques ont d’autant plus accentué cette situation, les pays producteurs de gaz et de pétrole étant, en grande partie, incapable de stocker sur du long terme et de distribuer les ressources. Par ailleurs, cela impacte l’ensemble de la filière pétrochimique, comme dans le cas des engrais qui sont dérivés du pétrole. L’activation de certaines milices de l’Axe de la Résistance, en particulier le Hezbollah au Liban et les brigades Kataëb Hezbollah en Irak vient compléter l’arsenal hybride, contraignant Israël à ouvrir un nouveau front et exposant les soldats étasuniens directement sur le terrain. Si Israël à sauté sur l’occasion pour tenter d’en finir avec le Hezbollah en bombardant massivement le Liban, le pays se retrouve engouffré dans deux fronts majeurs. Les bombardements quotidiens de la République Islamique et depuis plusieurs jours les tirs de roquettes du Hezbollah exposent les défenses aériennes à un risque de saturation, déjà démontré en octobre 2023.

L’internationalisation de la guerre

Ces deux éléments (la crise du Détroit d’Ormuz et l’activation de l’Axe de la résistance), conjugués aux précédents, ont internationalisé la guerre. Les pays européens, en particulier les trois puissances, ont été contraints de s’engager dans la guerre. La France s’engage dans le conflit. Le pays déploie un vaste dispositif défensif chez les alliés du Golfe (Émirats arabes Unis, Qatar, Bahreïn). À l’appel du président libanais, la France s’oppose à l’intervention israélienne au Liban. Enfin, le pays se veut à l’initiative d’une nouvelle coalition pour garantir la libre circulation des navires dans le Golfe. La Russie a assuré qu’elle n’était « pas neutre » dans le conflit : elle soutien la République Islamique en lui fournissant des données collectées et des drones améliorés sur le front ukrainien. Le blocage du détroit lui confère de nouveau un rôle central dans la production et distribution d’énergie, en Inde, en Asie du Sud-Est et peut-être en Europe. La Turquie, a condamné les tirs iraniens qu’elle a subit et s’est opposée publiquement à l’agression israélienne du Liban. La Chine, si elle condamne l’agression étasunienne reste pour l’instant relativement en retrait. De fait, l’ensemble du sous-continent asiatique est victime de la crise prétolière. Du côté étasunien, la logique militaire n’a pas changé : il s’agit de campagne quotidienne de bombardements, sans pour autant connaître précisément l’ampleur des dégâts ni des cibles visées. Les États-Unis ont eux aussi internationalisé le conflit en demandant la délocalisation des systèmes de missiles intercepteurs THAAD coréens et japonais, en utilisant les bases militaires anglaises, françaises et hongroises et en demandant l’expertise ukrainienne sur l’interception de drones, domaine dans lequel l’armée ukrainienne est la meilleure du monde.

Aucun des belligérants n’a activé toutes ses capacités. Le brouillard autour des stocks de munitions  des deux côtés laisse planer une inconnue. Le recours à l’invasion terrestre, possible au Liban et en Iran, ouvrirait une nouvelle séquence. À l’heure actuelle, plus d’un million de personnes sont déplacées à l’intérieur du Liban et plus de trois millions à l’intérieur de l’Iran. Les bombardements ont causé respectivement la mort de plus de 700 et 1000 personnes civiles. L’Iran pourrait décider de transformer le risque énergétique en véritable crise énergétique mondiale en minant le Détroit d’Ormuz. Selon les estimations, seulement 5 % de son arsenal minier serait nécessaire pour fermer l’accès. En effet, comme c’est le cas en Mer Noire, la simple suspicion de la présence de mines dissuade les assureurs de couvrir les navires, leur empêchant de fait l’accès aux espaces maritimes convoités, le pétrole et le gaz d’une grande partie du Golfe en l’occurrence. De nouvelles infrastructures civiles peuvent être prises pour cibles : les usines de dessalement d’eau ou les infrastructures économiques du secteur bancaire et des places boursières. Enfin, l’ensemble des moyens balistiques iraniens n’a pas été mobilisé, et toutes les milices de l’Axe de la résistance n’ont pas été activées.

Si le président américain ne cesse de déclarer que ses objectifs seront bientôt atteints, rien ne permet de donner, à l’heure actuelle, un horizon à la guerre. Il est notable de souligner qu’étasuniens et israéliens n’ont pas les mêmes objectifs de guerre. Le bombardement israélien du gisement gazier iranien de South Ras, qui a entraîné en représailles le bombardement de la partie qatarie du gisement de Ras Laffan, à été dénoncé par Trump lui-même. La guerre montre que deux doctrines militaires s’affrontent : l’une technologique et l’autre asymétrique. Leur confrontation a des impacts majeurs sur la course à la domination mondiale. Dans les deux cas, il s’agit d’une confrontation existentielle : l’une pour la survie du régime iranien, et l’autre pour l’affirmation de l’hegemon étasunien sur le monde.

Notre position est claire : nous condamnons l’agression étasunienne et israélienne contre l’Iran et nous sommes pour leur défaite. Nous sommes du côté des peuples iraniens, coincés entre les bombardements impérialistes et le régime ultra répressif de la République Islamique.

Notes

[1]  Utilisation qui est d’ailleurs au cœur d’un début de clivage aux États-Unis, entre Anthtropic et le reste des entreprises IA.

     

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