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Mois d’août compliqué pour Tsipras
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Après un mois de juillet difficile, la crise continue à frapper fortement la Grèce. Dans la torpeur estivale, le gouvernement continue à devoir faire face à d’importantes difficultés, avec une chute historique de la Bourse d’Athènes, les négociations à venir avec la Troïka et une situation sociale complexe qui pourrait réserver plus de surprises pour la rentrée.
Laura Varlet, correspondance d’Athènes
Chute historique de la Bourse d’Athènes et négociations avec la Troïka pour le troisième « sauvetage »
Lundi 3 août, la Bourse d’Athènes a ouvert avec une chute historique de 22,83 %, comme on ne l’avait pas vu depuis des décennies. La Bourse avait fermé sur ordre gouvernemental le 26 juin, un jour avant que le Premier ministre Alexis Tsipras n’annonce le référendum qui s’est finalement tenu le 5 juillet. Cette fermeture, qui a duré cinq semaines, a été la plus longue depuis les années 1970. De son côté, la Commission européenne a oublié des statistiques confirmant que la Grèce est à nouveau entrée en récession en 2014 avec une contraction située d’entre 2 et 4%.
Le dévissage de la Bourse d’Athènes exprime clairement les doutes et l’incertitude qui règne malgré l’accord scellé entre Tsipras et la Troïka le 13 juillet et qui prévoit l’ouverture des négociations entre les deux parties sur le troisième sauvetage de 86 milliards d’euros.
Les négociations s’annoncent très compliquée pour Tsipras, notamment en ce qui concerne la dette grecque.Certains créanciers considèrent que la dette ne peut pas être remboursée en l’état et qu’il faut parler clairement d’une restructuration. C’est le cas du Fonds Monétaire International, de la Banque centrale européenne, et même du gouvernement français. Le problème, c’est que pour Berlin, dont le poids est central dans les négociations et au sein de l’Union européenne, cela reste une question taboue.
D’autre part, il n’est pas sûr que Tsipras parvienne à mettre en place les mesures d’austérité. Beaucoup de militants affirment ces jours-ci que l’ampleur de l’attaque que Tsipras doit imposer afin d’obéir à la Troïka est trop importante. On commence déjà à sentir l’augmentation de la TVA et ses effets sur les prix des produits de première nécessité. Beaucoup pensent que la situation sociale deviendra plus conflictuelle après l’été avec la possibilité de nouvelles explosions et mobilisations en réponse à l’application concrète du mémorandum et des politiques d’austérité, une attaque brutale contre les conditions de vie des travailleurs et des couches populaires en Grèce.
Par ailleurs, Tsipras est pressé de conclure le troisième sauvetage le plus tôt possible, vers la mi-août. Un congrès de Syriza doit, en effet, se tenir en septembre, au cours duquel devrait se définir l’avenir de la coalition gouvernementale et l’avenir du parti, si la majorité approuve ou non les négociations entamées par Tsipras auuprès de la Troïka.
Mi-août est le dernier des délais possibles après que Tsipras a réussi à manœuvrer lors du dernier Comité central du parti, jeudi dernier, évitant ainsi un congrès extraordinaire avant la signature de l’accord qui aurait pu délégitimer sa position à la table des négociations.
La situation est encore ouverte et on ne peut pas exclure un scénario dans lequel Tsipras se voit obligé d’appeler à des élections anticipées. Autrement dit, une incertitude totale.
Réformes, licenciements et grèves en plein été : que se passera-t-il dans la seconde moitié de l’année ?
Vers la fin du mois de juillet, le ministre de l’Éducation Aristides Baltas a annoncé que le gouvernement préparait une réforme afin d’augmenter de deux heures la semaine du travail dans le secteur. L’annonce a déjà suscité de vives réactions de la part d’OLME, le syndicat des enseignants, qui a clairement déclaré que les profs n’étaient pas disposés à soutenir de nouvelles coupes et qu’ils avaient déjà fait assez d’efforts au cours des dernières années.
De leur côté, les contrôleurs aériens ont annoncé une possible mobilisation face à l’éventuelle adoption des régulations européennes qui prévoient de nouvelles attaques contre leurs conditions de travail. Enfin, à la chaîne privée Antenna 1, on vient d’apprendre ce jours-ci le licenciement d’une cinquantaine de 50 travailleurs, parmi des personnels administratifs, techniques et des opérateurs. Aujourd’hui, ils sont en lutte pour la réintégration des travailleurs licenciés.
Il s’agit-là peut-être des signes avant-coureurs d’une plus grande conflictualité sociale dans une Grèce agitée devant les nouvelles attaques qui se préparent contre les travailleurs et les couches populaires. Au cours de la prochaine période, dans le contexte d’une expérience accélérée avec le gouvernement « de gauche » dirigé par Syriza, on pourrait commencer à entendre de nouveau les voix des travailleurs et des jeunes en lutte, dans une Grèce qui est déjà passée par plus de 30 grèves générales depuis le début de la crise.
La question difficile à laquelle il s’agit de répondre consiste à savoir si les travailleurs de l’éducation, des services, des chantiers navals, du tourisme, les chômeurs et tous ceux qui sont visés par les attaques, aux côtés de la jeunesse et du mouvement étudiant, réussiront à tirer les leçons de ce qui s’est passé ces derniers mois. Mettre sur pied et en mouvement une force sociale qui propose de se doter d’un programme et d’une stratégie qui permettent de faire face non seulement à la Troïka et aux gouvernements européens, mais aussi aux projets du gouvernement de Syriza lui-même et aux capitalistes grecs, sera essentiel dans la période à venir.




