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La Moldavie s’éloigne de l’UE
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Le Monde du 24 février) Incapables de s'entendre entre eux, les partis pro-européens ont ouvert la voie à un gouvernement minoritaire dépendant des communistes
La Moldavie, pays le plus avancé sur la voie des réformes du Partenariat oriental de l'Union européenne (UE) proposé aux anciennes républiques soviétiques, fait marche arrière en revenant dans le giron de la Russie. Le 18 février, ce petit pays de 4 millions d'habitants, enclavé entre l'Ukraine et la Roumanie, s'est doté d'un nouveau gouvernement. Chiril Gaburici, 38 ans, homme d'affaires controversé, s'est vu confier le poste de premier ministre par une coalition de droite qui a fait appel au soutien du Parti communiste. " Cette alliance entre une partie de la droite et les communistes envoie un mauvais signal à l'Europe occidentale, affirme Dan Dungaciu, ex- conseiller de la présidence moldave. Proposer un gouvernement minoritaire dans un pays qui se trouve à proximité d'une Ukraine en crise est irresponsable. "
Il aura fallu deux mois et demi de négociations et de querelles en coulisse pour parvenir à cette solution de compromis. Les élections législatives du 30 novembre 2014 avaient donné la victoire à trois partis prœuropéens : le Parti libéral-démocrate de Moldavie (PLDM), le Parti démocrate de Moldavie (PDM) et le Parti libéral (PL), ce dernier étant l'avocat le plus fervent de l'avancée des réformes sur la voie européenne. Ces trois formations politiques disposaient de 54 députés face aux 47 députés communistes et socialistes prorusses, une majorité suffisante pour mettre en place un gouvernement prœuropéen.
" Période très compliquée "
Mais le PLDM et le PDM n'ont pas apprécié la pression mise sur le pays par la Commission européenne, principal bailleur de fonds de la Moldavie, pour réformer la justice.
Ces deux partis ont préféré faire appel au soutien des communistes pour mettre en place le gouvernement dirigé par Chiril Gaburici. Détenteur d'une licence en économie, celui qui avait été nommé en 2008 à la tête de la compagnie de téléphonie mobile Moldcell habite une somptueuse villa dans la banlieue de la capitale, Chisinau, dirige trois sociétés commerciales prospères et aime les voitures puissantes. " Nous avons devant nous une période très compliquée, a-t-il dit à ses ministres lors de la première réunion du gouvernement qui a eu lieu jeudi 19 février. La situation géopolitique externe et interne va nous obliger à beaucoup travailler. "
Le nouveau gouvernement moldave a en effet du pain sur la planche. En politique extérieure, il va devoir trouver le bon équilibre au voisinage d'une Ukraine déstabilisée et assurer l'UE de ses bonnes intentions. Mission qui n'est pas gagnée d'avance. Sur le plan intérieur, le gouvernement de Chiril Gaburici est déjà confronté à une chute sévère des indicateurs économiques qui a provoqué ces dernières semaines l'effondrement de la monnaie nationale, le leu, face à l'euro. Pris de panique, les Moldaves ont pris d'assaut les bureaux de change pour acheter des devises fortes et mettre leurs économies à l'abri. " Ces dix dernières années, j'ai pu mettre de côté 40 000 lei et j'ai fait beaucoup de sacrifices pour faire ces économies, raconte Anatole Buga, un ingénieur de Chisinau. En décembre 2014, j'avais l'équivalent de 2 200 euros. Aujourd'hui, mes économies ne valent plus que 1 900 euros. J'ai perdu 300 euros en deux mois à cause du taux de change. " Ce qui représente une perte importante dans un pays où le salaire moyen est de 200 euros.
Les Moldaves craignent une crise économique qui risque d'annuler les avantages dont ils ont bénéficié depuis leur virage vers l'UE. En avril 2014, ils avaient obtenu le feu vert pour circuler sans visa dans l'espace Schengen. Deux mois plus tard, la Moldavie signait l'accord d'association avec l'UE. Mais avec le gouvernement de Chiril Gaburici, ce mouvement en direction de l'UE a subi un coup d'arrêt.
Le sort de ce gouvernement minoritaire dépend du soutien des communistes dont la priorité consiste à freiner l'avancée de la Moldavie vers l'UE. Le grand gagnant dans l'imbroglio politique moldave est la Russie de Vladimir Poutine, qui a réussi à maintenir la Moldavie dans sa sphère d'influence, et maintient ses positions aux frontières orientales de l'UE.
Mirel Bran




