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Retour sur l’occupation de la caserne Château-Landon par les migrants expulsés de la Chapelle

Par Aurix, SF (16 juin 2015)
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Après cette victoire très partielle et les tensions entre les composantes du mouvement, quel bilan tirer ?

Une prise de décision difficile dans un contexte de surveillance policière

Au Bois Dormoy (Paris XVIIIe), jeudi 11 juin se tient un rassemblement de soutien aux migrants. Ils devaient évacuer les lieux car l’association qui les accueillait (qui aurait reçu des pressions), ne pouvait ou ne voulait plus les héberger. La plupart des gens arrivent vers 17H, la rue se remplit progressivement. Difficile de comprendre ce qui se passe (et ce sera un constat constant dans cette journée) car avec la paranoïa générale (la peur des flics en civil) rien n’est dit clairement et les informations circulent sous forme de rumeurs.

La veille des discussions avaient eu lieu avec les migrants et les organisations pour décider ce qu'il fallait faire. Certaines personnes, dont des militantEs du NPA, ont fait pression sur certaines organisations, comme le PC, pour que les puissent se réunir tout seul sans les soutiens. Un souhait majeur des migrants était notamment de rester ensemble et de trouver un lieu si possible couvert, avec un point d'eau et des sanitaires. La proposition d'occuper un autre lieu a donc été prise. Plusieurs lieux sont envisagés en secret. Un parc, appelé les jardins d'Eole, et une ancienne caserne de pompier vide et inoccupée (excepté un petit coin par l'armée du Salut). Il y a des conflits entre les partis sur le lieu à choisir. Le PC voudrait aller au parc alors que le NPA et d'autre soutiens préfèrent dans la caserne. Mais toutes les tractations se font en sous-main et rien n'est clairement décidé. Le parc aurait selon le PC et le PG l'avantage d'éviter une trop grande conflictualité avec la mairie pour ne pas faire prendre de risques aux migrants. La caserne elle permettrait de créer un rapport de force, de mettre la pression sur le gouvernement et fournirait potentiellement un logement couvert, avec point d'eau et sanitaires pour tous les migrants le temps de trouver une solution.

Le Parti communiste en action : magouilles, division et violence

A un moment lors du rassemblement, il y a un petit mouvement de foule : des migrants quittent les lieux avec des membres du PC sans rien annoncer. On apprendra par la suite que le PC voulait évacuer 50 migrants pour les mettre dans un logement proposé par la mairie, sans en aviser quiconque et contre la volonté explicite des migrants de rester ensemble alors qu'aucune solution n'est encore trouvée pour les migrants restants. Des militantEs, du NPA et d'ailleurs, partent à leur poursuite et expliquent ce que le PCF est en train de faire aux migrants qui décident de refuser cette offre et de ne pas monter dans le car.

Le bruit court enfin que ça va partir. Les jeunes du NPA se regroupent à l’entrée de la rue et commencent à scander des slogans, signe qu’on va partir. Ça n’y coupe pas, le NPA marche en tête et en ligne dans la rue, avec de nombreuses autre personnes de Solidaires Etudiant-e-s, du CAPAB, d'Alternative Libertaire, des inorganiséEs... Là, tout se passe très vite. Le PC s’interpose très violemment car l'option retenue par le cortège en marche n'est pas le parc. Ils veulent empêcher le rassemblement de partir. Non seulement ils repoussent les premier rangs, mais ça frappe. Il y a eu un petit moment de confusion parmi les manifestant-e-s (migrants et soutiens) car il est difficile de comprendre ce qui se passe. De nombreuses personnes se joignent à la mêlée, dans laquelle il est très dur de se repérer. Le SO du PC arrive à scinder le cortège en laissant devant notamment la ligne de tête formé par le SO du NPA et diverses personnes. La majorité des migrants et des soutiens font maintenant face au SO du PC qui veut les empêcher d'avancer pour les faire bifurquer vers le parc. La ligne de tête essaie de rejoindre le reste du cortège. Ce qui fait finalement pencher la balance c'est un migrant informé qui prend un mégaphone et qui explique en arabe la direction de la caserne. Le SO du PC se laisse alors déborder, c'est gagné ! Les migrants passent en tête de la manif guidés par celles et ceux qui savent où est la caserne.

Une belle occupation commence !

Une manif sauvage nous conduit donc jusqu'à la caserne où on se barricade avant l'arrivée des flics quelques minutes plus tard. Une partie du rassemblement reste dehors. On se met à prévenir tout le monde pour pouvoir créer un rapport de force de l’extérieur aussi. A l'intérieur il y a une très bonne ambiance, tout s'organise très bien, du ravitaillement arrive par les fenêtres, l'armée du salut présente sur place fournit des repas, les lieux sont explorés, des slogans sont criés, des personnes se mettent à danser au son du tambour...

