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Mali : État déliquescent et état de guerre
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
https://npa2009.org/actualite/international/mali-etat-deliquescent-et-etat-de-guerre
Vendredi 9 juin, la mort de quatre casques bleus guinéens à Kidal – dans le nord-est du Mali – vient rappeler que la violence djihadiste est loin d’être épuisée dans cette partie du Sahel.
Les soldats des Nations unies ont été tués dans une attaque au mortier contre un camp de la Minusma, la troupe des Nations unies pour le Mali. Elle a été revendiquée par le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans », une nouvelle alliance de groupements djihadistes qui a prêté allégeance au réseau Al-Qaïda.
C’est surtout la déliquescence et le discrédit croissant frappant l’État malien, dans un contexte d’inégalités sociales persistantes et de corruption galopante, qui favorisent l’implantation continue de groupes djihadistes. Le président en exercice, Ibrahim Boubacar Keïta (« IBK ») – élu en 2013 alors qu’il portait un espoir de changement dans une partie importante de la population – partage aujourd’hui l’impopularité de son grand ami François Hollande...
Le 9 juillet, il souhaite faire voter la population sur un projet de modification du texte constitutionnel qui créerait un Sénat, inexistant jusqu’ici, et dont le chef de l’État nommerait une partie des membres. Mais de larges secteurs de la population considèrent qu’il y aurait plus important à faire dans un pays où, il y a trois mois, la santé publique était en grève « dure » pendant plus d’un mois (alors que les impayés de salaires des médecins et autres personnels des hôpitaux atteignaient plusieurs mois...), et que des patients mouraient dans l’attente d’une opération urgente. Et ce vendredi 9 juin, un rassemblement d’opposantEs à la modification constitutionnelle et au référendum a été dispersé par la force dans la capitale Bamako.
Et toujours la Françafrique...
Il serait en effet urgent de redonner un espoir à une population dont une partie a sombré dans la désespérance politique. Au lieu de cela, le pouvoir français mise sur un accompagnement militaire accru en vue de faire reculer les forces djihadistes dans le nord du pays (où mi-mai à Taghlit, celles-ci ont lapidé un couple non marié). Des forces largement rejetées par la population malienne mais qui profitent du vide institutionnel et politique laissé autour d’elles.
Après celle à Angela Merkel à Berlin, la deuxième visite d’État de Macron l’a donc conduit le 19 mai à Gao (au nord du Mali) chez les troupes françaises. Initialement baptisée « opération Serval », l’intervention militaire française au Mali avait commencé en janvier 2013. Puis le départ de la plupart des troupes a été promis pour la fin de la même année... Or, devant la recrudescence des incursions djihadistes, cette opération a été supplantée en 2014 par la force « Barkhane », environ 4 000 soldats, et étendue cette fois-ci à toute la partie occidentale et centrale de la bande Sahel (son QG se trouve à N’Djamena au Tchad).
Depuis la visite de Macron au Mali, un renforcement de la militarisation de la zone du Sahel a été annoncé, avec des armées africaines dans le rôle de forces supplétives. Et c’est officiellement la France, et pas un État africain, qui a annoncé le 6 juin au Conseil de sécurité des Nations unies la création d’une nouvelle troupe de 5 000 soldats issus de cinq États africains pour « combattre les djihadistes et les trafiquants de drogue ». Le texte qui légitimera le déploiement de cette troupe a cependant été bloqué, les USA (et accessoirement les Britanniques) refusant de contribuer à son financement, alors que la Russie et la Chine appuyaient le projet. Et vendredi dernier, le gouvernement français a donc dû présenter une nouvelle version du même texte, mettant davantage l’accent sur la menace djihadiste...
Bertold du Ryon




