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Un inspecteur du travail suscite la colère d’employeurs et d’élus… communistes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Un inspecteur du travail est accusé par une pétition de générer « un stress intolérable pour les employeurs, leurs collaborateurs et un surcroit de travail préjudiciable à nos entreprises ». La pétition, signée par une trentaine de direction d’entreprises, avait été remise le 5 décembre dernier au directeur de l’inspection du travail de Seine maritime. Les signataires lui demandent « d’intervenir, dans les plus brefs délais, pour faire cesser cette situation ». « Il arrive que les employeurs passent des coups de fils à nos directions, voire aux préfets, pour leur parler d’un agent qu’ils trouvent trop "embêtant". Mais une telle pétition, avec près de trente signatures, c’est extrêmement rare. Surtout pour faire virer un collègue de son secteur d’intervention », s’étonne Gérarld Le Corre, inspecteur du travail syndiqué à la CGT.
Mise en demeure à cause d’une substance cancérogène
Ces employeurs auraient-ils été harcelés par un fonctionnaire trop tâtillon ? Selon la CGT, l’initiateur de la pétition serait l’entreprise Nemera, située sur la commune du Tréport, et spécialisée dans la fabrication de récipients pour l’industrie pharmaceutique, tels que les sprays ou les inhalateurs. En août 2016, Nemera est mise en demeure par l’inspecteur du travail qu’elle dénonce. En cause : le formaldéhyde, une substance cancérogène, qui s’échappe de ses machines de production. L’entreprise dispose alors d’un an pour installer un système de "captation à la source" du formaldéhyde.
« Il faudrait installer un réseau de gaines qui arriveraient au plus près de la source d’émissions de polluants, décrit Gérarld Le Corre. C’est à dire à l’endroit où l’on injecte le plastique chaud dans le moule, et à l’endroit où on le démoule. » Sollicitée par Basta ! sur la faisabilité de cette installation, et sur son coût, l’entreprise Nemera a indiqué qu’elle ne souhaite pas communiquer sur cette question. Un guide de l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) dédié aux ateliers de plasturgie, et pour lequel la fédération de la plasturgie a été consultée, fait état de plusieurs entreprises ayant mis en œuvre ce genre d’installation.
Deux maires communistes au secours de... l’employeur
Le 7 mars dernier, l’entreprise Nemera a reçu le surprenant soutien des deux maires PCF de Dieppe et du Tréport, qui adressent un courrier à la Préfète. Ils demandent la tenue d’une table ronde rassemblant la médecine du travail, l’inspection du travail, les représentants de la Carsat, les maires, les représentants du personnel... « Les préfectures n’ont aucune compétence en matière d’inspection du travail ! Ce courrier, signé de deux mairies communistes représente un appui considérable pour l’entreprise Nemera. La peur de l’emploi joue à plein », déplore Gérald Le Corre.
« Les informations que l’employeur met en avant sur le respect des normes de rejet nous paraissent dignes de crédit » , argumentent les maires dans leur courrier, insistant par ailleurs sur l’important renouvellement de l’air mis en place dans l’entreprise. « Il n’empêche que les salariés restent dans un environnement pollué. Il ne s’agit pas de dire que l’entreprise n’a rien mis en place pour la santé de ses salariés. Simplement, ils sont passés à côté d’une règlementation importante, qui date de 1987, et qui impose de privilégier la captation à la source des émissions de formaldéhyde », explique Gérald Le Corre.
Deux millions de salariés exposés à des cancérogènes
Un salarié qui travaille dans la plasturgie n’est pas uniquement exposé au formaldéhyde. D’autres toxiques sont présents sur les presses et dans les produits de nettoyage des presses. Chaque jour, chaque salarié respire donc plusieurs agents toxiques. Même si les valeurs limites d’exposition professionnelles sont respectées pour chacune des molécules toxiques présentes, les risques de « poly-exposition » – l’effet cocktail – impose de réduire au maximum la présence de ces produits.
Pour le moment, et contrairement à ce qui s’est passé lors de l’affaire Tefal, l’agent de l’inspection de Seine maritime bénéficie du soutien de sa direction. « On espère que le ministère va confirmer la mise en demeure de Nemera, avance Gérarld Le Corre. S’il l’annule, on risque un recul de plusieurs décennies pour la prévention des risques professionnels. » En France, 10% des salariés – soit plus de deux millions de personnes – sont exposés quotidiennement à au moins un produit chimique cancérogène.
Le 30 mars dernier, une lettre ouverte a été envoyée à la ministre du travail Myriam El-Khomri par la CGT [1] pour dénoncer les pressions sur les inspecteurs du travail, notamment en Seine maritime. Ce genre de comportement est « malheureusement rendu possible par un contexte politique particulier, celui d’un gouvernement qui ne cesse de s’attaquer aux droits des travailleurs », y écrivent les syndicalistes.
Notes
[1] La lettre ouverte a été signée par l’UD 76, la FD CGT Chimie et le SNTEFP CGT (Syndicat national des agents du Ministère du travail).




