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    Austérité sauce Syriza, c’est comme la harissa, ça pique !

    Grèce international

    Brève publiée le 24 février 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://red-and-rude.blogspot.fr/2015/02/austerite-sauce-syriza-cest-comme-la.html

    Ça y est, le gouvernement grec et l'Eurogroupe ont trouvé un accord ! 
    Le gouvernement Syriza-Anel a-t-il donc fait plier l'Union Européenne ?
    Non évidemment.
    Pour juger sur pièce, les lecteurs anglophones pourront lire l'intégralité de la lettre des réformes proposées ce jour par Tsipras à la base de l'accord.
    Nombre d'organes de la presse bourgeoise ont assez bien résumé l'accord, on se reportera par exemple à cet articledu Monde ou celui-ci des échos.

    La principale "victoire" dont se vante Tsipras et ses soutiens français serait un retour à la souveraineté du peuple grec, faisant ainsi allusion au fait que dorénavant ce ne sera plus la troïka qui dictera au gouvernement grec les réformes à mettre en place mais que l'initiative des réformes est désormais laissée à Athènes, puis à approuver par l'UE. Si cela peut donner au gouvernement grec l'impression de reprendre la main, cela signifie surtout que maintenant, le gouvernement grec n'aura plus à attendre qu'on lui impose l'austérité puisqu'il proposera lui-même les sacages sociaux qui continueront.
    De même, les partisans de Tsipras, mettent en avant les quelques lignes (la dernière page de la lettre) sur le maintien de mesures d'urgences à caractère humanitaire promises par Syriza pour venir en aide aux plus démunis. Pourtant même à ce niveau là, on remarque pas mal de disparitions dignes de l'illusionniste David Copperfield. Ainsi, l'augmentation du SMIC n'a plus de montant précis ni d'échéance précise, comme on se rappelle que les réformes devront être validées par l'UE, on doute que cette augmentation ait beaucoup de chance de s'avérer largement supérieures à l'inflation. Entre deux envolées lyriques, le 13ème mois pour les retraites les plus faibles s'est lui aussi envolé.

    Mais les plus grosses concessions ne sont pas sur les mesures précises mais bien là où l'enjeu est le plus important : sur la dynamique en cours.

    Tout d'abord, pour les quatre mois à venir, le gouvernement grec s'engage à continuer intégralement à rembourser la dette. A partir de ce moment, tout est dit, il reste à voir les moyens choisis par le gouvernement pour trouver cet argent. Tsipras et ces amis mettent en avant la lutte contre la corruption mais c'est évidemment loin d'être le seul moyen, et on voit bien que selon cet accord, demain comme hier, ce sont majoritairement les travailleurs qui devront rembourser à la bourgeoisie capitaliste la dette qu'elle a elle-même contractée. Cet article de la tendance claire du NPA, appuyé sur des citations de l'accord, résume très bien les grandes lignes de l'accord : poursuite de la casse de la sécu et des retraites, poursuite de la rigueur salariale pour les plus bas salaires du public tout en augmentant les inégalités, pratiques managériales basées sur le mérite, ne revenir sur aucune privatisation, étudier les prochaines à mettre en place, flexibilisation du marché du travail, déréglementation, compétitivité comme objectif permanent, suppressions de barrières à la libre concurrence... N'en jetons pas plus, personne ne s'étonnera qu'un tel accord ait été accepté par la troïka (qu'il ne faut plus appeler comme ça, ça fait trop ennemi, mais institutions européennes, ça ça fait partenaire !).

    Billet de banque détourné par un artiste grec dans le cadre du projet Euro Banknotes Bombing, la série complète est à voir ici.



    Parmi les analyses militantes de cet accord qui commencent à fleurir, on se penchera avec intérêt sur cette critique interne de Stathis Kouvelakis, membre du comité central de Syriza. Elle a l'intérêt de ne pas s'arrêter à une stérile accusation de trahison mais de pointer assez clairement ce qui est au cœur de cette conversion de Syriza à l'austérité la plus brutale ; le respect des institutions comme principe de base. Rappelons le encore une fois, les institutions capitalistes, créées par et pour les capitalistes ne peuvent en aucun cas êtres mises au service d'intérêts divergents des capitalistes. Mener une politique à l'encontre des intérêts capitalistes nécessite l'affrontement aux institutions capitalistes et in fine, leur destruction et leur remplacement par des institutions par et pour la majorité opprimée, le prolétariat. Cet affrontement aux institutions capitalistes, la direction de Syriza s'y refuse, jurant au contraire à chaque occasion qu'elle respectera la constitution grecque et les institutions européennes. La lettre d'aujourd'hui est un florilège d’allégeance donnée à l'UE, l'OIT, l'OCDE... S'il est encore besoin de le faire, rappelons qu'en pleine crise économique, augmenter le taux de profit et d'exploitation n'est pas seulement de l'intérêt des capitalistes mais pour eux une nécessité absolue et urgente. Toute politique menée dans le cadre des institutions capitalistes actuellement ne peut donc qu'aller dans le sens de plus d'exploitation du prolétariat et de la dégradation du rapport capital/travail, cet accord en est une illustration parfaite.
    Bien plus que de lancer d'inutiles anathèmes contre le gouvernement grec, l'urgence est à rappeler ce principe de base, les travailleurs grecs ne sortiront pas de l'austérité sans rupture avec les institutions au service de la bourgeoisie, que ce soit l'état bourgeois mais aussi les institutions internationales. Concernant l'Europe, il ne s'agit aucunement de prôner un repli national, simplement de rappeler qu'il n'y aura pas d'accord avec l'UE allant dans le sens des intérêts du prolétariat, qu'une politique sociale passe donc obligatoirement par le refus de tout accord avec l'UE, donc de facto par la rupture avec l'UE et sa monnaie.
    L'autre point nodal, c'est évidemment qu'aucune politique dans l'intérêt des travailleurs ne se mènera pour eux et sans eux. Le seul gouvernement grec est d'ailleurs bien peu de taille, quelle qu'en soit sa volonté, à tenir tête aux capitalistes. Seule la mobilisation massive du prolétariat grec et international peut faire basculer le rapport de force. Le prolétariat des pays dominants de l'UE, et donc entre autre du prolétariat français, a dans ce cadre une responsabilité particulière dans le combat contre leurs propres dirigeants. L'heure n'est donc pas à jouer les commentateurs mais à mettre toute ses forces dans la mobilisation en solidarité avec les grecs, contre nos exploiteurs communs, tout en popularisant une analyse politique anticapitaliste et proposant une démarche politique de rupture claire avec ce système. Dans ce cadre, des revendications communes (même si elles se posent avec bien plus d'acuité en Grèce qu'en France aujourd'hui) sont à mettre particulièrement en avant : annulation des dettes publiques, socialisation immédiate des banques et entreprises stratégiques, notamment dans le domaine de l'énergie, rupture avec les institutions capitalistes au premier rang desquels figurent l'UE et sa monnaie...