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"Ce n’est pas le blocage des raffineries qui a donné lieu à l’accord" : Berger crache sur les grévistes
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Après avoir dénoncé la grève dans les médias et trahi les grévistes en signant un accord contre leur gré, la CFDT a de nouveau attaqué les raffineurs de Total par la voix de son secrétaire général Laurent Berger. Ce dernier a ainsi déclaré que « ce n’est pas le blocage des raffineries qui a donné lieu à l’accord », accord qui induit une perte de salaire réel pour les salariés.

Interrogé par le journal Le Monde à l’occasion d’une rencontre du Club de l’économie, co-organisée par le quotidien avec l’association WWF et la banque HSBC, Laurent Berger a de nouveau attaqué les raffineurs et leur grève. Le secrétaire général de la CFDT a ainsi déclaré que « ce n’est pas le blocage des raffineries qui a donné lieu à l’accord » prévoyant 5% d’augmentation pour les salariés, et induisant donc une perte de salaire réel face à l’inflation. Il a ensuite appuyé son affirmation de la sorte : « Les négociations annuelles obligatoires de 2023 (NAO), qui étaient prévues pour le 15 novembre, au moment où s’est déclenchée la grève de la CGT, auraient permis d’obtenir le même résultat ». Indépendamment de toute grève, Total aurait donc quoi qu’il arrive concédé à des augmentations de salaires, grâce à la seule négociation avec la CFDT.
Une déclaration particulièrement hypocrite et mensongère puisque la grève reconductible, entamée dès le 27 septembre à Total et qui se poursuit encore à ce jour sur le site de Normandie, a justement contraint la direction de la multinationale à avancer d’un mois la tenue de négociations. Mais en plus de nier tout effet de la grève, l’intervention de Laurent Berger vient également masquer le rôle traître joué par la CFDT : alors que la centrale syndicale n’appelait pas à la grève, qu’elle n’a cessé de la dénoncer dans les médias, elle a profité du rapport de force établi par les raffineurs en grève pour signer, en compagnie de la CFE-CGC, un accord qui s’il est un acquis de la lutte, reste très en deçà des revendications des grévistes.
« On a le droit de ne pas être d’accord, mais le fait majoritaire doit s’imposer » osait-il dans le même entretien. Un comble de cynisme quand on sait que cet accord a justement servi de justification pour réquisitionner les grévistes et forcer leur retour au travail, confirmant à nouveau la responsabilité de la CFDT dans cet attaque historique contre le mouvement ouvrier.
En bref, Berger nie l’effet de la grève des raffineurs alors que cette dernière a contraint Total à négocier et à concéder à des augmentations, revendique que la CFDT ait utilisé le rapport de force crée par la grève pour signer un accord et rendre possible des réquisitions, avant de se présenter en héraut du dialogue social.
Des déclarations honteuses, qui viennent ponctuer un entretien au cours duquel Laurent Berger a multiplié les attaques contre les grévistes, rappelant les pires discours patronaux. En estimant qu’« on a mis en lumière un mouvement de grève qui a réuni moins de 300 personnes sur les 14 000 salariés du raffinage-pétrochimie de TotalEnergies » le leader confédéral reprend à son compte le discours médiatique, notamment développé dans Le Figaro selon lequel la grève ne serait le fait que d’une faible minorité de travailleurs bloquant le pays.
Dans la même veine, questionné par Le Monde sur un éventuel « ruissellement » des revendications, « où ceux qui ont les moyens de faire des grèves spectaculaires œuvreraient pour les travailleurs de seconde ligne », Laurent Berger a repris la rhétorique médiatique visant à opposer les raffineurs aux travailleurs précaires en répondant que, au contraire « les sous-traitants bénéficient rarement des avancées des salariés ». Une affirmation démentie dans les faits puisque des travailleurs des filiales et des sous-traitants de Total, touchant des salaires faibles, ont soutenu et participé à la grève aux côtés des raffineurs.
De la même façon, l’exemple des raffineurs, remettant au centre de l’actualité la question des augmentations de salaire face à l’inflation, et la méthode de la grève pour les obtenir, a motivé de nombreux secteurs reprenant leur mot d’ordre de 10% d’augmentations, ou bien s’inspirant de leur combativité, comme à Geodis. En réécrivant l’histoire, le dirigeant de la confédération syndicale cherche ainsi à réhabiliter le dialogue social comme une solution et éloigner ainsi la perspective de construire un rapport de force dans la rue. Comme il l’exprime dans la même interview : « il faut arrêter de penser que le syndicalisme ne se manifeste que lors de grands mouvements explosifs. Il faut répondre par le dialogue social à l’inquiétude sourde qui se répand dans le pays ».
Une méthode qu’il entend bien appliquer en vue de la réforme des retraites. Au cours du même événement, il a débattu avec le sénateur LR Bruno Retailleau à ce sujet. Se faisant le conseiller du gouvernement, il a indiqué sous quelle modalité une attaque sur les retraites pourrait être acceptée dans le pays, proposant un allongement de la durée de cotisation plutôt qu’un report de l’âge légal. Soucieux d’éviter une « révolte des secondes lignes », Laurent Berger s’est en effet montré à plusieurs reprises prêt à s’entendre avec Macron sur la réforme des retraites.
C’est là que réside le sens de l’hostilité de la CFDT face aux dernières grèves, la centrale étant décidée à négocier les différentes attaques du gouvernement, et à le seconder dans le contexte de risque d’explosion de colère face à l’inflation, dont son secrétaire général est bien conscient.




