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Guerre contre l’Iran : l’avènement formaliste de Donald Trump

Par Tristan Daul ( 1 avril 2026)
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Cet article s’inscrit dans la continuité de notre élaboration sur les Lumières Sombres. La consultation de l’article aidera le/la lecteur/trice à se familiariser avec la doctrine néoréactionnaire formaliste et son principal théoricien Curtis Yarvin. Cet article postule que le président américain met en application la doctrine néoréactionnaire formaliste, évènement majeur dans la contre-révolution mondiale en cours.

Curtis Yarvin caractérise son idéologie politique avec le terme formalisme (formalism). Ingénieur informaticien, Yarvin souhaite «objectiver» et «rationaliser la pensée politique, et c’est à ce prisme qu’il évalue sa rationalité. Il est probable que son idéal soit celui des machines, notamment avec l’avenue massive des intelligences artificielles génératives. Il pense que les États doivent être dirigés comme des entreprises avec des critères pseudo-objectifs de résultats, de moyens et d’objectifs.

Aujourd’hui, Le projet formaliste projette la puissance états-unienne sous la modalité d’une nouvelle forme de colonisation à l’échelle mondiale. Les promoteurs du formalisme défendent que,  sous une véritable hégémonie américaine, les colonisé.e.s eux/elles-mêmes y trouveraient un intérêt, venant prendre ici le contrepied la notion de servitude volontaire de La Boetie. Cette hégémonie incite les dominé.e.s à participer à leur propre domination, dans la mesure où toute résistance serait vouée à l’échec. Selon Yarvin, la dislocation des États nations en millier de cités-états (un patchwork) dirigées à la manière d’entreprises capitalistes sous domination américaine serait dans l’intérêt des États-Unis, et donc du monde. La qualité de ces dirigeants, qui doivent être choisis en fonction de leurs compétences et de leur supériorité intellectuelle, se vérifiera par leurs résultats. C’est ici que l’on peut comprendre le caractère suprémaciste de cette théorie : des individus considérés comme supérieurs auraient droit de décision inaliénable sur ceux considérés comme inférieurs, dans la mesure où leur supériorité elle-même serait un atout pour les dominé.e.s. Yarvin vient ici remettre en cause l’héritage fondateur de la modernité : l’égalité des droits présupposée dans l’ensemble de l’humanité.

La guerre d’agression russe en Ukraine et le génocide à Gaza ont ouvert une nouvelle période de la reconfiguration impérialiste du monde. Le deuxième quart du XXIᵉ siècle s’ouvre avec la mise en œuvre du projet néoréactionnaire formaliste de Donald Trump, qui réaffirme la volonté d’hégémonie mondiale des États-Unis. L’aspect le plus saillant du formalisme est sa volonté de liquider la modernité, héritage des révolutions bourgeoises universalistes de la fin du XVIIIᵉ siècle. Deux totems de la modernité sont pris pour cible : le droit (national et particulièrement international, hérité de Roosvelt et de la Guerre Froide) et la démocratie (sous sa forme bourgeoise ou prolétarienne). La guerre actuelle contre l’Iran est la prolongation de trois moments qui participent à mise en application de la doctrine formaliste.

1) Le discours de JD Vance à Munich prononcé le 14 février 2025, durant lequel il annonce aux Européens qu’ils devront prendre en charge seuls leur défense, entendu au sens propre (en Ukraine et au Groenland) et au sens « figuré » (investir davantage de moyens en exploitant davantage les travailleurs et les travailleuses) prolongé par la publication de la Stratégie de sécurité nationale le 6 décembre 2025. Ces deux évènements dévoilent l’orientation politique trumpiste en Europe : soutenir les organisations et les idées d’extrême droite nationalistes et racistes, affaiblir les autres.

2) L’alignement de l’agenda israélien sur l’agenda étasunien avec la fin de la guerre génocidaire à Gaza, les accords commerciaux majeurs avec les pétro-monarchies du Golfe malgré le refus de l’Arabie Saoudite de rejoindre les accords d’Abraham et, enfin, l’installation de l’ancien djihadiste Ahmed al-Sharaa à la direction de la Syrie, État tampon entre Israël et l’Irak.

3) La mise en œuvre du corollaire Trump à la doctrine Monroe, c’est-à-dire la domination étasunienne sur l’ensemble du continent américain. Cela se traduit par le soutien à des gouvernements d’extrême droite (en Argentine, au Chili, au Salvador…), par des menaces d’annexions (Groenland, Canada) et par des interventions militaires (au Venezuela et peut-être en préparation à Cuba et en Colombie). A cela s’ajoute l’expulsion de masse des personnes immigrées du sud du continent, dont la Colombie constitue le verrou terrestre.

