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    Grèce : Des réformistes sérieux l’auraient tenté

    Grèce international

    Brève publiée le 20 avril 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.npa2009.org/idees/grece-des-reformistes-serieux-lauraient-tente

    Le gouvernement Tsipras a déjà échoué et les conséquences vont être dramatiques, mais une gauche plus conséquente se maintiendra et développera en Grèce, estime l’auteur de ce texte paru le 27 février 2015 sur le site de l’organisation britannique RS211

    Il nous faut être honnêtes à propos de ce qui se passe en Grèce. 

    La direction de Syriza avait dit pendant la campagne électorale qu’en aucune circonstance elle ne sortirait de l’euro. Mais que si elle remportait les élections, elle serait en mesure de convaincre les gouvernements des autres pays européens de lui permettre d’en terminer avec l’austérité et de relancer l’économie.

    Cela s’est avéré ne pas marcher. Dès lors que Syriza avait entamé les négociations en promettant de ne pas quitter l’euro, les dirigeants des autres gouvernements ont su qu’ils pourraient l’humilier. Et c’est ce qu’ils ont fait.

    Ce n’était pas juste une question d’« Allemands ». C’était un problème de classe. Les gouvernements d’Espagne, d’Italie, de France et tout le reste se sont alignés sur le gouvernement allemand. Et la classe dirigeante grecque soutient également les « Allemands ».

    C’était totalement prévisible. En fait, beaucoup l’avaient prévu. La coalition d’extrême gauche Antarsya l’a prédit en Grèce. Antarsya affirmait que Syriza aurait à imposer un contrôle des capitaux, s’emparer des banques, faire défaut sur la dette et quitter l’euro si nécessaire.

    Ici, peut-être qu’Antarsya avait à moitié tort. Imaginez que Syriza soit entré dans les négociations en affirmant être prêt à imposer un contrôle des capitaux, s’emparer des banques, faire défaut sur la dette et quitter l’euro si nécessaire, mais en disant préférer néanmoins un compromis. S’ils avaient fait cela, ils auraient pu gagner.

    Mais Syriza aurait dû avoir la volonté d’aller jusqu’au bout, sans bluffer. Ainsi Antarsya avait peut-être à moitié tort, mais fondamentalement avait aussi raison.

    Des réformistes sérieux 
    l’auraient tenté

    Il ne s’agit pas nécessairement d’une question de réforme ou révolution. Contrôler les capitaux, ne plus avoir l’euro, s’emparer des banques et faire défaut sur la dette, ce n’est pas une révolution. Ce sont des réformes. Des réformistes sérieux l’auraient tenté. De fait, Syriza ne fait pas de réformes, mais l’opposé.

    De nombreux pays ont fait défaut sur leur dette – récemment, la Russie et l’Argentine. Beaucoup ont des contrôles de capitaux, comme Chypre ou la Malaisie. Beaucoup ont pris le contrôle des banques, comme la Suède.

    Le contrôle des capitaux peut être imposé en cinq minutes. Ce que vous faites est de fermer les banques et d’arrêter toutes les transactions pendant que vous élaborez des règles détaillées. Roosevelt a fermé toutes les banques américaines pendant plusieurs semaines quand il est arrivé au pouvoir en 1933. Pendant la révolution iranienne, les travailleurs des banques ont interrompu les mouvements financiers vers l’étranger. En Grèce, les travailleurs des banques ont un syndicat radical. C’est parfaitement faisable.

    Beaucoup de gens disent cependant que Syriza n’aurait pas remporté l’élection s’il n’avait pas promis de rester dans l’euro. C’est vrai, mais des gens auraient voté pour ce Syriza-là. En particulier si tous les dirigeants de Syriza avaient consacré des mois à convaincre patiemment les gens, au lieu de leur dire qu’un Grexit était impensable. De plus, personne n’aurait voté pour ce que la direction de Syriza a réellement fait.

    Mais, disent certains, nous ne devrions pas écouter Antarsya parce que ce sont des « sectaires ». Après tout, ils n’ont pas rejoint Syriza et se sont présentés contre lui aux élections.

    A ce moment, Antarsya affirmait devoir rester séparé parce que sinon sa coalition éclaterait. Huit organisations en faisant partie, c’est probablement vrai.

    Surtout, je ne crois qu’ils auraient pu rejoindre Syriza et continuer à dire en public que la stratégie de Tsipras n’allait pas fonctionner et qu’il allait s’effondrer. Après tout, il y a une gauche dans Syriza et beaucoup de ses dirigeants, qui pensaient cela, ne l’ont pas dit en public – même si maintenant ils le disent en public.

