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Quand Christian Vanneste et l'UMP s'interrogent sur la théorie du genre
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
Le député UMP du Nord Christian Vanneste n'avait pas manqué de réagir, une semaine après Christine Boutin, à l'annonce de l'entrée de la «théorie du gender» dans le programme officiel de SVT (Sciences de la vie et de la terre) en classe de Première. Il est aujourd'hui en tête de la contestation qui voit 80 députéEs UMP dénoncer cette (petite) avancée que constituent quelques lignes, dans les manuels scolaires, sur l'identité de genre et l'orientation sexuelle. En réalité, ce qui choque nos députés, c'est l'idée que l'on puisse intituler un chapitre du programme de SVT en première « devenir homme ou femme », chapitre qui fait référence à la différence des sexes comme construction sociale, et que le chapitre suivant, intitulé « vivre sa sexualité », fasse référence à la multiplicité des orientations sexuelles et aux méthodes de contraception[1].
Egalement professeur de philosophie, Vanneste a dû manquer l'arrivée des théories du genre dans les années 1990, tant son argumentaire, qui ressemble à une mauvaise page wikipédia, traduit l'incompétence de son auteur.
Dans sa question au gouvernement, Vanneste fustige la « théorie du gender » qui aurait été conçue comme une « arme à déconstruire l'identité sexuelle », et selon laquelle les individus ne se réduiraient plus qu'à « des formes de sexualités : homosexuelles, hétérosexuelles, bisexuelles, transexuelles ». Remarquons au moins que Vanneste a retenu quelques leçons des actions en justice menées par le passé contre ses propos[2], lorsqu'il clamait l'infériorité de l'homosexualité par rapport à l'hétérosexualité : il les met maintenant sur le même plan... Néanmoins, Vanneste n'a toujours pas compris, mais n'en demandons pas trop, que les transexuelLEs, homosexuelLEs, bisexuelLEs ou hétérosexuelLEs ne sont pas simplement des « formes de sexualité ». À défaut d'avoir suivi l'introduction des théories du genre en France, il aurait pu se tenir au courant des nombreux travaux scientifiques (et pas seulement en théorie du genre, mais aussi en sociologie, en épidémiologie, etc.) qui ne cessent d'expliquer l'importance de faire une distinction entre identité sexuelle et sexualité...
Mais restons au niveau du député, qui, fort de son ignorance, fait appel à Gérard Leclerc, une autorité en la matière, puisqu'éditorialiste de la revue France Catholique et collaborateur du journal Royaliste... Vanneste cite longuement la prose de Gérard Leclerc dans sa question au gouvernement, à tel point qu'on pourrait se demander s'il ne s'agit pas plutôt d'une question du dit Gérard Leclerc...
Le passage cité par Vanneste en appelle à « nos consciences de pères et mères de familles, d'éducateurs et, tout simplement, d'êtres humains » face à une théorie du genre qu'il présente comme « un échafaudage intellectuel qui s'oppose aux grandes traditions de l'humanité »...
Les défenseurSEs des LGBT devraient se sentir pousser des ailes par de telles promesses, et être honorés de la puissance symbolique qui leur est attribuée : si en effet les théories du genre pouvaient contribuer à renverser l'ordre symbolique qui a soutenu des traditions telles que le patriarcat, l'hétérosexualité obligatoire ou la stigmatisation permanente des Lesbiennes, Gais, Bi et Trans, le nouveau programme de SVT constituerait une véritable révolution !
Mais ne rêvons pas, il s'agira d'un petit encart dans un manuel scolaire, sans que les professeurs ne soient formés à cette question... la fin de l'hétérosexisme n'a pas encore sonné !
À défaut, nous devrons encore lutter contre l'homophobie d'Etat qui, à travers ces propos, devient une croisade contre tout ce qui pourrait contribuer à éveiller les esprits, à faire comprendre que loin d'être des sous-citoyens ou une partie de l'alphabet (L, G, B, ou T), nous possédons des identités, nous construisons nos genres. Et si, certes, nous ne constituons pas des familles « conformes aux grandes traditions de l'humanité », c'est qu'elle ne nous en a jamais donné le droit.
C'est pourquoi Act Up-Paris, avec qui Gérard Leclerc affirmait par le passé sa volonté de « n'entretenir aucun front de combat » et qu'il qualifiait d'organisation de « provocateurs » cherchant « le conflit direct à tout prix », continuera à réclamer l'égalité des droits (le mariage, l'accès à la parentalité), mais également la reconnaissance de nos identités.
Non, nous ne sommes pas uniquement des « formes de sexualités », nous sommes des personnes en colère contre une homophobie d'Etat qui refuse à toute discussion, fut-elle scientifique et reconnue jusque dans les milieux universitaires depuis près de 30 ans. Et quand 80 députéEs entendent parler en notre nom, porter atteinte à la laïcité en servant de relais aux lobbies religieux et refaire les manuels scolaires, nous appelons cela de l'homophobie d'Etat et de l'abus de pouvoir.
Le gouvernement compte 9 femmes pour 24 hommes. A l'Assemblée nationale les femmes représentent seulement 14 % des députéEs UMP. Le salaire moyen des femmes est inférieur de 27 % à celui des hommes. Les médicaments anti-sida, et bien d'autres, sont testés majoritairement sur des corps d'homme, et les femmes, les trans, découvrent à leurs dépens les effets secondaires particuliers et les interactions alors que le médicament est autorisé. Les spécificités feminines du VIH sont trop peu étudiées.
Bref, si les différences entre les sexes ne sont pas d'ordre social, c'est bien que les inégalités que nous venons de lister, et d'une façon plus générale la domination masculine, le sexisme et l'homophobie sont « biologiques » et « naturelles ». Beau programme pour 2012 de nos 80 députéEs, à qui Jean-François Copé a donné la caution de toute l'UMP.
Act Up-Paris
Notes :
[1] Le nouveau programme est paru dans le Journal officiel du 28 aout 2011. Il fait notamment référence aux « stéréotypes » de l'orientation sexuelle et de l'identité sexuelle dans la société, au chapitre « Devenir homme ou femme ».
[2] Suite aux propos homophobes de Vanneste, il a été condamné en première instance et en appel, puis « blanchi » en Cassation ; une plainte d'Act Up-Paris contre cette décision est en cours de traitement à la Cour européenne des droits de l'homme :