Le bal des négociations est ouvert, les éluEs mènent la danse

Un début d'assemblée générale éphémère a lieu. Un migrant explique qu'ils sont déterminés, prêts à rester ici jusqu'à la mort (selon ses propres termes). Mais l'important se trame en petits groupes et à voix basse. Des négociations sont lancées avec la mairie. Le représentant d'Hidalgo est présent. Les élu-e-s (PG, PC, Verts) s'agitent dans tous les sens, font tout pour convaincre les migrants que l'occupation est une mauvaise idée. Eric Coquerel du PG leur dit dès les premières minutes de l'occupation, alors que rien n'est obtenu, qu'ils doivent partir car le bâtiment est insalubre (ce qui n'était sans doute pas le cas dans la rue sous le métro de la chapelle ou dans un parc !) et veut faire rentrer un pompier pour leur expliquer. Certains migrants sont pris de manière informelle comme représentants pour négocier. Tout est opaque, aucune information n'est donnée à tout le monde pendant l'après midi. Les gens laissent faire ces négociations avec les éluEs en médiateurs sans proposer de réelle alternative. Certaines personnes du NPA et des inorganiséEs disent qu'on peut et qu'il faut rester pour occuper. Mais le NPA semble malheureusement incapable de proposer et d'impulser une alternative à la solution des éluEs et tenter de convaincre politiquement les soutiens et les migrants. C'est bien évidemment aux migrants de décider de la suite et ils se réunissent alors entre eux pour discuter.

Tentative d'assemblée générale

Diverses personnes (des inorganiséEs, des camardes de Solidaires Etudiant-e-s...) essaient de proposer une discussion collective entre soutiens et migrants pour décider que faire et diffuser l'information. Les camarades du NPA ne s'investissent malheureusement que peu dans cette tentative de discussion. Finalement une AG se met en place, mais les négociations étaient déjà finies. Un des représentants des migrants nous dit qu'ils pensent collectivement accepter la proposition d'Hidalgo, c'est à dire l'unique proposition qui leur a été faite. Le représentant d'Hidalgo détaille alors dans l'assemblée générale la proposition : un hébergement pour 110 migrants dans trois centres différents pour une durée inconnue. Les contre-propositions que tentent de faire des personnes de l'AG sont inaudibles et, bien que les migrants ne soient évidemment pas unanimes et que certains soient en désaccord avec l'issue des négociations, le débat n'arrive pas à repartir. Des questions restent sans réponse : hébergement pour combien de temps, pourquoi seulement 110 personnes alors qu'il y a près de 200 migrants en tout, aucun engagement sur les papiers et les demandes d'asile... Les migrants qui doutent un peu, exigent du représentant d'Hidalgo des garanties et pas que des promesses orales. Ils finissent par obtenir un bout de papier ou il griffonne quelques mots. Les éluEs qui militaient activement pour la fin de l'occupation et pour accepter la proposition d'Hidalgo l'emportent donc. Le NPA accepte à juste titre ce qu'il considère comme la volonté des migrants à la suite de leur réunion. Les militantEs inorganiséEs, de Solidaires étudiant-e-s etc. sont plus que sceptiques mais n'arrivent pas à impulser autre chose. La majorité des migrants finit par sortir avec les éluEs suivis du NPA suivi du reste des soutiens et de quelques migrants (restés pour emporter la nourriture ou oubliés dans les étages).

Une victoire encore très limitée, augmentons le rapport de force !

Sur les 110 migrants qui devaient avoir un logement une bonne partie d'entre eux a dû dormir dans un couloir et s'est fait mettre à la rue dès le lendemain matin pour la journée, ces centres n'étant pas des hébergements de jour. Cet hébergement d'urgence qui se voulait à durée indéterminée n'est finalement que de quelques jours. De plus une quarantaine de migrants (pour la plupart restés dehors pendant l'occupation) sont laissés sur le carreau et se dirigent pour aller dormir dans un parc accompagnés par tous les soutiens restants (après le départ des élu-e-s et des partis). Les jours qui suivent ils sont rejoints par d'autres migrants faute de place dans les centres promis.

Bilan pour le NPA : très à l'initiative et décisif pour cette occupation et cette petite victoire mais il n'arrive pas à impulser une dynamique pour faire durer l'occupation et impulser une meilleure auto-organisation. Si les migrants avaient décidé d'essayer de rester sur place et d'occuper le lieu cela aurait permis d'augmenter le rapport de force. Même si un risque d'intervention policière était grand, des revendications plus importantes qu'un hébergement d'urgence auraient pu être établies et tous les migrants aurait pu dormir sous un toit.

Nous revendiquons immédiatement des papiers et un logement pour tous les migrants. Le mouvement doit s'intensifier pour obtenir de réelles avancées sur ces revendications. L'ouverture d'un squat comme la caserne permettrait d'augmenter le rapport de force et de régler par nous-mêmes le problème du logement dans un premier temps. Nous devons nous battre pour un mouvement autogéré et démocratique où les migrants ont le dernier mot !

Liberté de circulation et d’installation avec un logement décent pour tou-te-s !

Contre l’État policier, auto-défense populaire !

Contre l’impérialisme, solidarité internationale des exploité-e-s et des opprimé-e-s !

Contre la barbarie capitaliste, révolution communiste !

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