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MACRON, HORS JEU SUR TOUTE LA LIGNE
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Le président de la République avait fait le déplacement pour la finale, sûr et certain de pouvoir assister au second sacre, sous son long règne jupitérien, des Bleus. L’occasion aussi de surfer sur cette troisième étoile, de cirer les pompes du Qatar et de soigner son image publique. L’Argentine de Lionel Messi a fortement contrarié un plan normalement sans accrocs. Il s’est malgré tout, une fois de plus, retrouvé hors jeu en se trompant de poste. Car si le sport est politique, quoi qu’il en pense ou dise, toute attitude politique, en République tout du moins, n’est pas convenable sur un terrain.

L’image restera. Impossible de savoir si elle fut pensée ou instinctive, elle était néanmoins signifiante. Emmanuel Macron, accroupi, en train de consoler Kylian Mbappé assis, quasi allongé, sur la pelouse à Lusail. L’attaquant tricolore affichait un visage fermé, hermétique. Il semble à peine l’écouter. À raison. Cette présence et cette démarche étaient inopportunes. Le président n’est pas du terrain. Son rôle et sa fonction ne pouvaient se manifester de la sorte, à ce moment précis, qui n’appartient, dans le tragique ou la gloire, qu’aux joueurs et au staff éventuellement. Mais nous savons à quel point Emmanuel Macron aime le mélange des genres pour écrire sa propre histoire et réciter son storytelling. Il avait ouvert la séquence par une formule lapidaire prétendant qu’il ne fallait pas mélanger le sport et la politique. L’objectif était officiellement de protéger les Bleus des polémiques, notamment autour du port du brassard « One Love » . Un appui qu’avait particulièrement dû apprécier Noël Le Graët. Lorsqu’il était revenu pour la demi-finale, accompagné de figures de la société civile, ses réactions d’après-match avaient surtout illustrées une défense sans remord du Qatar, et sa « très belle organisation » du Mondial.
« Vive la République, vive la France »
Dans la même logique, à ses yeux, le terrain, dans sa dimension sportive stricto sensu, ne constitue qu’un prolongement, une extension du domaine présidentiel. En 2018, il expliquait, à l’instar d’un coach, qu’ « une compétition est réussie quand elle est gagnée » . En 2022, il descend prendre ses « hommes » dans ses bras devant les caméras, pour se donner le beau rôle dans la tragédie. Les Bleus ont échoué. Moi, je tiens bon, moi, je suis là. Je suis en soutien. Je les accompagne dans la défaite et les relève, la parole descendante vers des joueurs à terre. Notamment auprès d’un Kylian Mbappé intronisé comme l’un des symboles de la réussite à la française. Au point d’ailleurs de l’appeler directement pour qu’il reste au PSG, une autre entorse à ce que lui imposait normalement l’éthique et le sens des priorités lié à son statut de chef de l’État. Son attitude paternaliste, après la fatale séance des tirs au but, paraît d’autant plus surréaliste qu’elle s’éclaire d’un décalage quasiment indécent avec les corps abattus et les regards de boxeur sonné par KO. Les Bleus qui auraient eu besoin qu’on se tienne à l’écart, que cet instant, déjà retransmis en direct, ne soit le théâtre d’aucune récupération. Ensuite, son laïus dans les vestiaires conclu par un vibrant « vive la République, vive la France » sentait l’opportunisme qui s’adressait surtout à ces Français qu’ils « avaient fait rêver et qui en avaient bien besoin » ...
Emmanuel Macron était-il simplement capable de s’imposer pareille décence républicaine ? On se souvient que lors du triomphe de 2018, il avait quasiment fait kidnapper les bus de l’équipe de France, avec un Alexandre Benalla à la manœuvre. Les triomphateurs de Moscou s’étaient vu priver de leur communion populaire pour rejoindre une fête à l’Élysée, où le Jupiter s’imposait en maître de cérémonie. Toutefois, en 2022, faute de pouvoir bénéficier donc d’un trophée, Emmanuel Macron va devoir revenir rapidement au réel. Le metteur en scène franco-marocain Mohamed El Khatib, présent dans la délégation pour la demi-finale, expliquait ainsi en guise d’avertissement : « Je n'ai finalement pas eu le temps de dire au président que si mon père ne voulait pas que je fasse ce voyage en sa compagnie, c'est moins pour des raisons nationalistes que sociales, notamment à cause de la réforme des retraites à venir. Car mon père a 70 ans, mais il en fait 85 tellement l'usine lui a fracassé la santé, et il sait combien pour les classes populaires les années de vie ne possèdent pas la même valeur que pour les autres. » Cette fois, le sport ne pourra ni secourir, ni servir l’homme politique.




