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La ministre soigne la santé d’un labo
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La ministre de la Santé, Marisol Touraine, vient de faire une fleur au géant de l’industrie pharmaceutique Novartis, au détriment de l’hôpital et de la Sécu. L’heureux élu a ainsi obtenu le monopole de fait d’un traitement de choc, efficace mais coûteux, grâce à la mise à l’écart de son concurrent, qui propose un produit équivalent, vendu 16 fois moins cher ! Ce petit cadeau ne va pas améliorer les comptes des hôpitaux et de la Sécu.
A l’origine de cette catastrophe sanitaire et financière, une maladie de la rétine, la « dégénérescence maculaire liée à l’âge », ou DMLA. Laquelle frappe 12 % de la population entre 65 et 75 ans et provoque la cécité de 2 000 à 3 000 personnes par an. Pour soigner ce million de personnes (on en prévoit le double d’ici à 2025), il existe le Lucentis du labo suisse Novartis, à 800 euros l’injection. Mais aussi l’Avastin, un traitement anticancéreux conçu par Roche, à 50 euros la dose, dont les toubibs se sont aperçus qu’il était tout aussi efficace pour traiter ces problèmes de rétine. Du coup, bien que l’Avastin n’ait jamais reçu, pour cette pathologie précise, une autorisation de mise sur le marché en bonne et due forme, les hôpitaux au régime sec l’administrent sans états d’âme, comme le font de nombreux pays européens.
Le Mediator épouvantail
Ou plutôt l’administraient. Car, le 13 juillet, le directeur général de la Santé a eu un coup de chaud. Depuis l’affaire du Mediator, le principe de précaution a rang de religion dans l’admnistration. Quelques rares pépins ayant été observés avec l’Avastin, les autorités sanitaires ont ouvert un grand parapluie et interdit son utilisation dans le traitement de la rétine. Pour les services d’ophtalmologie, c’est un coup dur. A l’Hôtel-Dieu, à Paris, service de pointe de l’Assistance publique, qui a pratiqué 2 000 injections en 2011, la douloureuse va passer de 100 000 euros à 1,6 million. Et, aux célèbres Quinze-Vingts, la structure de référence pour toutes les maladies de l’oeil, le surcoût sera de 200 000 euros par an. Autant dire qu’à l’échelle nationale le trou de la Sécu va prendre des allures de puits sans fond.
L’oukaze a fait hurler tous les hospitaliers étranglés par les restrictions budgétaires, mais la ministre s’est courageusement défaussée sur le fabricant. Au laboratoire Roche de batailler, a-t-elle suggéré, pour que son produit obtienne l’autorisation de mise sur le marché.
Sauf que Roche et Novartis sont liés. Via sa filiale Genetech, le premier est intéressé au jackpot financier que représente le Lucentis. Il n’a donc aucun intérêt à mettre un rival dans les pattes du second. Et personne n’a expliqué ça à la pauvre Marisol ! Laquelle est pourtant très au fait des us et coutumes du petit monde pharmaceutique : en 2009, elle appartenait encore au Club avenir de la santé, un groupe de pression financé par GlaxoSmithKline, le numéro 2 mondial du secteur.
Pour Novartis, en tout cas, c’est Noël tous les jours, avec un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars, en hausse de 14 % en 2011. Et sa santé ne cesse de s’améliorer : outre son monopole sur le traitement de la DMLA, le labo vient d’obtenir l’autorisation d’utiliser le Lucentis contre les oedèmes du diabète et les occlusions veineuses. A 600 euros la seringue, et à raison de quatre par an.
Le loto, c’est maintenant.
Brigitte Rossigneux




