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    Que veut dire une retraite à points ?

    retraite

    Brève publiée le 15 décembre 2019

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    Les brèves publiées dans cette rubrique « Informations et analyses » le sont à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.

    http://www.reseau-salariat.info/0de9a8765b8e1e1df2d337959c1142e7?lang=fr

    par Romain Casta6 décembre 2019

    La bataille 2019 sur les retraites n’est pas forcément celle de la suppression des régimes dit spéciaux ou de la diminution des pensions versées qui dégringole depuis de trop nombreuses années. Elle se joue peut-être entre deux visions différentes de l’humanité ...

    Dans le film Mammuth avec Depardieu et Yolande Moreau, le personnage incarné par Depardieu qui a travaillé au noir, donc sans cotisations sociales, pour de nombreux employeurs différents fait le tour de toutes les boîtes dans lesquelles il a travaillé pour aller récupérer les preuves de ses années de travail qui lui donneront droit à la retraite.
    Car le régime général des retraites calcule les droits à la retraite sur les années travaillées. C’est parce qu’on a travaillé un certain nombre d’années dans l’économie capitaliste et qu’on a atteint un certain âge (aujourd’hui 60 ou 62 ans), qu’on a droit à une retraite. Le calcul actuel n’est pas basé sur le montant des cotisations versés. Par exemple, une travailleuse ayant travaillé 15 ans au SMIC puis 25 ans avec un salaire de 2000€/mois touchera la même retraite qu’une travailleuse ayant travaillé 40 ans avec un salaire de 2000€/mois. Or la somme des cotisations versées (proportionnelle au salaire) sera bien moindre pour la première. 
    En complément des années travaillées, ce système prend en compte les meilleurs salaires de la personne, pour calculer une pension de retraite qui lui sera versée à vie à partir d’un âge fixé par la lutte avec le patronat (aujourd’hui 62 ans), ce sont nos luttes de travailleurs/ses qui l’ont imposé aux patrons et aux actionnaires pour nous permettre après un certains nombre d’années à leurs services (et ça sera toujours trop long pour eux) d’être enfin libéré.e.s de leurs emprises sur notre travail. Nous avons réussi à imposer collectivement au patronat d’être libérés après 40 ans de subordination grâce à notre meilleur salaire qui se poursuit dans le temps. Ce meilleur salaire est soumis à des décotes et c’est en général 50 ou 75% de celui-ci qu’on touche comme pension de retraite, néanmoins c’est lui qui sert de base de calcul et surtout comme base de lutte des syndicats avec le patronat via des revendications comme, par exemple, un départ à la retraite à 75% du salaire brut, c’est à dire 100% du salaire net. 
    C’est ce qu’on appelle la retraite comme continuité du salaire. Ce cadre de lutte a servi aux travailleurs/ses à revendiquer de nouveaux droits (âge de départ à 50 ans, première retraite à 100 % du dernier salaire etc …) et à s’opposer aux attaques des gouvernements alliés du patronat (par exemple sur la hausse de l’âge de départ à la retraite).

    Cette revendication, jamais complètement acquise, de la retraite comme continuité du salaire va beaucoup plus loin qu’un système comptable, c’est une vision de l’humanité radicalement alternative au capitalisme qui est derrière. Car elle revendique l’attribution d’un salaire pour ce qu’on est, un citoyen ayant atteint l’âge de 62 ans, et non pas comme contrepartie des cotisations passées. Et les cotisations passés ne sont qu’une partie de notre salaire, c’est à dire du prix que le patronat a accepté de payer pour notre force de travail sur le marché du travail. Par ce système basé sur la continuité du salaire, nous avons pu démontrer qu’il pouvait exister une période de notre existence, à partir de 62 ans, où on pouvait avoir une retraite déconnectée du prix de notre force de travail payé par les capitalistes, c’est à dire déconnecté du montant de nos cotisations sociales. Et cette déconnexion les horrifie, car elle envisage la possibilité que nous puissions nous-même décider que nous avons droit à la retraite, et nous donner ainsi les moyens de vivre et produire sans eux.
    Evidemment cette continuité du salaire n’a jamais été pleinement acquise, ni pleinement satisfaite mais elle a servi de cadre aux luttes offensives depuis la création de la sécurité sociale en 1946 par la CGT.

    Contre cette continuité du salaire le gouvernement au service du patronat cherche à imposer aujourd’hui la retraite par points. La retraite par points, c’est la casse de ce système qui entrevoit une alternative au capitalisme, pour une individualisation totale des droits à la retraite, maîtrisée non pas par les travailleurs/ses mais par les capitalistes. La réforme des retraites version 2019 cherche à instaurer un système consistant en l’accumulation par le travailleur/se exploité.e de points sur un pseudo-compte personnel en échange d’un emploi, c’est à dire en échange de l’acceptation de sa subordination à un employeur, actionnaire ou autre patrons. Ces points accumulés pendant des années sur le marché du travail, où l’employeur peut décider qui a droit à un salaire et donc à des points et qui n’y a pas droit, lui donneront accès à une pension une fois arrivé à l’âge légal. Le montant de cette pension sera décidé par le gouvernement du moment au service du patronat via la valeur du point.
    C’est un système obscène, qui cherche à nous transformer en producteur isolé totalement soumis au capitalisme réclamant sans cesse des points à accumuler dans l’espoir de pouvoir un jour ne plus avoir à aller travailler sous son autorité. Par cette réforme, les capitalistes souhaitent reprendre la main sur cette période de la vie où nous produisons, existons, vivons en dehors du marché du travail en la conditionnant à la valeur passée qu’il nous a attribuée sur ce marché, et tout ça via les points accumulés.

    Cela s’inscrit dans un projet global dont l’objectif est la destruction du cadre même de notre lutte contre le patronat, pour une individualisation totale. Ce projet inclut les réformes des retraites, mais aussi les réformes successives de l’assurance chômage dont l’objectif est d’individualiser les allocations chômages, sur un principe du « j’ai cotisé, j’ai droit ». En suivant cet objectif, les allocations sont rendues de plus en plus dépendantes des périodes passées de travail subordonné via notamment le rechargement des droits et l’individualisation des allocations. Ici aussi, cela va contre le principe de continuité du salaire qui fonde le système d’assurance chômage, et que les gouvernements successifs cherchent à détricoter.

    Se battre contre cette utopie capitaliste, c’est assumer un autre projet pour l’humanité, un projet où le maintien du salaire à la retraite permet de se libérer du capitalisme. Cela implique d’aller bien au-delà de revendications défensives sur le maintien du système en court en revendiquant la continuité du salaire quelque-soit le nombre d’années travaillées, une retraite égale à 100% du meilleur salaire, le maintien du salaire à 100% entre deux emplois de manière inconditionnelle, l’autogestion par les travailleurs de toutes les caisses de sécurités sociales, l’abaissement à 50 ans de l’âge de départ … et ce n’est qu’un début.