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Syrie: la guerre contre la population
Ces articles de la rubrique « Ailleurs sur le web » sont publiés à titre d'information et n'engagent pas la Tendance CLAIRE.
(Lutte ouvrière)
La guerre civile en Syrie, entre le dictateur Bachar el-Assad et plusieurs groupes militaires rebelles rivaux, semble tourner en faveur du premier. Les grandes puissances occidentales, après avoir misé un temps sur ces groupes rebelles pour tenter de se débarrasser d'un régime pas assez docile à leur goût, ont finalement laissé l'armée d'Assad reprendre le dessus.
Au printemps 2011, dans la foulée des manifestations en Tunisie, en Égypte et dans d'autres pays arabes contre les dictateurs en place, des mobilisations populaires contre le régime de Bachar el-Assad avaient eu lieu dans plusieurs grandes villes du pays et dans la capitale, Damas. Mais, devant la férocité de la répression et l'absence de perspectives, ce soulèvement populaire a été étouffé et s'est transformé en une guerre civile où des bandes armées, regroupant des anciens soldats et officiers de l'armée syrienne et des milices intégristes, ont mené une guerre pour renverser le régime en place.
Chaque clan a ses soutiens : les milices, laïques ou intégristes, ont reçu de l'aide de la Turquie, du Qatar ou de l'Arabie saoudite ; de son côté, Bachar el-Assad a pu compter sur la Russie, l'Iran et le Hezbollah libanais. Et les grandes puissances ont joué des cartes différentes, appuyant l'opposition syrienne mais sans jamais réellement faire pencher le rapport de force complètement de son côté.
Le fait que le régime d'Assad ait pris l'avantage militairement n'est finalement pas pour déplaire aux dirigeants des États-Unis. Ils n'auraient pas vu d'un bon œil un nouveau régime intégriste s'établir dans une région qu'ils ont déjà du mal à contrôler.
Le régime d'Assad est donc dans une phase de reconquête du terrain perdu, une reconquête lente et meurtrière, pratiquant une politique de la terre brûlée : bombardant, assassinant, violant. Même si cette guerre devait finir rapidement, ses effets en sont dévastateurs. Les organisations humanitaires estiment que, depuis le début des affrontements, il y aurait eu au moins 140 000 morts. Et aujourd'hui 2,5 millions de Syriens, plus de 10 % de la population, ont fui.
Même si les affrontements prenaient fin, ces milices intégristes, même défaites, ne disparaîtraient pas. Si elles sont chassées de Syrie, elles se rabattront sur d'autres conflits où elles trouveront des bailleurs de fond. Elles sont un produit de cette guerre et des manœuvres des pays impérialistes pour y intervenir. Le régime quant à lui s'estime suffisamment affermi pour qu'Assad prépare sa réélection en juin prochain.
Les millions de Syriens qui avaient vu un espoir de changement dans les premières manifestations populaires qui se levaient contre la dictature, subissent aujourd'hui la barbarie des bandes armées des deux camps.
Pierre ROYAN




