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Lula, le pouvoir judiciaire, le pouvoir politique et la présidentielle
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Par Marcelo Aguilar
La voie judiciaire semble épuisée pour l’ancien président brésilien Lula [suite au jugement de deuxième instance, faite à Porto Alegre et qui a ajouté 2 ans d’arrêt aux 10 ans prononcés en première instance], favori des élections d’octobre 2018. Et malgré cela, hier, le 25 janvier, un jour après le jugement, le Parti des travailleurs (PT) a ratifié la candidature de Lula lors d’une réunion élargie de sa Commission exécutive nationale. «Lula est notre candidat pour les élections de 2018», a déclaré Gleisi Hoffmann, présidente du parti, et a symboliquement soumis la décision à un vote qui s’est fait par applaudissements et poings levés.
Dans une note publiée après le verdict, le PT dénonce que le résultat du procès «avec les votes clairement unanimes et alignés des trois juges» constitue une «farce judiciaire» qui «confirme la complicité politico-partisane des secteurs du système judiciaire, orchestrée par la Red Globo [le réseau hégémonique d’information], dans le but de sortir Lula du processus électoral».
Les médias spéculent déjà sur les candidats possibles du PT au cas où Lula ne pourrait pas participer aux élections. Fernando Haddad, ancien gouverneur de la ville de São Paulo et coordinateur général du programme gouvernemental du PT, est l’une des options mentionnées. Cependant, bien qu’étant le candidat préféré de Lula, la défaite d’Haddad aux dernières élections municipales contre João Doria (le Mauricio Macri – président argentin – de São Paulo) suscite quelques inquiétudes au sein du parti. Une autre option en coulisses est celle de Jaques Wagner. Le gouverneur de Bahia de 2007 à 2014 a également été ministre du Travail, de la Défense et du cabinet présidentiel [de Dilma Rousseff d’octobre 2015 à mai 2016] et a plus d’expérience dans la gestion fédérale et dispose d’un soutien dans la région du Nordeste.
Mais, bien sûr, avec le capital politique de Lula et l’enthousiasme créé par le PT autour de sa figure comme seule option pour une candidature présidentielle, il sera difficile de le remplacer. Selon Gleisi Hoffmann lors de la réunion, «ils (les grands médias) veulent imposer cette discussion à propos d’un plan B au sein du parti afin de nous affaiblir, et de réduire notre force ainsi que d’enlever au peuple brésilien l’espoir d’avoir un candidat qui gouverne pour eux». «L’élection sans Lula n’existe pas», a-t-elle insisté plus tard. Cependant, lors de la même réunion, Lula a dit que le parti avait d’autres candidats, mais «cette candidature (la sienne) n’a de sens que si vous êtes en mesure de l’appuyer, même si quelque chose d’indésirable se produit» (par exemple, Lula finit en prison), parce que «ceux qui m’ont jugé sont toujours prêts, une plume à la main, de prendre une décision et vont chercher à m’empêcher de voyager dans le pays» [dans la soirée du 25 janvier, le Ministère de la justice a décidé d’interdire à Lula de sortir du pays pour participer à une conférence de la FAO en Ethiopie].
Les principales organisations sociales, telles que le Mouvement des travailleurs sans terre (MST), le Mouvement des travailleurs sans-toit (MTST) et le Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB – soit les personnes touchées par la construction de barrages ou par leur écroulement), ainsi que la plupart des syndicats de gauche – comme la CUT – soutiennent pleinement la candidature de Lula. Des manifestations ont eu lieu dans tout le pays. Ils voient la condamnation comme une nouvelle étape dans le coup d’Etat qui a commencé avec la destitution de l’ancienne présidente Dilma Rousseff en août 2016. João Pedro Stédile, dirigeant du MST, a déclaré pendant les manifestations organisées à Porto Alegre lors du jugement que «Lula a cessé d’être le candidat PT, parce que les gens qui ont décidé que Lula va être le candidat du peuple».
Le vote sur la réforme des retraites à la Chambre des députés – principale préoccupation du président Michel Temer actuellement et l’une des contre-réformes les plus controversés de son administration – est prévu pour le 19 février. Cette date sera déterminante pour mesurer la corrélation des forces et de la mobilisation dans la rue. (Article publié dans l’hebdomadaire uruguayen Brecha, en date du 26 janvier 2018 ; traduction A l’Encontre)