    Une force organisée pour appeler à la résistance

    Il est également très important qu’il existe aujourd’hui en Grèce une force organisée qui puisse appeler à des actions de protestation et à la résistance. Cela doit être contre la politique du gouvernement et contre Tsipras, ou alors ça n’a pas de sens. Antarsya appelle à descendre dans la rue. Ils peuvent le faire parce qu’ils restent séparés et organisés. Cela crée un pôle d’attraction, qui renforce la gauche de Syriza. Cela veut aussi dire que la gauche dans Syriza sera plus disposée à combattre, parce que si elle ne le faisait pas ce sont d’autres qui prendraient la direction.

    Il nous faut être honnêtes, et mesurés, à propos de ce qu’Antarsya représente. Ils ont obtenu deux tiers d’un pour cent des voix. C’est en partie parce que leur résultat a été écrasé par les gens qui voulait assurer la victoire de Syriza dans un scrutin serré. Mais cela reste un très un très petit résultat. Peut-être que leur soutien réel atteint deux ou trois pourcents. Parmi les militants, les étudiants et les syndicalistes, la proportion prête à travailler avec eux est plus élevée. Maintenant, elle va augmenter. Le soutien est limité, mais réel.

    Cela signifie cependant, à l’évidence, que tous les appels à des actions de protestation, manifestations ou grèves doivent être des appels conjoints. Ce serait une folie de dire qu’Antarsya devrait maintenant remplacer Syriza. Les partisans de la gauche de Syriza, du Parti communiste (KKE) et d’Antarsya doivent au contraire agir ensemble, ce qui mobilisera une fraction bien plus large des électeurs de Syriza.

    Bien sûr, qui connaît la gauche grecque sait aussi que vouloir des manifestations et actions de protestation organisées formellement dans l’unité est peut être un peu trop demander. Mais il suffit d’actions le même jour dans les centres-villes, appelées séparément par Antarsya, le Parti communiste et la gauche de Syriza. Ceci serait le début de la résistance.

    Nous devons être clairs à propos de certaines choses qui vont se produire. La direction de Syriza va imposer l’austérité. La majorité des députés de Syriza soutient Tsipras. L’austérité ne sera pas une question abstraite de positionnement politique. Beaucoup de gens en Grèce vont maintenant chercher leur nourriture dans les décharges, et beaucoup de gens très malades n’ont pas de soins médicaux. L’austérité sera vécue. Les gens haïront tout gouvernement qui l’imposera.

    Cela signifie que dans les prochaines élections Syriza sera pulvérisé. Cela signifie aussi que Syriza scissionnera – pas immédiatement, mais il scissionnera.

    Syriza peut-il s’attendre à un mouvement européen de solidarité ? Non. La solidarité de masse va aux gens qui luttent, sont forts, confiants et défiants. Mais si une résistance de masse surgit en Grèce, alors il y aura une solidarité.

    Cela signifie-t-il que la résistance sera facile ? Non. La défaite de la stratégie de Tsipras en démoralisera beaucoup. Le fait que cette défaite sera abjecte, et que Tsipras continuera de mentir, en démoralisera davantage. Les gens sont épuisés – littéralement, ce n’est pas une métaphore politique. Et beaucoup sont terrifiés à l’idée de quitter l’euro.

    D’un autre côté, les gens ont voté pour le changement. Ils veulent désespérément un changement. Et aujourd’hui nous ne savons rien du résultat. La seule stratégie réaliste est d’espérer et de combattre. Et si le résultat est la défaite, au moins une partie de la gauche grecque aura-t-elle tenu ensemble, dit aux gens la vérité telle qu’elle la comprenait, et aura vu son orientation confirmée par les événements.

    Cette partie de la gauche se développera, de deux façons. Formellement, il y aura probablement des regroupements avec des scissions de Syriza. Et, au moins aussi important, il y aura une unité informelle bien plus large dans la rue, sur les lieux de travail, dans les écoles et universités.

    Il y aura ainsi une alternative à l’extrême droite. Lorsque Syriza s’effondrera, il restera une gauche, formelle et informelle, qui sera digne, défendra une alternative et sera visible à l’échelle nationale.

    Il y aura aussi pour nous autres une leçon de choses, afin de nous permettre de ne pas refaire les mêmes erreurs que Tsipras.

    Jonathan Neale

    • 1.Pour « Socialisme révolutionnaire du 21e siècle », l’organisation fondée il y a un an par les militants démissionnaires du SWP. Le texte anglais, http://rs21.org.uk/2015/02/27/be-honest-..., a été traduit par Jean-Philippe Divès. Les intertitres sont de notre rédaction.