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    Grèce: non sens

    Grèce international

    Brève publiée le 10 juillet 2015

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0445.html#deb


    Gesticulations indigestes. Seul le vent strictement égéen est un peu tombé. Été, toujours et largement grec. Le peuple par contre, ne décolère pas. Sentiment largement partagé devant l’accord qui se profile, le mémorandum... du ‘NON’ serait en gestation entre nos Tsipriotes et les Troïkans. “Tout cela alors pour rien ?”, lance un vieillard dans un café. La mouvance Gauche de SYRIZA prend ses distances. Chaos et attentismes.

    Depuis le port. Méthana, le 9 juillet


    Seul le vent de la météo est incontestablement tombé. Dans la presqu’île de Méthana, les restaurateurs dénoncent la diminution drastique des rotations des ferrys depuis le Pirée. Les rotations effectuées en semaine ont été toutes supprimées, celles entre vendredi et dimanche ont été maintenues uniquement. “Manque de carburant”, avancent alors les armateurs sauf que personne n’y croit. Les rumeurs courent, “Hellenic Seaways aurait vendu ses bateaux par surprise”, entend-on au café du petit port. Rumeurs, chaos et attentismes.

    Vendredi matin (10 juillet), on croit savoir davantage du nouveau plan proposé par le gouvernement grec. “‘Un programme sérieux et crédible’. C’est en ces termes que le président de la République François Hollande a qualifié vendredi 10 juillet le nouveau plan de réformes proposé jeudi 9 juillet par la Grèce à ses créanciers. ‘Ils montrent une détermination à rester dans la zone euro, les discussions doivent reprendre avec une volonté de conclure’, a-t-il ajouté”, d’après le reportage de la presse européiste (Le Monde du 10 juillet).

    Panagiótis Lafazánis (ministre de la Restructuration de la production, de l’Environnement et de l’Énergie) de la mouvance Gauche de SYRIZA, ne s’est pas associé au texte adopté hier (jeudi) au Conseil des ministres. De même que Panos Kamménos (parti souverainiste ANEL et ministre de la Défense). “Toute tentative d'annulation de la volonté populaire afin de renverser l'austérité et le mémorandum, relève de l'Hybris, au sens grec ancien du terme”, peut-on lire dans un texte de Státhis Kouvelákis, publié sur le site internet de la mouvance Gauche de SYRIZA. 

    Le 'NON' pour la Démocratie et pour la dignité. Affiche SYRIZA d'il y a une semaine. Port de Méthana
    Le 'NON' a écrit l'histoire, le 'OUI' la trahison. Péloponnèse, juillet 2015


    Le texte de l’Hybris... et de ce nouveau mémorandum III, lequel devrait durer trois ans, sera discuté en urgence au Parlement, avant ce dimanche. La logique... chronométrique de cette décision relève plutôt de l’ultimatum renouvelé des Troïkans (et des élites de l’Allemagne), et non pas, de celui du peuple grec (et de nombreux autres peuples en Europe il faut le souligner).

    Costas Arvanítis, au micro de la radio 105,5 (SYRIZA), précise... à sa manière certaines positions: “Je ne suis pas un partisan du retour à la drachme. Je n'ai jamais été favorable d’ailleurs... aux monnaies nationales” (vendredi matin 10 juillet). Pour mes amis de la mouvance Gauche de SYRIZA (Lafazánis) la situation est explosive. “Certains ministres peut-être, démissionneront”, me disent-ils. Le système complote à plein régime pour annuler l’esprit et la lettre du référendum grec et autant, pour expulser du gouvernement, Lafazánis et Kamménos, pour les remplacer par ses pions. Comme par hasard, Stávros Theodorakis, chef du parti collaborationniste (de la Rivière), initié par Bruxelles et par Berlin, est de nouveau à Bruxelles (10 juillet), où il... échange avec Jean-Claude Juncker.

    L’Hybris donc. Bref rappel: “L’hybris est une notion grecque que l'on peut traduire par ‘démesure’. C'est un sentiment violent inspiré par les passions, et plus particulièrement par l'orgueil. Les Grecs lui opposaient la tempérance, et la modération. Dans la Grèce antique, l’hybris était considérée comme un crime.”. 

    Local SYRIZA, île d'Égine, juillet 2015
    Préparations et travaux. Égine, juillet 2015


    Les hommes politiques du PASOK et de la Nouvelle démocratie, cette vraie pègre ayant gouverné depuis la fin de la dictature des Colonels, sont plus ridicules que jamais. Avant le référendum, ils hurlaient haut et fort, qu’une victoire du ‘NON’ est synonyme de GREXIT, voire, de la sortie de la Grèce de l’UE, aujourd’hui, Meimarakis - chef par intérim de la Nouvelle Démocratie après la démission de Samaras - déclare que le ‘NON’ grec est d’abord issu de la volonté grecque de rester dans l’Euro. C’est insultant, ces gens nous prennent alors pour des... cons, ils devraient être jugés sur la place publique, basta. Nous avons dit ‘NON’ jusqu’au bout et contre l’euro. Leur Europe peut alors périr !” Paroles d’une femme proférées dans un café à Méthana (9 juillet).

