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D’où vient l’idée de "capital universel" proposée par Hollande ?
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
François Hollande entend proposer un capital universel, plutôt qu'un revenu, accordé à tout citoyen arrivant à la majorité. Une idée qui remonte à Thomas Paine.
La surenchère a commencé. Manuel Valls, candidat putatif, caresse-t-il l'idée d'une fusion des allocations minimum packagée en "revenu universel" ? François Hollande, selon nos informations, entend monter la barre plus haut avec un "patrimoine universel" : une somme d'argent à laquelle on aurait droit, à l'arrivée à l'âge adulte.
Voici ce qu'il a confié :
"Plutôt que de dire qu'on va verser à tout le monde un revenu qui suscitera sarcasme ou ironie, je défends l'idée qu'on doit tous avoir un patrimoine de départ. Chacun doit avoir droit à un prêt initial garanti par l'Etat, pas un don. Chacun l'utilisera comme il veut. Ce prêt, qui permettra d'acquérir un logement ou autre chose, sera pour beaucoup la condition pour s'en sortir."
L'emploi du mot "prêt" devra être précisé. S'il ne s'agit que d'un simple prêt bancaire garanti par l'Etat, la révolution proposée par le chef de l'Etat sera mince. Ce type de prêtexiste déjà, jusqu'à 15 000 euros, pour les étudiants français ou européens âgés de 18 à 28 ans.
Paine et l'héritage pour tous
L'idée n'est pas nouvelle. En réalité, elle est plus ancienne que celle du revenu universel, si l'on considère, comme on le fait habituellement, que Thomas Paine est à l'origine de tous ces débats. Car le philosophe britannico-franco-américain n'a pas suggéré un revenu pour tous, mais bien un capital pour tous.
Dans "la Justice agraire" (publié en 1797), où il dessine une forme de communisme, il explique que la charité ne suffira jamais à chasser la misère. Elle peut "satisfaire sa conscience, mais pas son cœur". Il faut organiser la civilisation comme un "système de poulies", afin que "tout le poids de la misère" disparaisse. Paine propose une sorte d'héritage pour tous, permettant de démarrer dans la vie :
"Quand un jeune couple commence dans le monde, la différence est extrêmement grande s'ils commencent avec rien ou avec 15 livres chacun. Avec cette aide ils pourraient acheter une vache, et des instruments pour cultiver quelques acres de terre ; et au lieu de devenir des fardeaux pour la société, ce qui est toujours le cas quand les enfants sont produits plus rapidement qu'ils peuvent être nourris, ils seraient mis en position de devenir des citoyens utiles et profitables. Les domaines nationaux se vendraient aussi mieux si des aides pécuniaires étaient fournies pour les cultiver en petits lots."
Il propose donc d'accorder une somme d'argent à tout citoyen arrivant à l'âge de vingt-et-un ans. Le principe qui sous-tend l'idée est libéral : c'est celle de l'égalité des chances. Mieux vaut distribuer une fois pour toute une canne à pêche, plutôt qu'un poisson par jour.
Atkinson, nouveau héraut de l'idée
Aujourd'hui, l'idée est reprise par l'économiste anglais Anthony Atkinson, qui a suggéré de répartir le fruit de l'impôt sur les successions entre tous les citoyens. Il l'expliquait ainsi dans un entretien récent à "Libération" :
"Tout le monde ou presque est favorable à l’égalité des chances. Si c’est le cas, cela suppose une relative égalité face à l’héritage et les transmissions de patrimoine réalisé de son vivant. C’est pourquoi, je me prononce pour une dotation en capital. En soi, c’est une vieille idée. John Stuart Mill estimait en 1861 que l’Etat doit favoriser la répartition des richesses plutôt que leur concentration. Je propose que les recettes, issues de la taxation des héritages et de tous transferts de richesses, soient affectées à un fonds pour financer un héritage minimum universel, distribué à tous, à l’âge de 18 ans. L’héritage minimum permettrait de promouvoir l’égalité des chances."
Le modèle Akerman-Alstott
A la fin des années 1990, deux professeurs américains de Yale, Bruce Arnold Ackerman et Anne Alstott, ont publié un livre, "The Stakeholder Society" pour défendre l'idée de Thomas Paine. Ils suggèrent d'accorder à tout citoyen américain, à ses 21 ans, une somme de 80 000 dollars (qui correspond au coût moyen des études à cette époque). Leur idée étant de corriger le fonctionnement du capitalisme, qui pousse à l'accroissement des inégalités, mais sans le détruire.
Certains auteurs, comme Stuart White, professeur à Oxford, ont toutefois critiqué l'idée de Ackerman et Alstott, considérée comme peu égalitaire, du fait des disparités se savoir-faire vis-à-vis de la finance : les jeunes gens certaines familles et certains milieux sauront placer leur capital et le faire fructifier, alors que d'autres, dans des milieux plus modestes, risquent de mal le gérer voire de le dilapider. Pour que l'idée fonctionne, il faudrait donc au moins prévoir une formation spécifique.
Un revenu universel déguisé ?
L'idée de capital universel est-elle très différente de celle du revenu universel ? Pas tant que cela. Il suffit de placer le capital reçu à sa majorité pour en dégager des intérêts mensuels, et donc un revenu. Et ce qui fait l'originalité du revenu universel, son inconditionnalité (pas de critères, pas de contreparties, pas de contrôle...) peut très bien s'appliquer à la distribution d'un capital de départ.
Mais le risque, en choisissant de distribuer ce capital sous forme de prêt plutôt que de don, est de réintroduire des contrôles bureaucratiques sur l'usage qui en sera fait.




