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    Grèce: échos de fin de campagne

    Grèce international

    Brève publiée le 24 janvier 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    Grèce : échos de fin de campagne (par Sartzekis, membre d'Antarsya)

    Les derniers sondages confirment une avance sensible de Syriza : dans le sondage donné sur TVSX aujourd'hui, Syriza l'emporterait avec 36 % devant la droite à 26 % , le nouveau parti ramasse-miettes Potami et les nazis étant crédités de 7,5 %.

    Cependant, cette avance confortable d'une part pourrait se réduire dans les derniers moments, d'autre part sous-estime peut-être le score final des nazis de Chryssi Avgi, les sondés hésitant à déclarer voter pour une organisation criminelle. De plus, même avec 36 % des voix, il manquerait 1 ou 2 députés à Syriza pour avoir une majorité absolue, sans avoir à négocier avec une autre force parlementaire.

    Néanmoins, à moins de 2 jours du scrutin, des tendances se confirment.

    La ligne Samaras battue

    Sauf immense mauvaise surprise ou provocation de dernière heure, la politique de la troïka interne est battue et donc on l'espère, sévèrement. Car le Pasok, allié de Samaras, plonge : il est donné à 4,5%. Pire, son dirigeant, l'ultra libéral Vanizelos, vice premier ministre, propose aujourd'hui sans rire et sans vergogne de coopérer demain avec Syriza. Dans la série comique pas drôle, l'ex-dirigeant et premier ministre Pasok fait aussi très fort : démissionnant du parti créé par son père, il vient de créer son groupe, le Mouvement des Démocrates Socialistes (KODISO), avec le ralliement de nombreux cadres historiques. Crédité de moins de 3 % -score minimum pour avoir 1 député-, il se prend néanmoins pour le Bonaparte du moment : il vient de relancer sa proposition de referendum sur les memorandums, gadget lancé en 2011 quand, sommé par Syriza et le KKE d'organiser des législatives pour trahison totale de ses promesses de 2009, il avait imaginé cette parade, refusée immédiatement par toute la gauche grecque. Des camarades en France, influencés par le referendum de 2005, avaient alors regretté que la gauche ait refusé. Papandreou aujourd'hui livre le mode d'emploi de son projet, pour qu'il n'y ait aucun doute : ce referendum doit bien sûr être mis au point entre responsables grecs et créanciers internationaux ! Le pire ou le pitre est que Papandreou enjoint la droite et Samaras de lui donner une réponse sur ce referendum qu'il demande donc juste après les législatives, affirmant qu'il sera demain le pivot de la ligne politique qu'aura à suivre le nouveau gouvernement...

    Retour sur la droite : en plus de ses choix politiques de plonger dans la misère le peuple grec (et de vouloir poursuivre, s'il reste au pouvoir), Samaras semble plombé par sa campagne, située sur une ligne de droite extrême . Visiblement, l'effet peur du rouge ne suffira pas, malgré l'incroyable matraquage de spots sur la catastrophe dès dimanche soir si Syriza gagne. La porte parole, Voultepsi, indique avoir peur que ses enfants n'aient pas de lait pour leur petit déjeuner lundi matin, et l'ex-militant fasciste Voridis, ministre de la santé, affirme qu'il est hors de question de laisser la Grèce aux mains de Syriza. Du grand cirque, mais qui apparemment ne convainc pas trop même les électeurs de droite, touchés par la crise pour pas mal d'entre eux et peu sensibles aux effets de manche sur le ''success story''. Ce choix d'une campagne s'adressant en particulier aux électeurs des nazis vise peut être à recomposer la droite grecque autour d'un pôle droite extrême (Samaras et ''anciens'' fascistes recyclés comme Voridis et Georgiadis) en compagnie de ceux que l'ex-conseiller de Samaras, Baltakos, nomme ''la partie saine de Chryssi Avgi'', pour l'heure, elle produit surtout une fracture, avec prise de distances assez fermes d'une partie historique de la Nouvelle Démocratie, qui revoient l'histoire de leur parti bien réactionnaire en le qualifiant de ''centre droit''. Une défaite de Samaras conduira certainement à une sévère bataille interne !