    Yannis Miliós, économiste (démissionnaire du Comité de politique économique SYRIZA) et eurodéputé remplaçant Manólis Glézos (après sa récente démission de son mandat) au Parlement européen, ne dit presque pas autre chose dans son article “Plébéiens contre Patriciens”:

    Le référendum de 2015 était d’abord cet effort pour aller de l'avant, en raison de l'impasse de la gestion du gouvernement, et particulièrement, de la stratégie de négociation dans le cadre du néolibéralisme. Compte tenu cependant de l’existence silencieuse d'un contrat social avec les plébéiens, le référendum révèle ainsi toute cette contradiction, à savoir, le schisme au sein des sociétés modernes et autant, le refoulé de la gestion gouvernementale. C’est ainsi que cette masse populaire en ébullition a pu être engendrée sur la place de la Constitution.” 

    Figures du Théâtre d'ombres et titres de la Bourse d'antan. Bazar d'Athènes, 2015


    Ce cri des masses, cette affirmation alors immédiate de leur réponse, autrement-dit tout leur désespoir exprimé face à un ‘Mémorandum de gauche’ qu'ils perçoivent comme signifiant... la pierre tombale de leurs revendications sociales et de leur espoir d’avoir une vie acceptable, tout cela, libère la part ‘pas encore mûrie’ des revendications sociales, portion sociétale alors clairement exclue des négociations entre la Grèce et la Troïka”.

    Le référendum, et autant le mouvement de la foule, ont démontré que face au gouvernement, la désintégration de son ‘l'unité nationale’ s’accélère, celle formée par... SYRIZA ‘mûri’. Les questions et les craintes sur 6 Juillet, le jour où ce texte est écrit, mais aussi celles des prochaines semaines demeurent et demeureront nombreuses. Il y d’abord la peur ressentie par les masses quant aux menaces d'effondrement, devant l’asphyxie économique du pays et, finalement, devant la probabilité d’imposer des scénarii de type Papadémos... réchauffé (Premier ministre-banquier, imposé par Angela Merkel en 2011). Mais il y également, la panique tant visible de la bourgeoisie et des gestionnaires politiques face à la ‘rue’, dans une perspective d'une réaction populaire prolongée en Grèce, puis, de la propagation du mouvement en Espagne et ailleurs”.

    En réalité, la dynamique du ‘NON’ est désormais autonome des plans et des scénarii des gouvernements. C’est une fente qui peut entraîner des effets subversifs, en dépit de l'entreprise qui consiste à minimiser les divisions sociales, cela, depuis la convocation du Conseil des chefs politiques. Ce qui nous importe, tient de l’éveil et de la mobilisation populaire, car les intérêts refoulés et frustrés des masses dites subalternes, redoivent se cristalliser à travers une stratégie de rupture frontale et efficace, contre les intérêts de l'oligarchie du pays.” 

    Titres de la Bourse d'antan. Bazar d'Athènes, 2015
    Pas de vent. Le 9 juillet
    Bateau de pêche. Méthana, le 9 juillet


    Ce vendredi soir (10 juillet), le collectif du ‘NON’ appelle à manifester de nouveau place de la Constitution. “Ils font semblant de ne pas avoir entendu notre 'NON' de dimanche dernier Nous exigeons le respect de la décision du peuple grec. Nous exigeons le respect de la démocratie et du droit. Ils ont peu de temps devant eux pour annuler leur dernier ultimatum. Et si ces gens n’ont pas compris dimanche dernier, nous ne céderons devant aucun chantage ni menace, et nous ne rigolons pas” .

    La grande histoire, forcement du futur, retiendra qu’Alexis Tsípras a pour la première fois réussi à reprendre le fil de la politique dans cette UE... club sandwich du totalitarisme financieriste grimpant et du continent grippé. Pour le reste, c’est peut-être moins... flagrant. 

    Thucydide, ‘Histoire’. Texte original et traduction en grec moderne. 2015


    C’est certainement aussi le moment de réviser un peu son... Thucydide. D’abord il y a ce que l’on pourrait appeler le réalisme politique de Thucydide, ces questions du droit et de la force, superbement analysées dans l’œuvre de Castoriádis et de Luciano Canfora, alors lectures du rapport entre la justice et l’intérêt dans le débat de Mytilène, de Platées et surtout dans le dialogue des Méliens et des Athéniens.

    Histoire antique et historicité de toujours. Été...largement grec. Seul le vent strictement égéen est certainement tombé. Confusions, luttes et attentismes. Pour certains seulement, il s’agit de se mettre à l'ombre et sentir les courants atmosphériques. 

    Pour certains seulement... se mettre à l'ombre. Méthana, le 10 juillet