Le Secrétaire américain à la guerre Pete Hegseth a déclaré, lundi 02 mars 2026, que l’objectif de la guerre d’agression n’est pas de construire la démocratie en Iran. Au-delà de l’aspect provoquant de cette déclaration, il faut y comprendre que l’interventionnisme trumpiste est en rupture avec la doctrine de « nation builging » des néoconservateurs étasuniens du début du XXe siècle. Pour ces derniers, il fallait exporter la démocratie libérale perçue comme garante des intérêts étasuniens, par la guerre si nécessaire : les fiascos irakiens et afghans ont illustré l’impasse de cette forme de l’impérialisme, traumatisant par ailleurs l’ensemble de la population étasunienne. Par sa prise de parole, Pete Hegseth revendique l’idée de Curtis Yarvin, selon laquelle la démocratie serait un obstacle à la liberté. Pour Yarvin, la nature du pouvoir elle-même est corrompue par la démocratie. Dès lors, une démocratie libérale ne garantit absolument pas une relation dans laquelle les intérêts de l’impérialisme américain sont garantis. À l’inverse, des pouvoirs autoritaires, du fait de leur stabilité a priori, peuvent permettre d’entretenir des relations de long terme, d’autant plus qu’une certaine idée de l’exercice du pouvoir y est partagée.

Comme le déclare Hegseth, l’objectif étasunien n’est pas de construire la démocratie. Cela signifie que Trump n’hésitera pas à maintenir un pouvoir autoritaire en Iran, à condition qu’il soit conforme aux intérêts de l’impérialisme et de la bourgeoisie étasunienne. La guerre contre l’Iran durera tant que Trump n’aura pas reçu les gages qu’il juge nécessaires de la part des prétendants au pouvoir, divisés actuellement en deux camps : celui des gardiens de la révolution et celui de  la restauration monarchique. Les deux hypothèses portent en elle une vision et une pratique autoritaire du pouvoir, contre les peuples et contre la classe ouvrière.

Le formalisme s’est déjà appliqué dans trois espaces distincts :

1) à Gaza, en s’appuyant sur et en soutenant le génocide des Palestinien.ne.s pour transformer Gaza en une cité internationale indépendante dirigée par des chefs d’entreprises. Au mépris du droit international, en créant son propre « comité pour la paix », Trump met en œuvre le plan Curtis pour Gaza

2) en Syrie, en établissant un gouvernement islamiste autoritaire qui soumet les minorités, confirmant que le mode de gouvernance défendu par Trump n’est pas démocratique

3) au Venezuela, en liquidant Maduro en violation complète du droit international mais en conservant son appareil politique, confirmant ici que ce n’est pas la nature d’un régime qui est un obstacle pour Trump mais le non-alignement de sa direction sur ses intérêts.

Le formalisme s’appuie par ailleurs sur tous les modèles autoritaires du Moyen-Orient : la société ultra-sionniste d’Israël, les monarchies d’Arabie Saoudite et de Jordanie, les Émirats Arabes Unis, du Qatar et de Bahreïn, la dictature militaire en Égypte.

La caractérisation de l’exercice du pouvoir de Trump fait débat, politiquement et médiatiquement. Dans notre camp social, la question n’est pas tranchée non plus : néofascisme, fascisme, techno-fascisme, autoritarisme, bonapartisme, césarisme...

Nous proposons la caractérisation de formalisme, qui est une des nombreuses variantes du fascisme. Du fait d’une élaboration intellectuelle récente, la doctrine formaliste est encore floue dans ses contours. Cependant, Donald Trump s’emploie à mettre en place des éléments essentiels de la doctrine : diriger un État par une clique de chefs d’entreprises (aux États-Unis, avec la clique Trump et son entourage ; à Gaza) ; s’appuyer sur la pointe avancée du capitalisme étasunien, dans les domaines des technologies critiques que sont l’IA et la techno-surveillance pour gouverner par la force (expulsions de masse aux États-Unis, guerre technologique au Moyen-Orient) ; soutenir la réaction en Europe et affaiblir le modèle libéral de la démocratie ; liquider le droit, en particulier international, jugé défavorable aux intérêts américains ; porter des coups très dur à l’administration fédérale (coupes budgétaires massive avec le DOGE d’Elon Musk, offensive contre la NASA, la CIA, le Ministère de la défense…).

Le formalisme est une attaque très dure contre les peuples du monde et la classe ouvrière dans son ensemble, face à laquelle la nécessité de l’organisation collective est historique.

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