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Les dessous de la disparition d’une guerre secrète de la CIA en Syrie

Syrie USA

Lien publiée le 21 août 2017

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Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

http://www.les-crises.fr/les-dessous-de-la-disparition-de-la-guerre-secrete-de-la-cia-en-syrie-a-un-milliard-de-dollars/

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

Des avions de guerre et du personnel militaire russes sur une base aérienne aux abords de Lattaquié en Syrie, l’année dernière. Les bombardements russes ont contribué à la déliquescence d’une armée rebelle soutenue par la CIA. Crédits : Ministère de la Défense russe, via European Pressphoto Agency

WASHINGTON — L’une des missions secrètes de la CIA, parmi les plus chères de son histoire, a connu une fin brutale.

Au cours d’une réunion à la Maison-Blanche au début du mois dernier, Mike Pompeo, le directeur de la CIA, a recommandé au président Trump d’arrêter d’armer et d’entraîner les rebelles syriens, un effort poursuivi durant quatre années. Le président a rapidement mis fin au programme.

L’armée rebelle était alors une coquille vide après plus d’une année passée sous les bombardements de l’aviation russe et confinée dans des recoins de la Syrie, de plus en plus réduits, que les troupes gouvernementales n’avaient pas encore reconquis. Pendant des années, des voix se sont élevées, au sein du Congrès, pour protester contre les coûts engagés – plus d’un milliard de dollars sur toute la durée du programme. En outre, des rapports selon lesquels des armes fournies par la CIA avaient fini entre les mains d’un groupe rebelle lié à al-Qaïda ont davantage sapé le soutien politique apporté à ce programme.

Même si M. Trump a été l’objet de critiques avançant qu’il mettait fin au programme dans le but d’acheter ainsi les faveurs du président russe Vladimir Poutine, le soutien apporté aux rebelles était jugé douteux aussi bien sous la présidence de Trump que sous celle d’Obama – une convergence d’opinions rare sur la politique de sécurité intérieure.

Le programme de la CIA, était l’un des plus chers soutien en armes et en entraînement à des rebelles depuis le programme de soutien de l’agence aux moudjahidin en Afghanistan dans les années 80. Son arrêt a contraint à un bilan de ses réussites et de ses échecs. Ses opposants disent que ce programme a été aventureux, cher et inefficace. Ses partisans, qu’il était trop encadré, et que ses réussites sont remarquables, au vu des restrictions imposées à l’administration Obama dès le début, ce qui, arguent-ils, est la cause de son échec.

Le programme a eu ses heures de réussite, notamment en 2015 avec l’usage par les rebelles de missiles antichars fournis par la CIA, et les forces dirigées par l’Arabie saoudite en Syrie du Nord. Mais fin 2015, l’offensive militaire russe en Syrie était ciblée principalement sur les combattants soutenus par la CIA qui faisaient face aux troupes gouvernementales syriennes. Beaucoup de combattants y trouvèrent la mort, et le sort de l’armée rebelle s’est inversé.

Charles Lister, un expert de la Syrie auprès de l’institut du Moyen-Orient, dit ne pas être surpris de la fin par l’administration Trump du programme, qui a armé et entraîné des milliers de rebelles syriens. (En comparaison, un programme du Pentagone à 500 millions de dollars qui visait à entraîner et équiper 15 000 rebelles syriens pendant 3 ans, fut annulé en 2015 après n’avoir rendu opérationnels que quelques dizaines de combattants.)

« Sous bien des angles, je blâmerais l’administration Obama », a déclaré M. Lister à propos du programme de la CIA. « Ils ne lui ont jamais accordé les ressources ou l’espace nécessaires pour changer la dynamique du champ de bataille. Ils approvisionnaient les groupes d’opposition au compte-gouttes, juste assez pour qu’ils survivent, mais jamais de quoi leur donner l’avantage. »

M. Trump a critiqué publiquement le programme de soutien par deux fois après l’avoir arrêté. Après que le Washington Post a fait part de son arrêt pour la première foisM. Trump a tweeté qu’il mettait fin à des « paiements considérables, dangereux et inefficaces aux rebelles syriens combattant Assad ». Et pendant une interview au Wall Street Journal le mois dernier, le président a évoqué que nombre d’armes fournies par la CIA ont fini dans les mains « d’al-Qaïda » – probablement une référence au front al Nosra, affilié à al-Qaïda, qui a souvent combattu au côté des rebelles soutenus par la CIA.

Michael V. Hayden, ancien directeur de la CIA, a déclaré que les commentaires du président « pourraient freiner l’agence au vu des réactions qu’ils pourraient craindre de sa part lors de futures actions clandestines. »

Le général Raymond A. Thomas III, commandant des opérations spéciales pour les États-Unis, a quant à lui déclaré lors d’une conférence le mois dernier que l’arrêt du programme de la CIA était « une décision dure, vraiment dure. »

« Du moins pour ce que je sais de ce programme et de la décision d’y mettre fin, il ne s’agit absolument pas d’une concession faite aux Russes », a-t-il dit. « Je crois que la décision a été prise sur la base d’une évaluation de la nature du programme, sur ce que nous essayons de faire là-bas, et la viabilité de continuer. »

Un porte-parole de la CIA n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Le Président Barack Obama avait donné son accord à contre-cœur à ce programme en 2013, alors que l’administration se débattait pour mettre un coup d’arrêt à la dynamique prise par les forces gouvernementales loyales au président Bachar el Assad. Il fallut après cela peu de temps pour que le programme soit victime des alliances mouvantes de six ans de guerre civile et de la visibilité réduite dont disposaient les militaires et les renseignements américains sur la réalité du terrain.

