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Comment Mélenchon tente de soulever la jeunesse
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Tracts, visite de députés, entrisme... La France insoumise multiplie les actions pour pousser la jeunesse dans la rue et doper le mouvement social.
Si vous ne faites rien, vous préparez un monde pourri." A la fin de sa 41e revue de la semaine, publiée jeudi soir sur sa chaîne Youtube, Jean-Luc Mélenchon s'est une nouvelle fois tourné vers cette jeunesse française qu'il presse de défiler tout entière derrière lui. "Il est temps pour vous de vous mettre en mouvement. C'est pas à moi de vous dire comment vous devez vous y prendre. Mais il faut que la jeunesse s'y mette", avertit le député des Bouches-du-Rhône. Le 23 septembre, place de la République à Paris, lors de son discours achevant sa marche contre le "coup d'état social", le chef des Insoumis avait déjà pressé les "jeunes gens" d'entrer dans la danse.
"Dans les lycées, dans les facultés, dans les centres d'apprentissage, mettez vous en mouvement, mettez vous en mouvement, mettez vous en mouvement", avait-il tonné trois fois.
La jeunesse serait-elle sa dernière carte pour "bloquer" Macron dès cet automne ? Deux semaines après une marche parisienne au succès relatif, et alors que plus personne dans les rangs insoumis ne parle "de déferler à un million sur les Champs-Elysées", Jean-Luc Mélenchon mise en effet beaucoup sur cette jeunesse pour raviver un mouvement social balbutiant. Mais recueillir 30% des voix des 18-24 ans au premier tour de la présidentielle et cartonner sur Youtube n'entraîne pas forcément des dizaines de milliers de gens dans la rue.
Purge à la tête de l'Unef
Depuis les appels lancés par leur chef, les Insoumis se sont donc mis en ordre de marche pour tenter d'allumer la mèche étudiante. A la baguette, un duo coordonne actions et mots d'ordre : Sarah Soilihi, doctorante en droit à l'université de Marseille et candidate malheureuse dans les quartiers nord aux dernières législatives ainsi que David Guiraud, co-rédacteur du livret "jeunesse" du programme et désormais assistant parlementaire du député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.
"L'idée c'est de mettre le feu à la plaine", prévient le second.
Pour l'heure, la France Insoumise a surtout mis le feu à l'Unef. Cet été, huit membres de la direction du syndicat qui militaient à LFI, dont la trésorière Cassandre Bliot, ont été débarqués de l'organisation. La présidente Lila Le Bas les a soupçonnés de vouloir donner l'organisation à Mélenchon. Depuis cinq sections locales de l'Unef (Clermont, Bordeaux, Reims, Grenoble et Saint-Quentin) ont rallié la cause mélenchoniste. "Elles agissent en roue libre", observe un membre du Bureau national du syndicat. Lors d'une table ronde sur la jeunesse aux université d'été de la France Insoumise à Marseille, Cassandre Bliot est d'ailleurs intervenue comme "responsable de l'Unef", dont elle avait été évincée deux mois plus tôt. Durant la campagne présidentielle, l'ex-président du syndicat étudiant William Martinet avait déjà franchis le pas. Tout comme Yannis Zeghbib, l'ex-secrétaire général du Mouvement des jeunes socialistes, et proche de Danielle Simonnet, soutien historique de Mélenchon. Autant de signes que la recomposition à gauche touche aussi les organisations de jeunesse.
Sur les campus, Jean-Luc Mélenchon peut compter sur une cinquantaine de groupe d'appuis, comptant chacun entre 4 et 12 militants. A la fac de Nanterre, les insoumis se sont surtout attelés à "faire de l'info" sur les ordonnances. A l'université Lille 2, ils se sont retrouvés à une petite centaine jeudi 28 septembre lors d'une soirée de rentrée. Le député du Nord Ugo Bernalicis est passé prendre un verre. D'autres députés du mouvement devraient l'imiter et se rendre la semaine prochaine dans les campus.
"On soutiendra les blocus"
Pour préparer le terrain, la distribution d'un tract imprimé à 500.000 exemplaire a commencé jeudi 5 octobre dans la plupart des grandes fac françaises. Il liste "10 raisons" de lutter contre la "bande à Macron" : ordonnances, Ceta, baisse des APL, contrôle au faciès... "COURS EDOUARD ! LES JEUNES SONT DANS LA RUE", y dit un Macron cravate au vent à un Premier ministre Edouard Philippe tout aussi pressé. En arrière plan, on distingue des poings levés et des pancartes. Le montage est grossier. Le message écrit en énorme : "MACRON A PEUR DES JEUNES ! REJOINS LE COMBAT".
Fixée comme premier objectif, la manifestation unitaire des fonctionnaires ce mardi 10 octobre donnera une première indication sur la capacité des Insoumis à pousser les étudiants dans la rue. Tous rêvent d'un scénario à la CPE ou à défaut, des premières manifs contre la loi El Khomri au printemps 2016. Différence de taille : ces mouvements étudiants s'insurgeaient contre des textes présentés en fin de mandat par des pouvoirs aux abois.
Dès lundi, les Insoumis inviteront donc les étudiants à se réunir en assemblées générales. D'autres tracts sont déjà en préparation. La question des moyens d'actions va très vite se poser. Les mobilisations étudiantes ne perçant d'ordinaire les radars médiatiques qu'une fois les facultés bloquées. "On appellera pas à des blocus", prévient Sarah Soilihi. Mais ajoute aussitôt : "S'il y en a, on les soutiendra." "Une mobilisation étudiante ne se décrète pas, mais elle peut exploser d'un coup", affirme de son côté David Guiraud. Le plus tôt serait le mieux pour la France Insoumise.




