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Le déclin de l’impérialisme français en Afrique
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le déclin de l’impérialisme français en Afrique - Révolution : Tendance marxiste internationale
Dans son discours d’investiture en 2017, Emmanuel Macron avait affirmé qu’il voulait « convaincre nos compatriotes que la puissance de la France n’est pas déclinante, mais que nous sommes à l’orée d’une extraordinaire renaissance ». Depuis, le déclin de l’impérialisme français s’est accéléré, sur le plan économique comme sur les plans géopolitique et militaire. C’est particulièrement le cas en Afrique.
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Concurrence impérialiste
Après la « vague des indépendances » en 1960, Paris a longtemps conservé une influence économique prédominante dans ses anciennes colonies. Cette situation n’est plus aujourd’hui qu’un lointain souvenir pour les impérialistes français. Par exemple, en juin 2021, l’ambassadeur de France au Cameroun, Christophe Guilhou, affirmait que « la part de marché des entreprises françaises au Cameroun est passée de 40 % dans les années 1990 à 10 % aujourd’hui ». En cause : la concurrence de la Chine, qui « depuis les années 2000 […] rafle pratiquement tous les contrats d’infrastructures au Cameroun. » [1]
Ce phénomène est global. Dans une étude de 2018, Coface (une filiale de la banque Natixis) soulignait que la France a vu ses parts de marché en Afrique tomber de 11 % à 5,5 % entre 2000 et 2017. En décembre dernier, c’est un poids lourd de la « Françafrique » qui a jeté l’éponge : le groupe Bolloré a dû vendre toutes ses activités logistiques et portuaires sur le continent africain.
Le capitalisme français est incapable de résister à la concurrence que lui livrent ses rivaux impérialistes. Depuis la crise de 2008, la lutte entre grandes puissances s’est intensifiée sur le continent africain comme ailleurs. Les entreprises chinoises – entre autres – sont arrivées en force sur des marchés qui étaient autrefois des chasses gardées de l’impérialisme français.
Ce déclin économique de la France en Afrique a son pendant géopolitique. Ces dernières années, l’armée française a dû se désengager de plusieurs pays africains.
De Barkhane à Wagner
En 2013, l’intervention française au Sahel – l’opération Barkhane – visait à y renforcer la présence militaire et politique de la France. Ce fut un échec retentissant. L’armée française n’a pas vaincu la guérilla islamiste, qui s’est au contraire étendue à de nouveaux pays. Les troupes françaises n’ont réussi qu’à se rendre détestables aux yeux de la population, mais aussi d’une bonne partie des militaires locaux, excédés par le comportement colonial de leurs « partenaires » français. En conséquence, la bourgeoisie locale se tourne de plus en plus vers la Russie et la Chine.
Fin 2020, le gouvernement du président Touadera, en Centrafrique, a demandé l’aide de la Russie pour combattre une rébellion soutenue par la France. Moscou a immédiatement envoyé des mercenaires du groupe « Wagner », qui ont repoussé la rébellion et reconquis plus de la moitié du pays. Dans la foulée, Touadera a demandé – et obtenu – le départ sine die des troupes françaises.
En 2021 et 2022, une série de coups d’Etat menés par des militaires « pro-russes » a renversé les régimes pro-français au Mali et au Burkina Faso. Les putschistes maliens ont demandé aux soldats français de partir et aux Russes de les remplacer. Quelques mois plus tard, le nouveau gouvernement burkinabé demandait, à son tour, le départ des troupes françaises. Ainsi, en moins de dix-huit mois, l’armée française a dû évacuer trois pays qui étaient auparavant des pièces cruciales de son dispositif en Afrique.
Guerre par procuration
Lors de sa dernière rencontre avec Vladimir Poutine, le 7 février 2022, Emmanuel Macron lui a beaucoup parlé de la situation en Afrique. Il espérait sans doute négocier un compromis et mettre fin à la coûteuse guerre par procuration que se livrent Paris et Moscou. La guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie ont douché les espoirs de Macron dans ce domaine.
Depuis, la situation n’a pas cessé de se tendre. En décembre, un attentat a visé Dimitri Sytyi, l’un des cadres de Wagner en Centrafrique. Début mars, une usine de Bangui appartenant à l’entreprise française Castel était incendiée, très probablement par des hommes de Wagner. [2] Le 19 mars, c’est une entreprise chinoise qui était attaquée, sans doute par des rebelles plus ou moins pro-français. Neuf travailleurs chinois ont été tués.
Cette guerre par procuration entre la France et ses rivaux impérialistes va continuer à accompagner le déclin de l’impérialisme français. Les premières victimes en seront les travailleurs d’Afrique. Mais cette lutte aura aussi un impact sur les travailleurs de France, car la bourgeoisie voudra rattraper sur leur dos tous les profits qu’elle perd à l’étranger. Pour mettre fin à ce chaos, il faut une lutte commune des travailleurs de France et d’Afrique contre l’impérialisme et le capitalisme.
[1] Agence Ecofin (agenceecofin.com), 29 juin 2021
[2] Sur le rôle de Castel, lire notre article Les ravages de l’industrie brassicole en Afrique (octobre 2022).