    A l'extrême droite, il convient de ne pas oublier les nazis de Chryssi Avgi (Aube Dorée) : si cette organisation officiellement qualifiée de criminelle a pu faire campagne , celle-ci a été relativement discrète, mais des agressions ont encore lieu et devant leur local central, les nervis n'ont pas hésité à tenir une table électorale, derrière laquelle étaient assis les petites frappes. Le score des nazis sera bien sûr un élément important : si les chefs sont en prison, aucune des causes de leur progression n'a disparu, et on peut craindre même un score supérieur à l'estimation, avec la possibilité qu'ils soient le 3ème parti en audience.... A suivre aussi : les chiffres dans les bureaux de vote des quartiers où sont regroupés des habitats policiers, qui avaient voté en masse pour ces nazis. Cette fois-ci, on compte plusieurs militaires parmi les candidats. Il est remarquable que lors de son meeting de jeudi, les seules paroles de Tsipras sur la police évoquaient les moyens nécessaires pour accomplir leur mission, sans évoquer même l'importance de ''démocratiser'' la police, comme le disaient autrefois les partis réformistes…

    A gauche, avant et au-delà des élections

    A gauche, les médias internationaux ne mentionnent que le seul Syriza, penchant électoraliste classique de la presse bourgeoise ! Certes, on peut dire que dans le cadre de ce qu'est Syriza, il fait une bonne campagne, qui rappelle à beaucoup les campagnes du Pasok des Papandreou : discours assez généraux à gauche, devant un public populaire rassemblant de nombreux jeunes mais aussi, c'était frappant jeudi à Athènes, de nombreux anciens électeurs du Pasok, qui n'étaient pas venus aux meetings des élections précédentes. Néanmoins, ces meetings montrent deux limites : derrière le ton gauche, l'absence d'engagements précis sur des questions clé et qui réclameront demain des mobilisations déterminées. Ainsi, l'Union Européenne -parce qu'aujourd'hui elle modère son agressivité face à la Grèce ?- n'a pas été citée jeudi comme responsable de la misère et des mesures illégales imposées au pays, et contre la politique de laquelle il faudra demain combattre par des mobilisations européennes et non pas par des négociations d'experts...

    Autre limite notable : les rassemblements de Syriza amènent du monde mais sans aucun rapport avec les rassemblements géants du Pasok dans sa période de toute puissance, et surtout bien inférieurs en nombre à Athènes au KKE, qui jeudi soir organisait aussi son meeting central à Athènes, avec au moins 2 fois plus de monde. Problème pour aujourd'hui, et encore plus pour demain ? Car à cette force militante massive, la direction du KKE n'offre qu'une perspective de sectarisme renforcé au fil des jours : Syriza et la droite c'est bonnet blanc et blanc bonnet, et il faut donc réaliser l' ''alliance populaire'', mot d'ordre central jamais explicité autrement que renforcer le KKE ! Dans le sondage cité, le KKE obtiendrait 5,5 % des voix, alors que son objectif est aujourd'hui de devenir le 3ème parti. Là encore, le résultat du vote est important : un score trop bas renforcerait les critiques qui percent contre une ligne d'isolement croissant tenue depuis des années maintenant.

    Néanmoins, ce sur quoi compte le KKE, c'est sur le sentiment assez partagé à gauche que Syriza, c'est pire que le Pasok des années 80 (on ne parle même pas des années 2000!), estimation d'ailleurs évoquée cette semaine dans un article d'Amélie Poinssot sur Mediapart. Mais comme c'est aussi à ces travailleurEs et jeunes que s'adresse la coalition anticapitaliste Antarsya, le KKE résout la difficulté en mettant Antarsya sur le même plan que Syriza !

    C'est dire la difficulté de la campagne d'Antarsya, sur les questions comme se débarrasser vraiment des politiques d'austérité -ce n'est pas le cap de la direction de Syriza- en luttant dans l'unité -contre le sectarisme du KKE ! Il est très probable que le score d'Antarsya dans ces élections -quelques-uns continuent à croire à un score élevé...- sera sûrement assez bas, mais la campagne permet de faire apparaître ce qui est une force nationale de plusieurs milliers de militantEs, implantée et impliquée dans les luttes. C'est important pour la suite qui, quoi qu'il arrive, demandera un renforcement de la gauche anticapitaliste, que celle-ci soit aujourd'hui dans ou hors Syriza.

    D'Athènes, A. Sartzekis

    Le 23 janvier 2015