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Nigeria : trois hommes et un butin
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Nigeria : trois hommes et un butin | L’Anticapitaliste (lanticapitaliste.org)
Crédit Photo Ahmed Tinubu. Wikimedia Commons
Dans un pays en crise, les élections présidentielles se résument à qui va pouvoir profiter des revenus pétroliers au détriment des populations. À l’heure où nous bouclons, les résultats partiels donnent une avance au candidat du parti au pouvoir. Nous reviendrons en détail sur les leçons politiques que l’on peut tirer de ce scrutin.
Les élections du 25 février se sont déroulées dans un pays mal en point. Le bilan de l’actuel président Buhari est désastreux. Les principaux indicateurs sociaux et économiques sont au rouge et les récentes mesures prises par le gouvernement n’arrangent en rien la situation.
Un pays en crise
Sous prétexte d’assainir la situation financière, le gouvernement nigérian s’est lancé dans le remplacement des anciens naïras, la monnaie locale. Conséquence de son incurie, le cash a manqué et les opérations bancaires en ligne se sont avérées laborieuses du fait de la saturation des serveurs. Autre pénurie, celle du carburant. Le Nigeria en est coutumier, conséquence de la faiblesse de l’industrie de raffinage permettant à l’élite de spéculer sur le dos de la population.
Bien que le Nigeria soit le premier exportateur de pétrole d’Afrique, 60 % de la population est en situation de pauvreté. La rente pétrolière nourrit une corruption endémique de la classe dirigeante.
Le pays est aussi touché par une crise sécuritaire avec les attaques des différents groupes djihadistes Boko Haram, l’État islamique ou Ansaru. De plus, des gangs ont fait leur apparition. Ils s’attaquent aux villages et volent le bétail. Kidnapping et criminalité sont en hausse. D’autant que lors des périodes électorales, les politiciens n’hésitent pas à payer des voyous pour attaquer les rassemblements des partis rivaux. Enfin les brutalités policières sont telles qu’une mobilisation inédite, notamment dans la jeunesse, s’est déroulée avec la campagne #EndSARS. Elle dénonçait les agissements de la Special Anti-Robbery Squad (SARS), unité de police particulièrement violente.
Deux candidats jumeaux
Traditionnellement, les élections visent à départager les candidats des deux grands partis : le All Progressives Congress (APC) et le People’s Democratic Party (PDP). Ahmed Tinubu est le candidat du parti au pouvoir (APC). Affaibli physiquement, il a cependant le contrôle à travers l’APC de 21 États du pays, atout considérable pour décrocher la victoire. Lorsque Tinubu était à la tête de l’État de Lagos, la corruption n’était plus un abus du système mais était devenue le système. Son rival est Atiku Abubakar. Il pense avoir toutes ses chances au vu du bilan de l’APC pendant deux mandats. Seulement, au sein de son parti le PDP, il est loin de faire l’unanimité. En effet cinq gouverneurs ont organisé une fronde contre lui. Aussi corrompu que son rival, l’ancien vice-président à l’époque d’Obasanjo au début des années 2000 est fortement concurrencé sur les terres traditionnellement favorables au PDP par un troisième candidat surprise.
L’outsider
Peter Obi est le candidat du Labour Party. Une grande partie de la jeunesse qui s’est mobilisée dans la campagne #EndSARS contre les violences policières s’est investie dans le soutien de sa candidature. Avec son slogan « Take back the country » (« Reprendre le pays »), Obi apparait comme le candidat capable d’apporter les changements souhaités. Il bénéficie d’une image de politicien intègre. Membre du PDP, il a rejoint le Labour Party pour se présenter. Bien qu’il suscite l’enthousiasme, son programme politique est loin de répondre aux besoins immédiats des populations et parfois va même à leur encontre, comme lorsqu’il déclare être favorable à la fin des subventions des carburants. Une telle mesure frapperait les plus pauvres. De plus Obi est loin d’être l’homme honnête qu’il prétend. Son nom a été cité dans les scandales financiers révélés par les Panama Papers.
Quant aux organisations de la gauche radicale, elles apportent leur soutien à la candidature de Omoyele Sowore. Ancien dirigeant étudiant, il a mené les luttes contre le FMI. Activiste pour les droits humains, animateur du site d’information « Sahel Reporter » il a fondé l’African Action Congress (AAC) qui se situe à gauche. Mais lors des dernières élections il n’a récolté que quelques milliers de voix. Autant dire que les changements ont plus de chance de s’opérer par les luttes que par les élections.




