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Défaite de l’extrême-droite en Autriche... mais le FPÖ est aux portes du pouvoir

En Autriche, le candidat écologiste libéral Alexander Van der Bellen (53,3%) a battu le candidat d'extrême-droite FPÖ Norbert Hofer (46,7%) lors du second tour de l'élection présidentielle. L’abstention est de 25,9%, un taux relativement faible pour des élections présidentielles dans un pays de l’UE. En mai dernier, le second tour de l’élection avait été annulé, à la demande de l’extrême-droite, à cause d’irrégularités dans le dépouillement. Cette fois-ci, Van der Bellen confirme et amplifie sa victoire de mai où il n'avait recueilli que 50,35% des voix.

Il n'en demeure pas moins que le score de l'extrême-droite est très élevé et en forte progression depuis plusieurs années. L'alliance de la droite (parti populaire autrichien : ÖVP) et de la « gauche » sociale-démocrate (SPÖ) au pouvoir ensemble depuis 2006 (et qui ont d'ailleurs été écartés du second tour l'élection présidentielle) permet au FPÖ d'incarner l'alternative au « système » des deux partis, et de faire la course largement en tête en vue des élections législatives de 2018.

Brève histoire du FPÖ

Le FPÖ a été créé en 1955. Son premier dirigeant fut Anton Reinthaller, ancien nazi et ministre de l'agriculture après l'annexion de l'Autriche par Hitler en 1938. Dans les années 1980, le FPÖ s'est positionné comme un parti de droite classique, libéral et pro-européen, participant au gouvernement avec les sociaux-démocrates en 1983 et en 1986. Mais en 1986, Jörg Haider prend la direction du FPÖ sur une ligne d'extrême-droite, et le FPÖ bascule dans l'opposition. Il va faire progresser le FPÖ jusqu'à la fin des années 1990. Haider devient gouverneur de Carinthie avec l'aide des sociaux-démocrates en 1989 mais il doit démissionner en 1991 après des propos pro-nazis. En 1999, il redevient gouverneur de la Carinthie après avoir obtenu la majorité absolue. Aux élections législatives de 1999, le FPÖ obtient 27% et il triomphe chez les ouvriers avec 47% des voix (contre 10% en 1986)1. Il participe alors à un gouvernement de coalition avec l'ÖVP. Cet exercice du pouvoir va lui porter un coup très rude car il endosse une politique libérale d'austérité qui lui met à dos son électorat populaire.

Lors des élections législatives de 2002, le FPÖ s'effondre et n'obtient que 10%. Il maintient sa participation au gouvernement ÖVP et s'effondre un peu plus encore aux élections européennes de 2004 (6%). En 2005, le parti explose. L'ensemble des ministres et Haider quittent le FPÖ et fondent le BZÖ (alliance pour l'avenir de l'Autriche) qui continue à participer au gouvernement. Le FPÖ est repris en main par une jeune dirigeant, Heinz-Christian Strache, qui entame la remontrée du FPÖ qui recueille 11% aux législatives de 2006 contre 4% au BZÖ. Aux législatives de 2008, le FPÖ réalise 17,5% et le BZÖ 10,7%. Aux législatives de 2013, le FPÖ obtient 20,5% contre 3,5% au BZÖ, qui s'effondre après la mort de Haider fin 2008. Aujourd'hui, le BZÖ ne représente plus rien et le FPÖ est désormais totalement hégémonique à l'extrême-droite.

Le programme du FPÖ et les raisons de son succès dans les catégories populaires

Le FPÖ a tiré les leçons de sa participation au gouvernement au début des années 2000. Désormais, leur dirigeant Strache indique que le FPÖ ne participera au gouvernement que si le FPÖ est hégémonique et décroche la chancellerie (chef du gouvernement).

Le programme économique garde son inspiration libérale, de soutien aux PME, mais défend une certaine intervention de l’État, prône une fiscalité qui fait payer les riches, veut revaloriser les petites retraites et s'oppose aux traités de libre-échange. Sur l'Union européenne, le FPÖ reste très critique mais il a mis de l'eau dans son vin et il ne promet plus la sortie de l'euro. Ce discours national-social lui fait marquer des points dans l'électorat populaire, notamment dans les bastions ouvriers historiquement sociaux-démocrates2.

Le FPÖ a mis au placard son antisémitisme (qui caractérisait Haider) au profit d'une islamophobie obsessionnelle. Le discours anti-immigrés est structurant et il a développé un discours « féministe » habile, s'abstenant de toute déclaration sur l'avortement et agitant la menace que feraient peser les musulmans pour les femmes. En outre, il met bien sûr en avant un discours ultra-sécuritaire. Il prône la « démocratie directe », entendue comme le recours régulier aux référendums pour permettre un lien direct entre le peuple et le chef, court-circuitant la démocratie parlementaire.

Le FPÖ a réussi à se « dédiaboliser » et il est considéré comme un parti « normal » par les trois quarts des Autrichiens. Le SPÖ a contribué à cette normalisation en concluant un accord avec le FPÖ pour diriger ensemble le Burgenland, région orientale de l'Autriche3.

Vers une victoire du FPÖ aux législatives de 2018 ?

La défaite du FPÖ ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Elle ne doit pas faire oublier que le FPÖ est passé de 35% au premier tour de la présidentielle à près de 47% aujourd'hui, sans recevoir l'appui d'aucun autre parti. Il faut surtout réfléchir au score incroyable du FPÖ chez les ouvriers : 87% d'entre eux ont voté pour le FPÖ au second tour de l'élection présidentielle en mai dernier4. Même si la situation économique de l'Autriche est bien moins dramatique que dans d'autres pays, la situation se dégrade pour les plus pauvres. Le temps partiel (bien souvent imposé) explose, et il concerne désormais 29% des salariés. Le taux de pauvreté a progressé de 1,6 point depuis 2007. Et le FPÖ se positionne habilement comme le parti des « petits » face aux élites, en promettant quelques mesures sociales en plus de son discours raciste. Et aujourd'hui, le FPÖ est crédité de 35% d'intention de vote, ce qui le positionne comme le premier parti d'Autriche.

Tous les ingrédients se conjuguent pour une accession prochaine au pouvoir du FPÖ, non en position subalterne comme au début des années 2000, mais en position dominante. Pour contrer l'ascension du FPÖ, il faut construire une alternative, radicale, anti-système, à la grande coalition au pouvoir et au FPÖ. Les écologistes ne peuvent évidemment pas incarner cette alternative puisqu'ils incarnent par excellence ces élites qui se prétendent humanistes alors qu'elles vivent de l'exploitation des travailleurs/ses en toute bonne conscience. Cette alternative ne peut être portée que par une force anticapitaliste qui parte des préoccupations immédiates des travailleurs/ses pour les traduire dans un programme communiste de rupture concrète avec le système capitaliste.

Évolution des intentions de vote pour les prochaines élections législatives

1cf. http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/presidentielle-en-autriche-l-envol-du-fpo-ce-parti-qui-ressemble-tant-au-fn_1855699.html

2Cf. cette étude de l'Ifop : http://www.ifop.com/media/pressdocument/249-1-document_file.pdf

3http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/en-autriche-les-sociaux-democrates-s-allient-avec-l-extreme-droite-482852.html

4cf. http://www.latribune.fr/economie/presidentielle-2017/en-autriche-les-inquietudes-economiques-pesent-aussi-sur-l-election-presidentielle-621303.html

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