Une fois entraînés par la CIA, les combattants traversaient la frontière syrienne, et devenaient difficiles à contrôler par la CIA. Que des armes de la CIA finissent entre les mains de combattants d’al-Nosra – et que certains rebelles eux-mêmes rejoignent ce groupe – a étayé les craintes que beaucoup dans l’administration Obama exprimaient dès le début du programme. Quoique le front Al Nosra fût considéré comme une force combattante efficace contre les troupes d’Assad, son affiliation à al-Qaïda rendait impossible à l’administration Obama de le financer directement.

Les responsables du renseignement américain estiment que le front al-Nosra dispose à présent de 20 000 combattants en Syrie, en faisant le plus grand groupe affilié à al-Qaïda. À la différence d’autres groupes affiliés à al-Qaïda comme par exemple « Al-Qaïda péninsule arabique », le front al-Nosra a longtemps gardé en ligne de mire le combat contre le gouvernement syrien, et non pas la mise au point d’attentats terroristes aux États-Unis et en Europe.

Les officiels américains s’expriment sur le sujet sous couvert d’anonymat, pour ne pas être pris à discuter d’un programme classé secret.

À l’été 2012, David H. Petraeus, alors directeur de la CIA, proposa pour la première fois un programme clandestin d’armement et d’entraînement aux rebelles, au moment où les forces gouvernementales syriennes leur rendaient la vie dure.

La proposition avait alors lancé le débat au sein de l’administration Obama, certains des conseillers les plus haut placés de M. Obama arguant de ce que le chaos du champ de bataille syrien rendrait quasiment impossible de s’assurer que les armes de la CIA restent éloignées des mains de groupes militants comme le front al-Nosra. M. Obama rejeta le programme.

Mais il changea d’avis l’année suivante, et signa une circulaire autorisant la CIA à armer et entraîner clandestinement de petits groupes de rebelles sur des bases situées en Jordanie. Le changement d’avis du président fit suite à un lobbying intense de la part de dirigeants étrangers, notamment le roi Abdullah II de Jordanie et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui demandaient que les États-Unis jouent un rôle plus actif pour mettre fin au conflit.

Mike Pompeo, directeur de la CIA, à droite, pendant une réunion du cabinet à la Maison-Blanche en juin. Crédit photo Doug Mills/The New York Times

Le programme secret, dont le nom de code choisi fut Bois de Sycomore, commença lentement, mais en 2015, les rebelles soutenus par la CIA avaient fait des progrès importants contre les forces syriennes, prenant pied dans des zones du pays jusqu’alors considérées comme bastions gouvernementaux. L’offensive avait gagné en dynamisme après que la CIA et l’Arabie saoudite se mirent à distribuer les puissantes armes antichar aux groupes rebelles.

Mais la poussée des rebelles sur les provinces d’Idlib, Jama et Latakia en Syrie du nord créèrent également des problèmes à Washington. Le front al-Nosra, combattant souvent aux cotés des rebelles financés par la CIA, faisait ses propres conquêtes territoriales.

M. Poutine prit les conquêtes d’al-Nosra comme une justification pour l’attaque militaire russe sur la Syrie, qui commença en 2015. La campagne russe, qui bombarda sans relâche les combattants financés par la CIA et les militants d’al-Nosra, frappa fort les rebelles, et les mit en déroute.

Le programme subit également d’autres revers. L’armement et l’entraînement des rebelles se déroulaient en Jordanie et en Turquie, et à un moment les officiers de renseignement jordaniens se mirent à voler et à revendre sur le marché noir les armes que la CIA avaient apportées sur le territoire à destination des rebelles syriens. En novembre, un membre des forces militaires jordaniennes tua par arme à feu trois soldats américains qui avaient entraîné des rebelles syriens dans le cadre du programme de la CIA.

Les officiels de la Maison-Blanche reçurent également régulièrement des rapports, selon lesquels les rebelles entraînés par la CIA exécutaient sommairement les prisonniers et violaient de diverses façons les règles des conflits armés. Il pouvait arriver que les rapports amènent à une suspension de la coopération de la CIA avec les groupes soupçonnés de mal agir.

John O. Brennan, dernier directeur de la CIA sous Obama, continua de défendre bec et ongles le programme, malgré les divisions au sein de l’agence d’espionnage sur son efficacité. Mais au cours de la dernière année de l’administration Obama, le programme avait perdu de nombreux soutiens à la Maison-Blanche – en particulier après que la priorité numéro 1 en Syrie de l’administration devint de battre l’État Islamique, également appelé ISIS ou ISIL, et non plus de mettre fin au gouvernement de M. Assad.

Au cours d’une réunion dans la salle de crise de la Maison-Blanche, sur la fin de l’administration Obama, alors que les rebelles financés par la CIA continuaient de perdre du terrain face aux bombardements russes qui allaient en s’amenuisant, M. Brennan insista pour que les États-Unis poursuivent le financement contre M. Assad, d’après une personne présente à cette réunion.

Mais Susan E. Rice, la conseillère en sécurité nationale, répliqua « Ne faites pas d’erreur », toujours d’après la personne qui relate cette réunion. « La priorité du président est de combattre l’EI. »

Soutenues par l’aviation russe, les forces gouvernementales syriennes reprirent peu à peu du terrain près de la frontière turque, dans des zones longtemps restées sous contrôle des rebelles et finirent par repousser nombre de rebelles jusqu’à la ville assiégée d’Alep.

Alep fut reprise par les forces gouvernementales syriennes en décembre.

Eric Schmitt, Matthew Rosenberg et Matt Apuzzo ont participé à cette enquête.

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.